TROISIÈME PARTIE
célèbre avec des vues, sur l’origine et le caractère de cette éci’iture, dont les découvertes ultérieures ont démontré justesse. Mais c’est encore au voyage d’exploration de MM. Waddington et de Vogüé dans la Syrie centrale que l’on doit la connaissance exacte et complète des inscriptions du Safa, qui a permis à M. Halévy d’en tenter avec succès le déchiffrement.
M. de Vogüé recueillit plus de ^oo de ces inscriptions, qu’il a publiées dans le volume sur la Sÿrie ceiUrale auquel nous avons déjà fait de nombreux renvoisi^b C’est d’après lui que nous avons donné la description de ces anciens monuments. Les originaux de quelques-uns d’entre eux, rapportés par lui, sont conservés au musée du Louvre.
Déjà M. Blau avait entrepris de déchiffrer les inscriptions du Safa; mais, égaré par l’idée que cette écriture devait cacher de l’arabe, il avait méconnu le sens de ces petits textes. Une tentative de M. D. H. Muller ne fut guère plus heureuse. M. Halévy reprit le problème, à l’aide des inscriptions publiées par M. de Vogüé, et il parvint à reconnaître le mot D = p fflils deii, qui sépare les noms propres. Cette découverte non seulement lui donnait deux lettres de l’alphabet safaïtique, mais permettait d’isoler les noms propres et elle prouvait qu’il fallait chercher l’explication de ces inscriptions, non du côté de l’araméen, mais dans le sabéen, qui emploie le même mot que l’hébreu, ben, pour signifier fffilsin En s’appuyant sur cette base solide, il est
Reisehericht ilber Hauran und die Trachonen, Berlin, 1860.
Syrie centrale, Inscriptions sémitiques, 2' partie : Les inscriptions du Safa , Paris, 1874.
Essai sur les inscriptions du Safa (Extrait du Journal asiatique, 7' se'ric, vo!. X, 1877, p. 298-450).
INSCRIPTIONS DU SAFA.
arrivé peu à peu à déterminer les valeurs des différentes lettres safaïtiques et à traduire les noms propres, ainsi qu’un certain nombre d’autres mots. D’ailleurs ces inscriptions, comme tous lesgra^iî, sont très pauvres, et dès qu’on sort des noms propres, on tombe, à cause de leur concision même, dans de grandes obscurités.
L’alphabet safaïtique présente dans son ensemble une ressemblance indiscutable avec l’alphabet bimyarite; mais, dans le détail, cette ressemblance n’est pas aussi absolue qu’on serait disposé à le croire; M. Halévy va même jusqu’à dire qu’il y a plutôt entre eux un air de famille qu’une provenance directe, et qu’il faut faire intervenir, comme terme de comparaison, l’alphabet phénicien. Il est certain que l’alphabet safaïtique, tout en étant plus récent que les inscriptions bimyarites, a pu conserver, à cause de la simplicité de ses formes, certaines ressemblances avec des formes relativement anciennes de l’alphabet phénicien, qui ont disparu dans l’écriture monumentale de Saba et de Mariaba.
Comment expliquer la présence d’inscriptions appartenant à la famille sémitique du Sud dans une région séparée de l’Yémen par toute la longueur de l’Arabie ? Welzstein, s’appuyant sur les faits réunis par Gaussin de Perceval, avait proposé d’y voir l’effet de ce courant qui, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, amena les populations du sud de l’Arabie, Fenoukbides, Salihides, G hassanides, jusqu’aux portes de Damas, et auquel on doit la reconstruction de Bosra, ainsi que tout le développement architectural du Haurân. S’il en était ainsi, l’isolement de l’alphabet du Sala ne devait être qu’apparent, et l’on devait s’attendre à en trouver des traces sur d’autres points du chemin parcouru par ces populations. Les découvertes de MM. Dougbty et Charles