‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 1 sur 86 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Et maintenant il nous faut, avec regret et répugnance, aborder le sujet de la grande iniquité qui fut consommée au Manitoba en 1890, injustice et commencement de persécution légale qui devaient assombrir les dernières années de M51- Taché et probablement en abréger la vie. Il répugne tant d'enregistrer les exemples de la duplicité humaine, d'exposer en plein jour la perversité de ses semblables et de dévoiler les cas d 'abus de pouvoir dont les gouvernants

peuvent se rendre coupables !

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Il est vrai qu'un catholique pourrait trouver une fiche de consolations dans la pensée que pareille intolérance et une injustice si criante doivent être mises au compte d'une classe de gens qui ne se lassent point d'imputer leurs propres fautes aux représentants de son Eglise. Mais la comparaison du traitement généreux accordé à la minorité protestante de Québec par sa majorité catholique avec l'intolérance manifeste de la majorité protestante du Manitoba vis-à-vis de la minorité catholique de cette province n'est guère de nature à consoler, par exemple, le pauvre contribuable manitobain qui doit payer de ses propres deniers gagnés à la sueur de son front l'éducation du protestant, et puis défrayer encore celle de ses propres enfants.

Ainsi que nous l'avons vu plus qu'une fois au cours de cet ouvrage, la cause de l'éducation avait toujours été regardée comme d'importance majeure par l'Eglise dans l'Ouest. En cela ses représentants avaient été puissamment aidés par les gouvernants civils du pays. L'une des instructions les plus significatives données aux premiers missionnaires de la Bivière-îfcouge avait été la suivante : « Ils s 'attach erdnt avec un soin particulier à l'éducation chrétienne des enfants, établiront à cet effet des écoles et des catéchismes dans toutes les bourgades qu'ils auront occasion de visiter. »

Les mêmes directions réclamaient explicitement pour leur futur établissement du « fort Douglass »

non seulement une église et un presbytère, mais une école, et nous avons vu que ces ordres avaient été scrupuleusement exécutés partout où le prêtre avait pénétré.

Le grand évoque qu'était M51- Plessis, auquel les premiers représentants de l'Eglise dans l'Ouest furent redevables de ces sages directions, avait également spécifié que le double objet de fondations d'églises et d'écoles serait promu par l'usage judicieux des terres que le noble fondateur de la colonie avait octroyées à la mission catholique de la Rivière- Rouge. Puis, à la date du 9 mai 1818, Lord Selkirk avait explicitement approuvé ces arrangements \ contribuant ainsi lui-même indirectement au support des écoles confessionnelles.

La compagnie de la baie d'Hudson qui, peu de temps après sa mort, devint le représentant de la Couronne directement et, plus tard, par l'intermédiaire du Conseil d'Assiniboia, marcha sur les traces de Lord Selkirk, aidant les écoles catholiques aussi bien que celles qui étaient sous des auspices protestants par des octrois de terre, le passage libre des instituteurs dans ses bateaux et des subventions pécuniaires, qu'elle savait devoir être appliquées en grande partie à l'avancement de l'éducation catholique.

1. " M. Provencher m'a montré les instructions et documents qu'on lui a donnés ; ils paraissent contenir tout ce qu'on peut désirer " (D'une lettre à Mgr Plessis).

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Pendant plus de cinquante ans, toutes les écoles de la colonie furent confessionnelles. D'un autre côté, comme on ne prélevait aucune taxe directe pour leur entretien, il est patent que toutes les sommes versées pour les institutions catholiques et protestantes (100 livres sterling pour les premières etencore plus pour les autres), devaient, dans l'intention des contribuants, être destinées aux écoles aussi bien qu'aux églises des deux grandes divisions religieuses.

De plus, lorsque, au cours de l'insurrection de 1869, le gouvernement canadien voulut rassurer les catholiques d'Assiniboia, qui se croyaient menacés dans leurs droits religieux et civils, et les préparer à accepter la juridiction du Canada, le secrétaire d'Etat leur écrivit par l'entremise de MF Taché que le gouvernement « regretterait vivement que la liberté civile et religieuse de la population entière ne fut pas efficacement protégée 2 ».

Or, chacun sait que, aux yeux de l'Eglise catholique, l'enfant étant le père de l'homme, dans ce sens que celui-ci sera généralement ce qu'on a fait celui-là, son éducation doit de toute nécessité reposer sur une base morale, et partant religieuse. Le seul droit de l'Etat en cette matière est de s'assurer que cette éducation n'est pas de nature à léser plus tard les droits de la société. Il est parfaitement inutile d'ar-

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