PREMIER ÉDIT DE GIRNAR
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Grâce à sa perfection et grâce aussi à la propagande bouddhiste, l’alphabet sanscrit s’est répandu dans une partie de l’Asie centrale et dans toute l’Asie méridionale, et il a donné naissance à tous les alphabets modernes de l’Inde, ainsi qu’aux alphabets des pays soumis à l’influence de la
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civilisation hindoue, depuis le singlialais jusqu’au tamoul et au thibétain.
11 est très difficile, dans l’état actuel de la paléographie indienne, de donner une classification définitive de tous ces alphabets. On peut toutefois, pour y mettre un peu d’ordre, les partager en deux grandes familles. La première est formée par les dérivés du dévanâgari, qui est resté l’écriture des dialectes indo-européens parlés dans le nord de l’Inde, du bengali, du maharatte, du gouzarati et, partiellement, de riiindoustani. L’alphabet indien a même franchi l’Himalaya et s’est implanté de bonne heure au Thibet. Enfin, au xiii'= siècle de notre ère, le chef de la dynastie mongole, Khouhilaï-Khan, l’introduisit en Chine. Le nouvel alphabet, emprunté au thibétain, s’est appelé, du nom de son auteur, alphabet Pa'-sse-pa.
L’autre branche comprend les alphabets usités dans la partie méridionale de l’Hindoustan et dans l’île de Ceylan, c’est-à-dire, principalement dans les contrées où l’usage du pâli a été introduit par le bouddhisme; de là, elle s’est étendue sur nie de Java, le Cambodge, la Birmanie, le royaume de Siam. Deux de ses ramifications ont donné naissance, d’une part, aux écritures alphabétiques des populations dravidiennes, de l’autre, aux différents alphabets de la Malaisie ù). La plupart des alphabets de ce groupe ont pris avec le temps un aspect très différent de celui des alphabets du Nord. L’habitude d’écrire sur des feuilles de palmier a donné des contours de plus en plus arrondis aux lettres, qui finissent, dans certains alphabets, par ne plus former que des croissants, des demi-cercles, des omégas plus ou moins enjolivés.
A. G. Bumell, Eléments of South-Indian Palœoffraphy, 2' édition, London, 1878, ia-4°.
A côté de ces alphabets cursifs, il existe en Birmanie et au Cambodge des alphabets hiératiques, spécialement réservés pour les livres sacrés et pour les inscriptions historiques. Malgré leurs formes archaïques, ces alphabets, de même que l’écriture lapidaire appelée Icioiisa, sont en somme très voisins des autres et se rattachent paléographiquement aux mêmes origines. Les découvertes les plus récentes ont en elfet démontré (|ue toutes ces différences sont relativement modernes et que, jusqu’au v® ou au vU siècle, l’écriture indienne était partout sensiblement la même.
Les inscriptions du Cambodge, en particulier, ont considérablement modifié les classifications reçues. Ces inscriptions monumentales, qui s’échelonnent sur une longue série de siècles, représentent f écriture du vieil empire khmêr. Signalées dès 187Ô par Francis Garnier, elles ont été relevées par le commandant Aymonier, qui n’en a pas estampé moins de cent soixante sur les bords du Mékong, à Phnoin- Penh et à Ang-Kor. M. Kern a été le premier à eu déchiffrer quelques fragments d’après les copies, encore bien incomplètes, publiées par M. le D'' Harniant dans la Revue de l’ExIrême Orient. Elles ont été reprises depuis, à faide des estampages de M. Aymonier, par MM. Bartb , Bergaigne et Senart, qui ont entrepris de les publier Ib pour le compte de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Outre qu’elles offrent un intérêt paléograpbique, ces inscriptions, qui se rattachent au courant littéraire sanscrit, sont importantes pour l’histoire religieu.se de l’Inde, la seule que flnde connaisse, à vrai dire. Elles ont prouvé que les cultes brahmaniques étaient établis dans la péninsule indo-
Inscriplioiis sanscrites du Cambodge (Notices et Extraits des manuscrits, [. XXVII, 1" partie, avec atlas grand in-folio. Paris, i885).
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chinoise antérieurement au bouddhisme, infirmant ainsi l’opinion accréditée que l’Inde ne s’est répandue au dehors que par le bouddhisme. Les missions brahmaniques, toutefois, qui étaient, suivant l’expression de Bergaigne, rf sinon bottées, du moins armées de pied en capn, avaient un caractère bien différent de cette prédication de la charité universelle dont les bouddhistes ont été les apôtres W.
Tl ’ois siècles et demi plus tard, le bouddhisme s’est implanté à son tour dans ces contrées, et il s’y est rapidement propagé. Le pâli étant la langue sacrée du bouddhisme, les alphabets du sud de l’Inde, qui était le foyer principal de la nouvelle religion, ont pénétré dans toutes les contrées où s’est fait sentir l’influence bouddhiste; ils sont ainsi devenus prédominants dans les pays situés à l’est de l’Hindouslan et jusqu’aux portes de la Chine.
Il s’est passé pour les alphabets de la branche pâlie, ainsi que le dit très bien M. Tayloid’^^, un phénomène analogue à celui dont l’alphabet arabe nous ofl’re l’exemple. Seulement, tandis que le mahométisme, qui s’est répandu par les armes, n’a laissé subsister aucune autre écriture à côté de l’arabe, le bouddhisme n’a jamais eu recours qu’à la propagande de ses missionnaires; aussi trouve-t-on, dans les divers pays où il s’est implanté, les alphabets du sud de l’Inde employés concurremment avec d’autres écritures, les unes indigènes, les autres dérivées du chinois.
L’inscription de la page précédente a été publiée par Bergaigne {Journal asiatique, février-mars, i88a , p. 217); nous la donnons ici directement d’après l’estampage dont nous devons l’obligeante communication à M. Bartb.
The Alphabet, t. II, p. 344.