‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 34 sur 112 · C. /. L., t. II, 1889, n° 5o · texte numérisé non relu

C. /. L., t. II, 1889, n° 5o

DEUXIÈME FAIITIE.

M. Huebiier a recueilli dans une importante publication les principaux monuments de l’épigraphie latine depuis la fin de la République. Pour se faire une idée complète de l’histoire de l’écriture latine, il faut surtout avoir sous les yeux le Corpus inscriptiomim latimrmi publié, sous la direction de M. Th. Mommsen, par l’Académie de Berlin; on trouvera notamment toutes les anciennes inscriptions latines reproduites dans les Priscœ latinitatis monnmcnta epigraphica, de Fr. Ritscld, qui forment l’atlas du tome I du Corpus. On reconnaît dans les traits de l’écriture latine le caractère d’un peuple moins soucieux de la grâce que de la force, et qui avait pour devise le vers de Virgile :

Tu regere imperio populos, Romane, Tiiemeuto.

L’histoire ultérieure des modifications paléographiques de l’alphabet latin est importante pour l’étude de l’épigraphie; mais elle sort du cadre que nous nous sommes tracé. M. Gagnat en a donné un exposé très complet dans son Cours d’épigraphie latine On y verra comment de l’alpbabet monumental ancien est née l’écriture cursive, qui a joué un rôle capital dans la formation de nos écritures modernes.

La vie de l’alphabet latin ne s’est pas bornée à ces modifications extérieures : l’ordre et la valeur de ses lettres ont continué à subir, jusqu’à l’époque impériale, des bouleversements qui s’expliquent par son origine et par l’influence littéraire de la Grèce. Cette origine doit être cherchée, suivant M. Bréal, chez les Etrusques, les voisins immédiats

Hiiebner, Exempta scripluiu- epigraphicœ lalinœ a Cœsnris dictaloris morte ad œlatem Jusüniani, Berlin, i885, in-fol.

B. Gagnat, Cours d’épigraphie latine, 2' édilion, Paris, Thorin, 1889.

ALPHABET LATIN

des Latins. L’alphabet latin serait, en d’autres termes, un alphabet grec cpii s’était appauvri entre les mains des Etrusques et qui a cherché à reconquérir, lorsqu’il est retourné en la possession d’un peuple indo-européen, le peuple latin, les éléments qu’il avait perdus.

L’histoire du C forme le point capital de cette évolution('). Primitivement le C jouait en latin, comme en étrusque, le rôle de forte et de douce; il était tour à tour un c et un g, comme l’indique sa place dans l’alphabet, où il correspond diVx gamma grec; CAIVS , CNAEVS, se prononçaient Gains, Gnaeus; au contraire, le K correspondait à la gutturale, comme dans KAESO.

Toutefois, la lettre C était insuffisante pour rendre deux sons aussi différents, dans une langue qui les distinguait nettement. Environ 3oo ans avant Jésus-Christ, nous voyons le g reparaître, par une légère modification de la lettre c, sous la forme G, et s’intercaler entre F et H, à la place laissée vide par la disparition du z. Le C ne servit ])lus qu’à rendre le c dur; mais par là même le K devenait à peu près inutile; peu à peu, le C prit sa place et l’on réserva le K pour exprimer la gutturale devant a : Karthago; enfin, au vu® siècle de Rome, il disparut presque entière-

L’iiistoire du C latin est l’argument le plus fort en faveur de la thèse de M. Bre'al. Les Latins ont toujours eu l’explosive sonore = §•; il faut qu’ils aient pris les caractères de leur alphabet à un peuple qui ne l’avait pas, sans quoi ils n’auraient pas laissé tomber la lettre destine'e à la rendre. D’autre part , il faut reconnaître que l’origine étrusque de l’alphabet latin se heurte à de graves objections, qui viennent soit de la forme de certaines lettres, soit de la présence dans l’alphabet latin du B, de i’O, du Q et du X (= |), qui ont toujours existé en latin, quoiqu’ils fussent inconnus des Etrusques. Peut-être y a-t-il eu dans la formation de l’alphabet latin des influences combinées de l’Étrurie et de la Grande-Grèce.

ment. On ne le retrouve plus guère que dans le mot kalendae et dans un ou deux autres encore, qui ont continué à s’écrire par un k, même à une époque où celte lettre était considérée comme siipervacua par les grammairiens latins.

L’alpliabet latin primitif se composait de vingt et une lettres et s’arrêtait à l’X, que Quintilien [Inst, orat., I, iv, 9) appelle iillma nostrarum. Si l’on cherche à reconstituer cet alphabet, on n’arrive qu’au chiffre de vingt. Quelle était la lettre qui a disparu? Mommsen a établi que c’était le z, qui correspondait au zêta de l’alphabet grec, au zain de l’alpliabet phénicien. D’autre part, l’alphabet latin conserva la lettre F, correspondant au digamma, qui était de bonne heure tombé en désuétude chez les Grecs; mais il en faussa la valeur, et il lui donna le son f, tandis qu’en grec le dirgamma répondait au vau phénicien, c’est-à-dire au v ou plutôt au w.

Enfin, à l’époque de Cicéron, l’invasion des mots grecs dans la langue latine amena la création de deux nouvelles lettres, l’Y, y gvœcum, et le Z, sans que ceux qui les inventèrent se doutassent qu’ils ne faisaient que réintroduire dans l’alphabet des lettres qui y avaient eu primitivement leur place, le digamma et le zéla de l’alphabet grec primitif. Toutes ces additions avaient apporté une certaine incohérence dans l’alphabet latin. L’empereur Claude le sentait bien, et il voulut remédier à cet inconvénient par la création de trois lettres nouvelles :

1° Le F renversé, digamma inversum, i’, auquel il rendait la valeur véritable du vau phénicien, ex. : vulgus;

2” Manlisigma, 3, répondant à ps;

3° Un signe h, ayant une valeur intermédiaire entre 1 1

ALPHABET LATIN

ÉOLO-

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