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immolés à l’avenir.
L’origine sémitique de l’alphabet indo-bactrieii est hors de doute; nous pouvons même préciser la forme de l’alpbabct araméen qui lui a donné naisj^ance : c’est l’alpbabet de transition que nous trouvons sur les papyrus d’Egypte et les inscriptions araméennes de la fin de l’époque perse. La démonstration peut en être faite pour la plupart des lettres prises individuellement. Il suffit, pour être frappé de la grande ressemblance des deux alphabets, de jeter les yeux sur les monnaies des satrapes d’Asie Mineure, en particulier sur les monnaies de Mésopotamie et de Cilicie, dont la légende est plus développéef'l : la forme générale des lettres est sensiblement la même, L’alpbabet indo-bac-
trien présente cette allure cursive qui caractérise l’alpbabet araméen de ti’ansition; il s’écrit comme lui de droite à gauche et possède encore les trois sifllantes de l’alpbabet sémitique. En outre, les voyelles initiales y sont supportées y3ar un signe qui est l’équivalent de ïalef dans les langues sémitiques, mais n’a plus qu’une valeur purement gra-
Voir ; Gesenius, Mommenla, pl. 36; — Luynes, Ninntsmaltqiic des Satrapies, Paris, i846, in-4°, pl. III et IV; — Waddinglon, Mélanges denumismatique et de philologie , Paris, 1867, p. 71-79; — Halévy, Mélanges d’épigraphie, p. 64-71.
LES ALPHABETS DE L’INDE
j)hique; enfin, le système des voyelles est assez incomplet : l’alphabet indo-bactrieii ne possède pas de signe spécial pour l’rt qui suit une consonne, et il ne fait pas de distinction entre les longues et les brèves. La notation des voyelles elle-même a quelque chose d’adventice; on les indique, d’une façon assez sommaire, par des traits pendus aux consonnes et qui sont, suivant M. Halévy, des altérations des semi-voyelles iod et vau.
Les peuples du nord de l’Inde n’ont toutefois emprunté que seize lettres aux Araméens; ils en ont laissé de côté six qui représentent des sons inconnus aux idiomes indiens. Par contre, ils ont créé seize lettres nouvelles au moyen de traits différentiels, pour répondre aux articulations propres à leur langue.
On ne peut déterminer avec la même certitude l’origine de l’alphabet indien proprement dit; l’écart entre lui et les autres écritures alphabétiques est beaucoup trop grand. Les lettres, loin d’offrir le caractère cursif, propre aux inscriptions sémitiques, que l’on retrouve dans l’alphabet indo-bactrien, ont un aspect anguleux et raide qui rappellerait plutôt celui de l’écriture himyarite ou de l’éthiopien; enfin, au lieu de s’écrire de droite à gauche, les inscriptions indiennes vont de gauche à droite. Aussi l’origine indigène de falphabet indien n’a-t-elle pas cessé d’avoir des partisans. Défendue dans le principe par Lassen, elle l’a été depuis par Edw. Thomas, l’éditeur des Essais de Prinsep, par le major général Cunningham enfin, en dernier lieu, par M. Dowson^^); c’est-à-dire, surtout par des savants ou des indianistes anglais.
Coi'pus inscripttonum imlicarum , vol. I.
Journal ofthe R. Asiatic Soc., n. s., vol. XIII, 1881, p. 119.
Et pourtant, la découverte des inscriptions d’Açoka a porté un coup terrible à la théorie qui veut voir dans les alphabets de l’Inde le produit d’une sorte de création spontanée. Tant qu’on a pu croire que le dévanâgari n’avait pas d’ancétres et qu^il avait toujours eu ses formes savantes, on comprend qu’on l’ait admiré comme une création du génie hindou; mais du jour où il a été démontré que lui aussi avait sa genèse et qu’il était né d’un type plus simple, se rapprochant beaucoup plus des autres écritures alphabétiques, et où l’on en a pu suivre les transformations successives, il rentrait dans la loi générale, et l’on devait arriver à reconnaître qu’il était sorti du moule commun qui a donné naissance à tous les alphabets.
Non , l’alphabet sanscrit n’est pas né tout armé du cerveau de rHindou, pas plus que Minerve du cerveau de .Jupiter. Comme les Grecs ont imprimé la marque de leur génie à l’alphabet phénicien en l’adoptant, les Hindous ont donné à l’alphabet indien son caractère propre; mais il leur est arrivé du dehors, aussi bien que l’alphabet indo-haclrien. Seulement, par où leur est-il venu et quel est le type alphabétique auquel il se rattache, voilà le point qui n’est encore qu’imparfaitement élucidé.
