TROISIEME PARTIE
pagatioii même de l’alphabet ibérique. La plupart des monnaies celtibériennes appartiennent au nord ou au nord-est de l’Espagne; il semble donc que l’alpbabet ibérique se soit répandu du Nord au SudW.
Toutes ces raisons nous font comprendre comment Grimm a pu en arriver à considérer l’alpbabet celtibérien comme un rameau de la grande famille des alphabets runiques^^^ qui s’étendaient, d’après le témoignage des historiens anciens, jusqu’en Gaule. La parenté paléographique des deux écritures n’est pas aussi éloignée qu’on serait porté à le croire tout d’abord, puisque, suivant toutes les probabilités l’écriture runique elle-même est née soit de l’alphabet grec, soit de l’alphabet latin.
Il est difficile de défendre encore aujourd’hui cette théorie. Il ne faut pas juger de la parenté des écritures d’après leurs ressemblances extérieures. L’alphabet ibérique et l’alphabet runique, bien que leur apparition sur les monuments soit à peu près contemporaine, n’appartiennent pas à la même période. Les monnaies celtibériennes marquent le terme d’un développement antérieur, les inscriptions runiques ne font que commencer aux premiers siècles de notre ère. Encore faudrait-il savoir si la civilisation ibérique est en réalité aussi ancienne qu’on se plaît à le dire, et si l’introduction de l’alphabet dans la péninsule ibérique a précédé la naissance de l’alphabet runique. La théorie de Grimm, en tout cas, repose sur une vue juste de la dilfusion de l’écriture dans l’Europe occidentale. Sous les alphabets classiques.
Il convient de remarquer pourtant que l’alphabet ibérique du Sud, ou turdétan, qui est plus simple, se rapproche davanta^je du phénicien.
Wilhelm Cari Grimm, Ueber deutsche Runen, Gôttingen, 1821, p. 3/1
et 35.
et antérieurement à leur invasion dans ces contrées, qui date de la conquête romaine, il y avait une couche d’écritures, de même origine peut-être, qui a été, pour l’Occident et pour le nord de l’Europe, ce que furent pour la Grèce les alphabets préhelléniques que l’on a confondus sous le nom d’écriture pélasgique.
On croit reconnaître, d’autre part, dans deux ou trois lettres de l’alphahet ibérique, une lointaine ressemblance avec l’écriture berbère. 11 ne faut pas exclure à la légère la possibilité de cette influence. Les alphabets ne naissent pas tout d’un bloc; ils se forment, ou plutôt se transforment par dilîérenciations et par emprunts. Les peuples qui les adoptent modifient certains caractères pour les approprier aux sons de leur langue; souvent aussi ils empruntent ceux qui leur manquent à leurs voisins ou même à leurs ennemis. Peut-être y a-t-il eu, avant l’ère chrétienne, sinon une invasion, du moins une pénétration de l’élément africain dans la péninsule ibérique, rappelant dans une certaine mesure ce qui s’est passé plus tard à l’époque de la domination des Maures en Espagne.
Une dernière catégorie de monnaies antiques de l’Espagne nous fournit encore un autre type d’écriture, qui paraît se rapprocher plus de l’écriture phénicienne de basse époque que du celtibérien. Ces monnaies, qui proviennent des villes de Asido, Bailo, Iptuci, Lasucta, Oba, ont été baptisées du nom de bastulo-pbéniciennes.
La grande diversité de ces écritures est un reflet des influences étrangères multiples auxquelles l’Espagne a été successivement soumise. Les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Latins, les Gotbs, les Arabes, d’autres peuples encore peut-être s’y sont succédé, et chacun d’eux y a laissé