‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 16 sur 86 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le P. Allard, 0. M. L, qui avait joui d'une manière toute particulière de la confiance du défunt prélat, dont il était le vicaire général depuis nombre d'années, lui succéda temporairement comme administrateur du diocèse. Puis il fut lui-même remplacé au gouvernail par un digne pilote, mais seulement après que les tenants de deux partis distincts en eussent rendu le choix, sinon difficile, du moins plus laborieux que si séculiers et réguliers eussent été unanimes sur ce point.

Un excellent prêtre de Winnipeg était sur les rangs des candidats et comptait de nombreux adhérents; mais Konie jugea que les préférences du vénéré défunt, qui s'y entendait en hommes, ne pouvaient être négligées. En conséquence, le P. Louis-

Philippe-Adélard Langevin, 0. M. I., fut nommé m e

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archevêque de Saint-Boniface le 8 janvier 1895. Le 19 mars suivant, il fut solennellement sacré par Mgr Fabre, archevêque de Montréal, assisté de NN. SS. Duhamel et Grandin, en présence d'un vaste concours de peuple et de prêtres. Parmi le clergé pré-

Autographe de Mgr Langevin

sent, nous devons mentionner l'archevêque de Québec, les évêques de Trois-Eivières, Nicolet, Valleyfield et Ogdensburg (ce dernier siège était dans les Etats-Unis), ainsi que le coadjuteur de Saint-Hyacinthe et l'abbé mitre d'Oka.

Le nouveau prélat était le fils du notaire Fran-

çois-Théophile Langevin et de Marie Kacicot, dont le frère fut longtemps l'auxiliaire de l'archevêque de Montréal. Il naquit le 24 août 1855 à Saint- Isidore de Laprairie, dans ce qui était alors le diocèse de Montréal, et fit de brillantes études au séminaire de cette ville. Avant son ordination, il entra dans la congrégation des Oblats de Marie Immaculée, et prononça ses vœux perpétuels le 25 juillet 1882. Cinq jours après, 30 juillet, il était ordonné prêtre, après quoi il occupa dans son institut différents postes, dont le dernier, immédiatement avant son départ pour l'Ouest, avait été celui de directeur du grand séminaire d'Ottawa.

Il nous faut bien admettre au début que, humainement parlant, la position du nouvel archevêque n'était guère enviable. Le fait de succéder à un homme d'une éminence comme celle qui avait fait aimer et respecter de tous le grand prélat, homme d'Etat et patriote qu'était M51- Taché suffisait à lui seul pour rendre difficile la position de celui qui allait occuper sa place. Mais il y avait en outre l'épineuse question des écoles, qui passionnait plus que jamais l'opinion publique et que l'opiniâtreté des gouvernants manitobains allait rendre à peu près insoluble.

Une solution satisfaisante paraissait pourtant alors aussi certaine que possible. Après la décision contraire aux intérêts catholiques qu'avait rendue la Cour Suprême du Canada, qui se croyait liée par le jugement de nature identique qui était précé-

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demment émané du Conseil Privé, le cas avait été présenté sous un nouveau jour devant ce dernier tribunal. L'Hon. Edward Blake en était alors chargé et avait pour le seconder un homme très capable et épris de la justice, M. John Ewart, qui avait déjà été d'un immense secours à la minorité catholique. Par l'exposition claire et précise de la situation faite à celle-ci par la loi de 1890, le Conseil Privé fut convaincu que cette minorité avait des griefs très réels, auxquels le parlement du Canada était tenu de faire droit, si la législature du Manitoba refusait de lui rendre justice. Il rendit donc jugement dans ce sens et dit entre autres choses :

« Que l'on compare la position des catholiques romains avant et après les lois dont ils appellent. Avant que celles-ci fussent adoptées, il y avait des écoles confessionnelles, dont la direction était entre les mains des catholiques romains, qui avaient la faculté de choisir les livres dont on devait se servir et de déterminer le caractère de l'enseignement religieux. Ces écoles recevaient leur quote-part des fonds perçus pour les écoles par suite de la taxation de toute la province, et l'argent réalisé pour cette fin par les impôts locaux, en tant qu'il s'appliquait aux catholiques, servait uniquement à l'entretien des écoles catholiques.

« Quelle est la position de la minorité catholique sous les lois de 1890? Elle doit compter entièrement pour leur entretien sur les contributions de la population catholique romaine, tandis que les taxes qui

servent au soutien des écoles en vertu du statut tombent aussi bien sur les catholiques que sur les protestants. De plus, tandis que les habitants catholiques peuvent toujours être imposés pour des fins scolaires, le produit de ces impôts n'est plus destiné en aucune manière au soutien des écoles catholiques, mais sert à maintenir des écoles qu'ils regardent comme n'étant pas plus appropriées à l'éducation des enfants catholiques que si elles étaient distinctement protestantes dans leur nature. »

Cet important jugement fut rendu le 29 janvier 1895, c'est-à-dire vingt-et-un jours seulement après la nomination du P. Langevin au siège archiépiscopal de Saint-Boniface. C'était apparemment de bon augure; mais les persécuteurs du Manitoba étaient loin de désarmer. De fait, le 14 février suivant, le gouvernement de cette province lançait un défi public à l'autorité impériale en faisant dire au lieutenant-gouverneur dans son discours du trône: « Que le gouvernement fédéral demande ou non que cette loi soit modifiée... ce n'est point l'intention de mon gouvernement de se désister en aucune manière de sa détermination de soutenir le présent système, » et la législature vota un ordre du jour dans ce sens.

Ce refus n'empêcha pas le gouvernement fédéral de faire son devoir. Le parti conservateur était alors au pouvoir à Ottawa, et Sir McKenzie Bowell en était le chef. Le 21 mars 1895, après avoir entendu les avocats des deux parties, ce gouvernement

ordonnait aux autorités du Manitoba d'avoir à faire droit aux demandes des catholiques sous peine de s'exposer au danger d'être «dépouillées pour toujours dans une très grande mesure de leur autorité, et d'établir par là dans la province un système scolaire qui ne pourrait être changé ou aboli par aucun corps législatif du Canada ».

Mais, vers la mi-juin, le gouvernement G-reenway répondait qu'il «ne pouvait assumer la responsabilité de mettre à exécution les termes de la loi remédiatrice » proposée par les autorités fédérales.

Les protestants ne se montraient pourtant pas unanimes dans cet injuste entêtement. Le Nor'- W ester avait même donné à ce sujet d'excellents conseils aux gouvernants provinciaux. « Mettons de côté », disait-il, « tous les préjugés créés et soulevés depuis quelque temps par certains ministres qui se proclament religieux et qui se laissent conduire par l'intolérance et le fanatisme. Oublions les fulminations de certains démagogues politiques qui ne cherchent qu'à retenir les dépouilles et débris d'un emploi, et pour qui les mots honneur et vérité sont inconnus. »

« Pour l 'amour de Dieu et dans l 'intérêt de la paix, pour la cause de l'humanité commune, considérons avec calme et réflexion la situation actuelle, et réparons nos torts afin de ne pas nous engager, ainsi que le gouvernement du Dominion, dans une guerre de race et de religion \ »

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