TROISIÈME PARTIE
dont ii a été question plus haut, ont confirmé la justesse de ses vues en ce qui concerne le nord de l’Arabie. Se limitant l’Arabie méridionale, Fresnel démontra que l’ancien idiome bimyarite n’avait pas cessé d’exister et que c’était un dialecte qui tenait de l’bébreu et de l’arabe, sans se confondre avec aucun des deux. Des orientalistes de profession, Gesenius, Evvald, Rédiger, se lancèrent sur cette piste, et, en moins de trois ans, les inscriptions de Wellsted et Gruttenden étaient lues et comprises.
De nouvelles découvertes ne tardèrent pas à confirmer ces premières vues. En i863, un voyageur français, le docteur François Arnaud, arriva chez Fresnel, alors agent consulaire de France à Djeddah, et lui parla d’inscriptions nombreuses, admirablement gravées, analogues à celles de Wellsted et Gruttenden, qu’il avait eu l’occasion de voir durant un séjour à Mareb. Sur les instances de Fresnel, Arnaud repartit, et l’année suivante il revint, rapportant d’un nouveau voyage, qui faillit lui coûter la vue, cinquantesix inscriptions himyarites. Fresnel se mit à l’œuvre et, en i8A5, la traduction de ces inscriptions, accompagnée d’un commentaire, parut au Journal asiatique. Dès lors, les études bimyaritiques étaient fondées, et elles n’ont cessé de progresser, grâce aux travaux du savant allemand Osiander et, plus récemment, de MM. Mordtmann, D. H. Muller, Halévy, .Toseph et Hartwig Derenbourg.
Pendant longtemps, le nombre des textes connus était resté à peu près stationnaire. En 1869, le courageux explorateur de l’Arabie du Sud, M. Joseph Halévy, chargé par l’Académie des inscriptions et belles-lettres d’une mission dans l’Yémen, pénétra, au péril de sa vie et à travers mille fatigues et des misères de tout genre, beaucoup plus avant
HIMYARITE
qu’oii ne l’avait fait jusqu’alors, et rapporta de son voyage les copies ou les transcriptions de 686 inscriptions, nouvelles pour la plupart D’autres voyageurs, moins heureux que lui, ont été massacrés en cherchant à pénétrer au cœur de l’Arabie. Enfin, dans ces dernières années, MM. Langer et Glaser ont parcouru plus à loisir, en suivant la route qu’il avait ouverte, les mêmes contrées, et en ont rapporté soit de meilleures reproductions de textes qu’il n’avait pu copier qu’à la hâte, soit de nouvelles inscriptions. Il n’y a guère plus d’un an, M. Glaser, qui avait recueilli, lors d’une première mission, i5o inscriptions, puis, une seconde fois, 3 00, vient de revenir pour la troisième fois d’un voyage dans la région de Bab-el-Mandeb , avec 2,000 inscriptions inédites, s’échelonnant sur un espace de plusieurs centaines d’années.
Les inscriptions himyarites se distinguent, entre toutes les inscriptions sémitiques, par leur caractère épigraphique. Ce sont des inscriptions souvent fort longues et qui ont toujours un aspect monumental et décoratif; elles sont admirablement calibrées et gravées avec un grand soin , tantôt sur la pierre, tantôt sur le marbre ou sur l’albâtre, tantôt sur le bronze. Les lignes sont régulièrement tracées, les mots séparés par une barre verticale. Les lettres sont en général grandes et profondes; parfois elles sont gravées en relief.
L’inscription est assez souvent accompagnée de bas-reliefs à plusieurs étages, qui représentent, comme certains tableaux du moyen âge ou de la renaissance, plusieurs épisodes successifs de la vie du même personnage. La stèle dont
Rapport sur une mission archéologique dans le Yémen, Paris, 1872. — Etudes sabéennes (Extrait du Journal asiatique, mai-juin, octobre 1878 et décembre 187^), Paris, 1875.
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