Prinsep et quelques-uns de ceux qui se sont les premiers occupés de ce problème avaient bien senti les conséquences de leur découverte; mais ils s’égarèrent en cherchant à expliquer l’écriture indienne par l’alphabet grec; leur explication, assez superficielle, est aujourd’hui à peu près abandonnée, du moins sous cette forme absolue. D’autres , comme William Jones et Fr. Ijenormant, étaient frappés de la ressemblance que l’écriture indienne présente avec l’écriture himyarite et, plus encore, avec l’éthiopien. Albrecht Weber
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fit entrer ces études dans une nouvelle voie en rattachant l’écriture indienne à l’alphabet phénicien; aussi son travail s’est-il imposé, malgré ses imperfections, à l’attention du monde savant h).
L’étude de la paléographie sémitique était encore trop peu avancée, il y a trente ans, pour que la démonstration tentée par Weber put avoir une base solide. M. Halévy a repris la question en s’aidant des lumières dont nous disposons, et il est arrivé à des conclusions assez différentes^^h D’après lui, l’alphabet indien dérive non pas du phénicien, mais de l’araméen, comme l’alphabet indo-hactrien. 11 aurait pris certains éléments à l’alphabet indobactrien, d’autres directement à l’araméeii, d’autres enfin au grec. C’est par le grec notamment que s’expliqueraient ces lettres qui présentent une ressemblance apparente très grande avec l’ancien alphabet phénicien. L’alphabet indien serait, en somme, un alphabet d’origine complexe, dont le fond serait indo-bactrien.
On s’étonnera toujours, tant qu’on n’aura pas trouvé d’intermédiaires entre l’alphabet indien et son frère du nord-ouest de l’Inde, de voir deux écritures aussi l'approchées de leur point de départ différer autant l’une de l’autre. Les différences portent non pas seulement sur la forme des lettres, ce qui pourrait s’expliquer par le caractère monumental des inscriptions indiennes, mais sur le sens de l’écriture, qui va de droite à gauche dans l’alphabet du Nord, de gauche à droite dans celui du Sud.
Zeitschrift der deutsclien morgenl. Gesellschafl , vol. X (i856), p. 889- 4o6; — hidische Slcizzen, p. 12 7-160.
Essai sur l’origine des écritures indiennes [Journal asiatique, i885, H. p. 243-3oi).
Ces raisons ont déterminé M. Taylor à reprendre, en la modifiant, la thèse de William Jones et de PV. Lenormant. Suivant lui, l’alphabet d’Açoka serait un dérivé non pas de l’himyarite, mais de son prototype, beaucoup moins éloigné du phénicien, l’ancien alphabet sémitique du Sud, d’où serait également sorti l’himyarite. On voit que cette théorie se rapproche dans une certaine mesure de celle de Weber. Il est certain que l’aspect général de l’écriture indienne rappelle plutôt celui des alphabets sémitiques du Sud; en se plaçant au point de vue de l’histoire générale de la propagation de l’alphabet, il semble assez naturel que l’écriture des habitants de la grande presqu’île de l’Inde leur soit venue des populations de l’Arabie, avec lesquelles ils entretenaient des relations commerciales suivies. Mais il resterait à expliquer cette rencontre étonnante dans l’Inde de deux alphabets sémitiques venant, l’un du Nord, l’autre du Sud, et l’air de parenté incontestable qu’ils présentent malgré leurs grandes différences.
L’argument le plus fort en faveur de la communauté d’origine des deux alphabets est qu’ils procèdent tous deux de la même manière pour la formation des lettres nouvelles et pour l’expression des voyelles; en outre, ni l’un ni l’autre n’expriment le redoublement des consonnes identiques ou homogènes. Une des causes de l’aspect très particulier qu’offre l’alphabet indien doit être cherchée dans la facilité qu’il a toujours eue de créer des consonnes combinées, par la superposition de lettres formant grappe; or ce trait, qui deviendra le signe distinctif du dévanagari, se remarque déjà dans l’alphabet indo-bactrien.
A ces considérations, dont on ne saurait méconnaître Isanc Taylor, The Alphabet, London, t883, vol. II, p. 285-3/i2.
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le poids, M. Senart en a joint d’autres, que lui a suggérées une version indienne des édits trouvée à Khâlsi, près des sources de la Jumna. La version de Khâlsi présente certaines particularités par lesquelles elle se rapproche de l’alphabet indo-bactrien. Le système vocalique y est moins développé que dans les autres inscriptions indiennes, et la notation des sifflantes semble être en relation étroite avec celle qui est usitée dans l’alpbabet du Nord-Ouest.
Nous avons dit que l’alphabet indo-bactrien avait conservé les trois sifflantes sémitiques, n et 7^. L’alphabet indien n’en connaît qu’une seule, çL. A Khâlsi, nous la retrouvons soit sous cette forme, soit sous la forme légèrement différente [j; mais, à côté d’elle, nous en voyons paraître une autre, A , qui se rattache paléographiquement à la sifflante indo-bactrienne T' Y a-t-il là un emprunt postérieur, résultant du voisinage des deux alphabets, ou bien l’inscription de Khâlsi, la plus septentrionale des versions indiennes des édits d’Açoka, ne pourrait-elle pas, jusqu’à un certain degré, servir de transition entre l’alphabet indo-bactrien et l’alphabet indien?
