Sir Joseph Howe, 16 fév
guer sur la légitimité de ces principes, que les protestants sont libres d'admettre ou de rejeter: ils constituent la position de l'Eglise en matière d'éducation, et pour un non-catholique empêcher qu'ils soient mis à exécution par elle pour le bénéfice de ses propres enfants est l'équivalent d'un acte de persécution ouverte.
Enfin, la Liste des Droits qui représentait les conditions auxquelles le peuple de l'Assiniboia consentait à s 'annexer au Canada — annexion à laquelle personne ne pouvait le forcer, ainsi que le reconnut le sous-secrétaire d'Etat pour les colonies 3 — cette liste contenait une clause qui demandait expressément des écoles séparées pour les catholiques de la future province 4. En réponse à cette réclamation, l 'Acte du Manitoba stipula que « la dite législature peut exclusivement faire des lois sur l'éducation pourvu que les restrictions suivantes soient observées: Rien dans ces lois ne devra être de nature à porter préjudice à aucun droit ou privilège touchant
3. " Les troupes ne devraient point être employées à faire accepter de force la suzeraineté du Canada à la population de la Rivière- Rouge" (Sir F. Rogers, 22 mars 1870).
4. Il y en a qui ont prétendu que les écoles séparées n'étaient point mentionnées explicitement dans la Liste des Droits telle que préparée au fort Garry; mais, ainsi que l'historien protestant Alex. Begg le remarque fort à propos, ce document " demandait le respect de tous les droits et privilèges, et si, en conformité avec ses instructions, il [M. Ritchot] jugea bon de spécifier de son propre chef le droit aux écoles séparées, on ne peut guère l'accuser d'avoir outrepassé ses attributions" (History of the North-West, vol. III, p. 357). Mais nous tenons nous-même d'une très honorable personne, amie intime de L. Riel et de M. Ritchot, que celui-ci n'altéra d'aucune manière le texte de la Liste des Droits, qui reçut sa forme définitive
l'église dans l'ouest canadien
les écoles confessionnelles que n'importe quelle classe de personnes possède de par la loi ou la pratique dans la province au moment de l'union».
L 'article 16 de la Liste des Droits demandait également l'usage des langues anglaise et française à la Chambre et devant les tribunaux. A cette demande correspond la clause XXIII de la Constitution manitobaine, qui se lit ainsi:
« Soit l'anglais soit le français peut être employé par n'importe qui dans les débats des Chambres, et l'on se servira de chacune de ces deux langues dans les comptes rendus et journaux de ces Chambres, et l'une ou l'autre de ces langues est permise à toute personne ou dans les plaidoyers ou procédures, ou dans les actes émanant de tout tribunal du Canada établi sous l'autorité de l'Acte de l'Amérique du Nord, de 1867, ou bien clans tous les tribunaux de la province ou en ce qui concerne les documents qui pourront en émaner. Les actes de la législature seront imprimés et publiés dans chacune de ces deux langues. »
Ce double droit — aux écoles séparées et à l'usage officiel du français — paraissait donc garanti par un pacte aussi solennel et aussi explicite que l'homme pouvait le faire. Nous allons voir comment les prétendus représentants de la tolérance et de la liberté religieuse le traitèrent5.
et officielle du Gouvernement Provisoire en tant que représentant atti- • tré du peuple de l'Assiniboia.
5. Dès 1879, une loi avait été adoptée par la Chambre qui abo-
L'Hon. M. John Norquay, métis écossais très capable qui avait pendant de longues années tenu en mains le gouvernail de l'Administration manitobaine avec succès et une intégrité dont on ne douta jamais, s'était retiré du poste de premier ministre pour faire place au Dr Harrison, un conservateur comme lui (26 décembre 1887). Mais telle était alors l'excitation publique relativement à certains points affectant une ligne de chemin de fer, qu'on ne crut pas que le nouveau gouvernement put vivre sans être soutenu dans le district électoral de Saint-François-Xavier, qu'on prenait comme un critérium de l'opinion publique dans tout le pays.
