L’ÉCRITURE ARAMÉENNE À L’ÉPOQUE PERSE
Sous l’influence de ces causes diverses, on voit se produire dans l’écriture un changement très petit en apparence, mais caractéristique. Dans toutes les lettres qui ont une tête fermée, le betli le dalelh Vain o, le resli le sommet s’ouvre; il se fait comme un trou dans le créne :
.si bien que, au lieu d’un triangle, il ne reste plus qu’une petite cavité dont les parois latérales vont en diminuant.
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Offrande pour la comparution de Banit devant Osiris-Apis (Serapis). Fait par Abitob fils de Banit. Il a fait cela en présence d’Osiris-Apis.
(Table à libations de Sérapénm [Corpus inscr. ssmil., 2' partie, n° 128].)
Ce changement, déjà sensible sur les tablettes bilingues et sur les poids, porte toutes ses conséquences à l’époque perse. La domination perse a exercé une influence décisive sur la propagation de l’alphabet. La Perse représentait un principe beaucoup plus civilisateur que les empires qui l’avaient précédée. Au lieu de dépayser les peuples vaincus en les transplantant à l’autre extrémité de son empire, Cyrus s’empressa de les rendre à leur patrie. Ce respect des nationalités et des religions des peuples qui lui étaient soumis devait avoir pour corollaire le respect de leurs langues et de leurs écritures. Les Perses d’ailleurs n’étaient pas de race sémitique; c’étaient des Iraniens, et l’écriture cunéiforme n’était pas pour eux une écriture nationale. Tout en la conservant à cause des populations chaldéennes et assyriennes dont ils étaient devenus les maîtres et qui formaient une grande partie de leur empire, un de leurs premiers soins avait été de la simplifier et de l’approprier à leur langue.
L’écriture cunéiforme perse ne pouvait toutefois être comprise des populations sémitiques situées à l’ouest de leur empire. Aussi voyons-nous, à l’époque perse, l’écriture araméenne qui, déjà sous les rois d’Assyrie, figurait dans les
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contrats et sur les mesures normales, prendre une grande extension et devenir la langue officielle dans les relations quotidiennes de la Perse avec ses vassaux : M. Glermont- Ganneau l’a parfaitement démontré On la rencontre, en Égypte aussi bien qu’en Asie, non plus seulement dans des inscriptions, mais sur des ostraka et sur des papyrus; c’est elle qui servira désormais pour la correspondance privée ou officielle, pour les comptes, en un mot, pour tous les usages de la vie courante, de même que, à l’époque d’Aménophis IV, nous avons trouvé l’écriture cunéiforme employée dans les relations officielles des gouverneurs de Syrie avec les rois d’Egypte. A cet usage plus général de l’écriture araméenne et à ce changement de destination correspond une altération rapide de la forme des caractères, mais une altération dont on peut suivre la marche et déterminer la loi.
Cette transformation s’opère de trois façons à la fois :
i" Par la suppression de la tête des lettres;
2" Par l’effacement des angles;
3° Par une sorte de retour des lettres sur elles-mêmes.
Nous avons vu, dans l’ancien araméen déjà, le sommet de la tête des lettres fermées par en haut s’entr’ouvrir, à cause de la difficulté que l’on éprouve, au courant de la plume, à joindre exactement les deux côtés d’un angle; à l’époque perse, l’ouverture s’agrandit de plus en plus, les deux côtés de la tête deviennent parallèles et s’abaissent peu à peu jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux petits arrachements, qui sont comme des témoins de la partie supérieure de la lettre qui a disparu :
Origine perse des monuments araméens d’Egypte [Revue archéologique, août 1878 et janvier 1879).
En même
temps.
les
angles
1 des lettres s’arrondissent
bien ils se
sim
plifient
barre transvei
■sale
du
(au se
couche sur la ligne :
celles du hé se détachent de la hampe et finissent par s’accrocher à la barre supérieure, comme des brins de papier attirés par un aimant :
celles du helh disparaissent entièrement, sauf une : [-j .
Toutes les inscriptions de la même période ne présentent pas le même degré d’altération pour toutes les lettres. Il y a de grandes vai’iétés d’un pays à un autre; souvent il arrive c|ue, sur un même monument, l’écriture, en retard pour certaines lettres, pour d’autres précipite le mouvement et devance son époque. Une inscription trouvée par Ch. Huher en même temps que la célèbre stèle de Teima nous fait voir le J. le 1, le i entièrement transformés. Au cou-
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(raii'e, le iod a encore une forme archaïque et carrée, tandis que sur la plupart des monuments araméens d’Egypte il a déjà la forme plus moderne H , d’où sortira le iod des alphabets araméens de basse époque.
Trône qu’a olfert Maanàn, fils d’Amrân , au dieu Salm , pour sa vie.