Quoi qu’il en soit, un fait peut être tenu pour certain : c’est que le système des voyelles a été pris tout entier par l’alpbabet indien à l’alpbabet indo-bactrien. En effet, ce système étant plus développé dans l’alphabet indien, il est évident que les habitants de Caboul, qui parlaient la même langue que ceux de la vallée de l’Indus, s’ils le leur avaient emprunté, ne l’auraient pas appauvri volontairement.
Nous restons donc en présence de trois théories : celle qui fait venir l’alpbabet indien directement du phénicien, et qui paraît devoir être abandonnée; une autre qui le rat- Senart, l. I, p. SS-Sg.
tache aux aJphabets sémitiques du Sud ; enfin, une troisième, peut-être la plus probable, qui le rattache, au moins en partie, aux alphabets sémitiques du Nord, et y voit un dérivé de l’écriture araméenne, par riiitermédiaire de l’alphabet indo-bactrien. De toute façon, deux points semblent bien acquis : l’origine sémitique des deux alphabets usités dans l’Inde antique, et la grande part qu’a eue le génie hindou dans l’adaptation de ces deux alphabets aux langues de l’Inde et dans leur constitution définitive.
L’introduction de l’alphabet dans l’Inde ne doit guère dater que du iv“ ou du v® siècle avant notre ère; auparavant, l’Inde ne connaissait sans doute pas l’écriture; rien du moins dans les Védas ne permet de le supposer. Il y a peu d’apparence que l’usage courant de l’écriture dans l’Inde soit de beaucoup antérieur au temps d’Açoka. Les Brahmanes, ainsi que M. Senart en fait la remarque, étaient peu disposés à se dessaisir de leur monopole. Les bouddhistes, au contraire, ont dû être pressés de se servir de l’écriture pour répandre leur doctrine. Ainsi s’explique la grande extension qu’a prise l’alphabet dès le jour de son apparition dans l’Inde.
Des deux alphabets rivaux que les inscriptions d’Açoka nous ont conservés, le premier, celui du Nord-Ouest, n’a pas eu longue fortune; il s’est éteint avec le mouvement qui lui avait donné naissance. L’autre, au contraire, a été appliqué au prâcrit et au pâli, puis au sanscrit, et il est ainsi devenu l’écriture de toute la littérature sacrée de l'Inde.
Nous ne pouvons suivre toute la série des transformations que l’alphabet indien a parcourues depuis le temps d’Açoka jusqu’à l’écriture moderne du sanscrit classique, à laquelle on donne le nom de dévanâgari; il faut nous borner
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à en marquer par quelques exemples les principales étapes. Elles sont toutes représentées par des monuments certains et parfaitement connus, d’où ont été tirés les alphabets que nous avons réunis dans le tableau inséré à la suite de la page On y trouvera :
1° L’alpbabet indo-bactrien d’Açoka;
‘2° L’alpbabet des monnaies de Bactriane, qui en dérive directement;
3° L’alpbabet indien (maurya ou magadba) d’Açoka;
Le caractère des inscriptions trouvées dans des temples souterrains, ou caves bouddhiques, de la cote occidentale de l’Inde, qui peuvent dater du i'’" siècle de notre ère;
5“ L’alphabet d’une autre inscription, gravée, à la suite des édits d’Açoka, sur la colonne monolithe d’Allahabad, et qui provient d’un des rois de la grande dynastie des Goupta, dont les années se comptent à partir de l’an 3iq de notre ère
G° Le Koutila, qui doit son nom à une inscription de l’an 992 de notre ère, et qui nous fournit un type, bien daté, de la forme de l’écriture d’où est sorti le dévanâgari.
Dans la seconde partie du tableau nous avons donné, à la suite du dévanâgari, les principaux alphabets du Nord et du Sud qui sont nés de l’ancienne écriture indienne
L’alphabet koutila, ainsi que celui des caves bouddhiques et l’ancien alphabet pâli dont se servaient les Siamois pour leurs livres sacrés (pâli, carré), sont empi-unlés à l’ouvrage de M. Taylor ; The Alphabet, vol. II, p. 336-34 1. L’alphabet des monnaies bactriennes a été dressé à notre intention par M. Drouin, qui a bien voulu revoir aussi le reste du tableau.
Il faut en rapprocher l’inscription de Rudradàman , à Girnar, qui date de la seconde moitié du II' siècle. (Senart, f. I,p. 33. Gf.Prinsep, Il,p. 62.)
Voir plus loin, p. 23q, 24o.
Arrivé à son plein développement, le dévanâgari se compose de quatorze voyelles et diplitongues et de trente-quatre consonnes portant Xa bref en elles. En voici le tableau :