Cette circonscription, dans laquelle l'Hon. Joseph Burke, de la nouvelle Administration, briguait les suffrages des électeurs, était en très grande partie française et catholique, et, malgré son nom, le candidat du gouvernement appartenait à cette nationalité et professait cette religion, tandis que son adversaire libéral était un Anglais protestant. La lutte était donc fort inégale, surtout si l'on considère qu'on soupçonnait, et avançait même parfois, que les libéraux étaient partisans de l'abolition du français comme langue officielle et même des écoles catholiques.
Un homme venu d 'Ontario, Joseph Martin, connu depuis comme le pétrel-tempête de la politique cana-
lissait l'impression en français de tous les documents officiels, excepté les statuts; mais cette loi fut jugée si visiblement inconstitutionnelle qu'elle ne reçut jamais l'assentiment du gouverneur.
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dienne, individu dont la parole n'avait aucun poids, comme les catholiques l'apprirent ensuite à leurs dépens 6, était le bras droit de Thomas Greenway, le chef de l'opposition provinciale. Sachant que «le gouvernement faisait de grands efforts pour faire croire aux électeurs que les libéraux étaient les ennemis naturels des Français et des catholiques, M. Jos. Martin et d'autres libéraux repoussèrent l'accusation en termes véhéments, affirmèrent qu'ils étaient en sympathie complète avec les catholiques français, et promirent formellement que leur langue et leurs institutions seraient conservées 7 ».
Au moyen de cette promesse, les libéraux gagnèrent l'élection, le 12 janvier 1888, et, quatre jours plus tard, M. Greenway fut appelé à former le premier cabinet libéral du Manitoba. Nous allons maintenant raconter ce qui arriva dans les termes mêmes8 dont se servit M. John Ewart, libéral piotestant dans une lettre publique qu'il adressa au même M. Greenway.
«Pour l'aider dans sa tâche, il [Greenway] alla lui-même trouver Sa Grâce l'archevêque de Saint- Boniface. Celui-ci était trop mal pour le recevoir. A
6. Pour ne citer que l'un des plus récents exemples de ses manières, il quitta la Colombie Britannique en déclarant qu'il avait irrévocablement dit adieu à la politique, et son premier soin en arrivant en Angleterre fut de se présenter comme candidat à Stratford-on-Avon.
7. J.-S. Ewart, Lettre ouverte à l'Hon. M. Greenway (V. The Manitoba School Question, p. 220. Toronto, 1894).
8. En y changeant simplement les mots " vous " en " lui " ou " il ", selon le cas.
sa demande, il fit sa communication par l'intermédiaire du vicaire général Allard. Il assura l'archevêque qu'il était en pleine sympathie avec lui sur la double question des écoles catholiques et de la langue française; que ce serait l'ambition de son gouvernement de les maintenir inviolables, et il priait Sa Grâce de nommer quelqu'un qui fût acceptable à son peuple comme membre de son cabinet.
« Le vicaire général écouta ses promeses et sa demande, et convint de le rencontrer à Winnipeg le lendemain à 9 heures du matin.
« Il alla en effet le voir et lui dit que Sa Grâce était extrêmement satisfaite de ses protestations de bon vouloir; qu'Elle croyait que M. Prendergast avait la confiance de son peuple et que, la politique étant en dehors de sa sphère à part ce qui était nécessaire pour la défense de son peuple, Elle ne ferait aucune opposition à son gouvernement. Il [Greenway] fit les mêmes promesses aux libéraux français qui étaient membres de la Chambre, et il put ainsi faire l'élection générale avec M. Prendergast comme collègue dans son cabinet et plusieurs candidats catholiques et français dans les rangs de son parti. Après l'élection, il avait de son côté cinq ou six députés [français] 9. »
L'homme de loi protestant termine sa lettre publique par cette déclaration bien nette : « Ces garanties ont toutes été violées, et un pouvoir qui a été