TROISIÈME PARTIE
comme les barbes d’une Qèche ou les branches d’un sapin, rappelle certaines lettres de l’alphabet runique.
Le manuscrit de Saint-Gall n’est pas Seul à nous avoir conservé le souvenir de cette écriture; on peut en suivre la trace sur les monuments de la Grande-Bretagne et de la Scandinavie. M. Stephens^*) et, après lui, Hübner^^^ ont publié une curieuse inscription bilingue, trouvée à Hackness
dans le Yorksliire, en Angleterre. La partie supérieure est runique; la partie inférieure, que l’on n’a su jusqu’à ces derniers temps à quelle écriture rattacher, est certainement écrite avec les caractères que le manuscrit de Saint-Gall appelle Halalruna. Une autre inscription publiée par Hübner^^) nous fait connaître une écriture différente, mais appartenant à la même famille. Je crois enfin retrouver les Halalruna dans deux autres inscriptions de Stephens (p. 219 et aSi), non plus isolés, mais mélangés à des caractères runiques. Ces faits sembleraient légitimer l’opinion de ceux qui voient dans l’écriture ogamique une altération des runes Le nom même de runes donné par l’auteur du manuscrit de Saint-Gall à ces alphabets, que nous appellerions ogamiques, indique la parenté qui existait, dans sa pensée, entre les deux écritures.
Runic Monuments , t. I, p. 46y.
Inscr. Britanniœ chrisltame , n” i84'.
Ibidem, n° i83‘.
Taylor, The Alphabet, vol. II, p. 22.^-227.
ALPHABliT OGAMIQUE.
On ne doit pas oublier d’autre part que le mot runes signifiait, d’une façon générale, une écriture secrète, et qu’il peut avoir été appliqué à d’autres systèmes que l’écriture runique proprement dite. L’écriture ogamique a toujours eu un caractère essentiellement mystérieux. Dans les anciennes inscriptions irlandaises, on intervertissait souvent de propos délibéré la valeur de certains caractères, pour les rendre incompréhensibles à ceux qui n’en possédaient pas la clef. Les mêmes inversions ont persisté dans la langue populaire de l’Irlande. S’il fallait trouver un point d’attache à l’alphabet ogamique, je le chercherais plutôt dans les bâtonnets à entailles dont les peuples du Nord se servaient avant l’introduction de l’alphabet latin dans ces contrées Peutêtre le mairmisUih {inmaslafr) , qui correspond à l’allemand buchstab^'^, a-t-il désigné primitivement ces bâtonnets, avant d’être appliqué aux lettres de notre alphabet plus ou moins modifiées, et peut-être l’irlée première de l’écriture ogamique a-t-elle été fournie par les anciens caractères magiques des peuples du INord. Qui sait même si les noms donnés aux lettres de l’alphabet ogamique n’en seraient pas une lointaine réminiscence?
Cette manière de voir ne méconnaît pas les ressemblances que l’on a relevées entre les runes et l’alphabet ogamique; seulement, au lieu d’être une altération des runes, l’alphabet ogamique serait une adaptation à l’alphabet latin classique des caractères primitifs dont la trace se retrouve jusque dans l’écriture runique.
f ' Voir plus haut, p. 3, 4.
Grimm, Deutsche Runen, p. /iy, 6i, yi, y2.