‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 68 sur 112 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ou possède des manuscrits éthiopiens écrits avec ces caractères dans les premiers siècles de notre ère, et qui nous ont conservé différents livres apocryphes, le livre d’Enoch, le livre des Jubilés, ainsi qu’une ancienne version de la Bible. L’écriture éthiopienne s’est transmise jusqu’à nous, avec quelques modifications, dans Yamharique, qui est encore aujourd’hui l’écriture liturgique des Abyssins. La forme des lettres de cet alphabet ne rappelle en rien l’écriture phénicienne, et l’origine de l’éthiopien restait enveloppée de mystère, lorsque la découverte des inscriptions himyarites est venue jeter quelque lumière sur les liens qui le rattachent aux alphabets asiatiques.

Au sud de l’Arabie se trouvait un empire bien connu des anciens et qui passait pour avoir jeté un grand éclat, le royaume de Saba. Il avait pour capitales Saba et Mariaba, à l’est; Raïdan, à l’ouest. Les écrivains ecclésiastiques et, à leur suite, les auteurs musulmans l’ont appelé l’empire himyarite, du nom d’une dynastie qui remplaça l’ancien empire sabéen, détruit, l’an 2 A après J.-G., par Ælius Gallus. Les rois de la dynastie himyarite avaient établi leur résidence à Dhafàr, l’une des plus belles et des principales villes de l’Arabie, située près de Sana’à, la capitale de l’Yémen. Le nom àliimyarite , à peine connu avant l’ère chrétienne, ne désigne qu’une partie des habitants du sud de l’Arabie. Toute cette contrée, qui paraît avoir été très peuplée et très florissante, était occupée par un grand nombre de tribus constituées en royaumes indépendants. Pline et Ptolémée citent, parmi beaucoup d’autres, les Minéens, les Homérites, les Ghatramotites (^Airamitœ de Ptolémée), les Sabéens. Les ruines considérables que l’on rencontre à chaque pas dans cette contrée, devenue aujourd’hui

HIMYARITE

i’unc des plus inhospitalières du globe, attestent l’importance de cette antique civilisation.

D’où venaient les populations du sud de l’A.rabie? Une tradition rapportée par la Genèse semble les rattacher aux peuples de race coucbite; M. Renan ù), reprenant une idée émise par le baron d’Eckstein, a supposé qu’ils étaient le produit d’une émigration partie du golfe Persique, qui aurait occupé le sud de l’Arabie et passé de là en Afrique par

l’Ethiopie. L’étude des inscriptions semble confirmer cette manière de voir.

La découverte de la langue et de l’écriture himyarites est due, ainsi que l’a dit Gesenius, à deux Anglais et à un Fl ■ançais. En i 835, deux ofiiciers de la marine anglaise, Wellsted et Cruttenden, en station aux environs d’Aden, trouvèrent à Sana’à, la capitale de l’Yémen, plusieurs inscriptions tracées avec des caractères inconnus, fort analogues à l’éthiopien, ainsi qu’ils en firent eux-mêmes la remarque. Leur découverte, qui mit en émoi le monde savant, fut annoncée en i83y, puis publiée en i838 dans le Journal of tlie R. Geographical Society

Presque en même temps, un homme d’autant d’esprit que de science, Fulgence Fresnel, publiait dans le Journal asiatique ses Lettres sur F histoire des Arabes avant F Islamisme , auxquelles nous devons une juste intelligence de la société arabe préislamique. Dans une de ces lettres, il établissait que les auteurs musulmans avaient confondu sous le nom d’arabe des civilisations et des langues très diverses. Les découvertes toutes récentes de M. Doughty et de Gb. Huber,

Histoire des langues sémitiques , 5' édition, Paris, 1868, p. 3i4-3â3.

Vol. VII, p. 90-34, et vol. VIII, p. 967.

3' série, t. V et VI, avril-décembre i838.

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