Le Manitoba; Saint-Boniface, 23 juin
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temporel. Au moment même où pasteur et troupeau s'occupaient ainsi de constructions dont chacun devait bénéficier, la paroisse était fière de posséder une école catholique fréquentée par soixante-dix enfants.
Bruxelles perdait alors — été de 1897 — son premier curé, M. Willems, qui était transféré à Saint- Alphonse, et, jusqu'à l'arrivée de M. H. Heynen, prêtre originaire de Hollande, qui s 'y rendit pour la première fois le 17 novembre 1899, le groupe belge dut se contenter des soins que lui donnèrent le curé de Saint- Alphonse et l'un des pères de N.-D. de Lourdes.
Plus loin vers l'ouest, un centre de population qui avait depuis plusieurs années occupé jusqu'à un certain point l'attention des autorités ecclésiastiques de Saint-Albert, Pincher Creek, recevait son premier curé résident dans la personne du P. Blanchet, 0. M. I. Cette localité avait été visitée pour la première fois en 1884. Les PP. Légal et Van Tighem y firent tour à tour quelques apparitions, et, en avril 1886, ce dernier y avait même bâti une chapelle de modestes dimensions, dont il avait fait lui-même les portes et les fenêtres à sa résidence de McLeod. En 1889, le P. Moïse Biais passait la moitié de son temps à cette dernière place et l'autre à Pincher, et, en avril 1897, le P. Blanchet en devenait le curé. Ses ouailles comptaient alors seulement une vingtaine de familles canadiennes-françaises et deux ou trois anglaises.
Une autre mission qui allait sous peu se transformer en paroisse était celle de la montagne de Bois, ancien rendez-vous des chasseurs métis, plus connu aujourd'hui sous le nom anglais de Willow Bunch, ou sous son nom religieux de Saint-Ignace des Saules. Ce poste doit sa fondation au P. Saint- Germain qui, au printemps de 1885, alla y résider à la demande du lieutenant-gouverneur Dewdney. C'était l'époque du soulèvement des métis, et il y avait tout lieu d'appréhender que ceux de la montagne de Bois n'allassent prêter main-forte à leurs frères de la Saskatchewan. Pour les maintenir dans le sentier de la paix, les missionnaires oblats s'établirent au milieu d 'eux, et il est à remarquer que, au lieu de grossir les rangs des révoltés, ils donnèrent à l'armée canadienne quelques-uns de ses meilleurs éclaireurs.
Le P. Saint-Germain y bâtit une chapelle de 40 pieds sur 20, puis laissa la place à un M. Leuret, prêtre séculier qui, le 26 octobre 1898, était à son tour remplacé par M. Emmanuel Garon, lequel ne devait y rester que deux ans.
CHAPITEE in
L'avidité avec laquelle les terres du Nord-Ouest connues comme fertiles s'enlevaient, et la rapidité avec laquelle les grandes plaines canadiennes se peuplaient, faisaient déjà entrevoir le jour où l'on devrait chercher d'autres champs de colonisation. En outre, le gouvernement central, qui avait la haute main sur ces territoires et les immenses espaces non organisés au nord des plaines de l'Ouest, avait reçu certaines plaintes relativement à la facilité avec laquelle des boissons enivrantes s'introduisaient dans le district d'Athabaska. On assurait aussi que le peu de discernement que les Indiens et les métis de cette région mettaient dans l'usage de certains poisons destinés à faciliter la capture des animaux à fourrure était une source de danger sérieux pour ces utiles auxiliaires qui, dans le nord, sont beaucoup plus que les « fidèles compagnons de l'homme», nous voulons dire les chiens de trait qui y remplacent les chevaux, et qui en tombaient souvent les victimes. C'était l'occasion de rixes, voies de fait et autres désordres, quand les
pauvres Indiens n'avaient pas eux-mêmes à souffrir des suites de l'imprudence de leurs compatriotes.
On voulait enfin savoir au juste les conditions économiques de ce pays : la quantité de poisson qui s'y prenait annuellement, le nombre des bisons des bois qui pouvaient s 'y trouver, l 'augmentation ou la diminution des castors et autres animaux à fourrure, l'état forestier de ces lointaines régions, et la qualité du bois qu'elles renfermaient, etc.
Un détachement de la police à cheval y fut donc envoyé sous la conduite de l'inspecteur A.-M. Jarvis, qui arriva le 1er janvier 1897 au fort Saskatchewan, d 'où il partit le 4 du même mois pour le lac la Biche avec trois traîneaux, à chacun desquels quatre bons chiens étaient attelés.
Ce n'est point notre intention de relater les péripéties de ce voyage d'inspection, ni de détailler le travail — jugements, amendes et réprimandes, sans compter les observations — qu'y fit ce tribunal ambulant, qui assurait lui-même l'exécution de ses sentences. Mais nous ne croyons pas inutile de reproduire ici les renseignements que ce protestant donna dans son rapport officiel sur chacune des missions catholiques qu'il eut l'occasion de visiter, alors même que ces renseignements porteraient exclusivement sur des points d'ordre matériel. Ces observations ne sauraient nous laisser indifférents, d'autant plus que nous aurons souvent l'occasion de constater par là les progrès que les établissements de
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nos missionnaires faisaient enfin dans les grandes solitudes du nord.
Le premier poste catholique mentionné par l'inspecteur de police Jarvis est la mission de la Nativité, à côté du fort Chippewayan, sur le lac Athabaska. Il en décrit ainsi l'état matériel:
« Il y a en outre ici une grande mission catholique romaine à laquelle préside M^ Grouard, aidé de deux prêtres, quatre frères convers, quatre sœurs grises et autant de sœurs converses. Elle a un pensionnat qui compte aujourd'hui 27 filles et 18 garçons, enfants qui sont propres et paraissent bien portants. Cette mission fut établie en 1848 par feu M^ Taché \ Elle possède une scierie, un bateau à vapeur de soixante pieds de long sur neuf de large, avec roues de chaque côté, qui fait le service sur la même route que le steamer de la compagnie de la baie d'Hudson.
« Cette mission consomme du 1er novembre au 1er mai 22,000 poissons, qui sont pris dans le lac Athabaska. Son jardin est le lit d'un lac que les pères ont drainé. Ils y font venir 500 boisseaux de pommes de terre, mais cette récolte n'est pas toujours sûre. Ils cultivent aussi des légumes et de l'orge. . . L'évêque a une imprimerie et s 'occupe lui-même de son fonctionnement et de la reliure des livres. Il a imprimé des livres en six langues différentes 2. »
Il note ensuite l'état satisfaisant au point de vue
1. Erreur. C'est Mgr Faraud qui fut le fondateur de cette mission.