(Hiiber, petite inscription de Teima [Corpus inscr. semil., 2' part., 11“ 1 1^1] )
Mais la transformation la plus caractéristique est celle qui atteint le bas des lettres. Le phénicien avait exagéré les queues des lettres, l’araméen les recourbe par en dessous, par suite de l’élan que le mouvement de la main communique à l’écriture.
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On observe surtout cette tendance de l’écriture sur les papyrus araméens, ainsi que sur les fragments de poterie servant à la correspondance courante et aux comptes, que l’on trouve en Egypte
L’usage du papyrus et de l’écriture cursive a amené dans l’alphabet des modifications qui ne sont pas sans analogie avec celles dont l’écriture hiératique nous offre l’exemple. Des papyrus, elles ont passé dans l’écriture monumentale, et l’Egypte nous a fourni toute une série d’inscriptions, accompagnées de bas-reliefs, qui présentent le même type d’écriture et les mêmes particularités que les papyrus araméens. On en a fait une classe à part, que l’on désigne sous le nom de k monuments araméens d’Egypte n.
STÈLE AUAMe'eNNE DU VATICAN.
nhVn U nn:D D3nn ’Dnn::?
Anl.ibapi, fils de Tahabis, parfait en Osiris dieu.
{Ccyrpm inscr. semit., a' partie, Iriser, arum., n" lia.)
Sur ces monuments, et spécialement sur les papyrus, qui sont de véritables manuscrits, souvent assez négligemment écrits, on a peine à reconnaître l’ancienne écriture araméenne. C’est en effet l’écriture araméenne de l’époque perse qui marque le passage des alphabets anciens aux nouveaux; c’est dans ses modifications qu’il faut chercher la clef de toutes les écritures sémitiques modernes.
Corpus inscr.'semlt. , 2' partie, Inscr. aram., n°’ laS-iip.
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Les inscriptions araniéennes d’Egypte, qui datent en général de l’an 5oo à l’an 200 avant Jésus-Christ, nous prouvent quelle extension avait prise, sous la domination perse, l’écriture araméenne. Nous en trouvons un exemple encore plus remarquable dans la stèle célèbre de Teima, découverte en i883 par Ch. Huber et qui lui a coûté la vie. Elle est aujourd’hui au musée du Louvre.
La stèle de Teima nous montre la civilisation et l’écriture araméennes installées au cœur de l’Arabie. Ce n’est pas, en effet, une stèle érigée par un Araméen de passage dans ces contrées, c’est la stèle commémorative de l’installation du culte d’un dieu araméen, le dieu Salm (ou Selem) de Hagani, à Teima. L’inscription nous apprend que ce dieu y avait son temple, son culte, ses revenus sacrés. Un bas-relief sculpté sur le côté droit de la stèle représente le dieu en costume perse, et, au-dessous de lui, un prêtre offrant un sacrifice sur l’autel, avec la légende : «Selemsazab, prêtres. L’inscription est gravée en relief, et ce fait, qui nous paraît aujourd’hui naturel, a opéré une révolution dans nos idées sur la paléographie sémitique. D’ailleurs, l’écriture de la stèle de Teima, tout en étant de l’époque perse, ne se confond pas avec celle des
monuments aramécns d’Egypte : les lettres y sont mieux formées; le le 'V y ont encore leur forme ancienne; la boucle du du du est à peine entrouverte. Le type général de l’écriture se rapproche beaucoup plus de celui des inscriptions du nord de la Syrie. D’autres inscriptions en caractères analogues, trouvées soit à Teima même, soit aux environs, par Ch. Huber, nous prouvent qu’il n’y a pas là un fait isolé.
Il ne faut pas voir dans l’inscription de Teima une simple
prolongation accidentelle de l’écriture araméenne sous l'influence de la domination perse; la présence d’une inscription araméenne de cette imporlance au cœur même de TArabie nous prouve que, dès Aoo ou 5oo ans avant notre ère, les Araméens y étaient établis. Leur séjour dans ces contrées remonte-t-il plus haut? Il est diflicile de le démontrer en l’absence de documents contemporains; mais on ne peut s’empêcher de rapprocher les indications fournies par la stèle de Teima des traditions patriarcales qui nous montrent Abraham errant en nomade entre Ur-Ghasdim et la Palestine, et qui en font le père d’Ismaël et des autres tribus du nord de l’Arabie.
Nous trouvons donc l’écriture araméenne employée depuis Antioche, au nord, jusqu’en Egypte et aux portes de la Mecque, au sud, et, à l’est, jusqu’en Mésopotamie. Elle s’était avancée plus loin encore. Une inscription araméenne trouvée en Perse, à Senq-QalelG^i, à mi-cliemin de Tébriz et de Téhéran, nous met sur la route de l’Inde.
Corpus {user, semil. , 9' partie, Jnscr. arain., n“ 111.
LliS ALPHABETS DE L’INDE.