‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 26 sur 112 · COUPE DU B,VAL-LEBANON · texte numérisé non relu

COUPE DU B,VAL-LEBANON

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. . . Sôken de Karthadast, serviteur de Hirani, roi des Sidoniens. Il a donne' ceci au Baal-Lebanon son seigneur, des prémices de l’airain

Cette inscription capitale, dont nous ne possédons que des lambeaux, était accompagnée, quand elle fut acquise par la Bibliothèque nationale, de deux fragments plus petits, qui appartenaient peut-être à la même coupe, en tout cas sûrement à des objets du même ordre et de la même époque; le texte et la forme des caractères le prouvent :

. . .toi), Sôken de Karthadast

. , . [Ba]al-Lebanon, son seigneur.

Ij’inscription de Mésa et la coupe du D^eu-Liban n’appartiennent pas absolument au même type d’écriture. La coupe de Hiram est proprement phénicienne; la stèle de

ALPHABET PHÉNICIEN PRIMITIF

Mésa, au contraire, vient du pays de Moab et se rattache aux inscriptions de la famille hébraïque. On y observe déjà certains traits caractéristiques de l’écriture tant hébraïque qu’araméenne, en particulier une tendance marquée à pencher l’écriture et à recourber les queues des lettres; néanmoins, les deux alphabets sont encore presque identiques et nous permettent de remonter jusqu’à la forme commune d’où sont sortis l’hébreu et le phénicien. On arrive au même résultat en comparant les plus vieilles inscriptions phéniciennes avec le grec archaïque. On sent que les deux écritures sont engagées dans des directions différentes, mais ne sont pas encore bien éloignées l’une de l’autre. L’alphabet primitif a du se trouver à leur point de rencontre.

Nous avons enfin encore un autre point de repère : ce sont les noms donnés aux lettres par les Phéniciens. Ces noms ne nous apprennent rien sur l’origine des lettres, comme on l’a cru fort longtemps; ce sont des explications ai'tificielles reposant sur des ressemblances fortuites. On a suivi le procédé encore en usage dans nos abécédaires, où, pour graver le nom des lettres dans l’esprit des enfants, on les associe à cerlains mots familiers qui commencent par la lettre qu’il s’agit de retenir; seulement on a choisi les noms d’objets qui rappelaient la forme des caractères.

Ces noms nous montrent donc, dans une certaine mesure, quelle était la forme des lettres lorsqu’on les leur a donnés. Or si pour quelques-unes des lettres phéniciennes la ressemblance du nom de la lettre avec la forme du caractère noys échappe, pour d’autres elle est très sensible. On saisit encore l’analogie de Yalef < avec une tête de bœuf, du daJelli avec une porte de tente, du lamed C

avec uii aiguillon, de Vaïn o avec l’œil, du sin w avec les dents, du lau + avec une croix. Ces noms ont-ils existé dès l’origine ? Nous ne saurions le dire ; en tout cas , ils sont très anciens , car non seulement on retrouve en grec les mêmes noms , mais on les retrouve dans le même ordre qu’en phénicien.

Voici donc la forme la plus ancienne de l’alphabet à laquelle nous puissions remonter historiquement :

aie/

bœuf

lamed

aiguillon

belh

maison

mem

eau

guimel

chameau

mm

poisson

daleth

porte

samedi

hé

aïn

œil

vau

clou

phé

bouche

zaïn

çade

heth

quof

telh

serpent [?]

resh

tête

iod

main

sin

dent

kaf

paume

tau

croix

Ces caractères ne nous représentent pas l’alphabet primitif. La comparaison avec les types les plus archaïques de l’alphabet grec nous porte à croire qu’à l’origine les queues et, en général, tous les appendices des lettres étaient plus courts , que l’écriture avait quelque chose de plus trapu. Peutêtre, si nous possédions quelque témoin des premiers essais des peuples de la côte de Syiâe pour appliquer l’alphabet

ALPHABET PHÉNICIEN PRIMITIF

à leurs langues, serions-nous surpris d’y rencontrer des dilTérences plus grandes encore que nous ne le supposons avec les caractères que les plus anciennes inscriptions nous font connaître; peut-être n’y retrouverions-nous pas les vingtdeux lettres au complet. Il ne faut pas oublier qu’un intervalle de plusieurs siècles sépare la création de l’alphabet du moment où il nous apparaît sur des monuments authentiques. On ne peut former là-dessus que des conjectures. Lorsque nous trouvons l’alphabet phénicien dans des inscriptions vers l’an qoo avant J.-C., il se compose de vingt-deux lettres et il est définitivement constitué.

C’est de ces vingt-deux lettres que sont sortis tous les alphabets, en apparence si différents, qui ont couvert le monde. Ce fait, connu depuis assez longtemps d’une hiçon générale , est aujourd’hui rigoureusement démontré , non seulement pour l’écriture gréco-italiote, qui a donné naissance à tous les alphabets européens, mais pour toutes les écritures sémitiques, depuis l’araméen et l’hébreu jusqu’au syriaque et à l’arabe; on peut enfin l’établir avec certitude, sinon d’une façon aussi rigoureuse, pour l’iiimyarite et l’éthiopien, ainsi que pour toutes les écritures du centre de l’Asie, pour le zend et le pehlvi, et même pour l’écriture indienne, qui a donné naissance au dévanâgari et à tous les alphabets de l’Asie méridionale.

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