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CHAPITRE IV

L'abbé J.-A. Messier, qui avait été vicaire à la cathédrale sous M. Geo. Dugas, en était le curé depuis 1889. L'homonyme de ce dernier, l'abbé François-Azarie Dugas, qui avait déjà été quelque temps (1885-89) chargé de la première paroisse du diocèse sous M51" Taché, mais était retourné dans l'Est, revint à Saint-Boniface en juin 1899. Alors non seulement il y remplaça M. Messier comme curé, mais il fut même élevé par Mgr Langevin à la dignité de vicaire général du diocèse. Son prédécesseur immédiat à la cathédrale devint alors aumônier de l'hôpital des sœurs grises, poste qu'il occupe encore aujourd'hui.

Ne laissons pas l'année 1899 se clore sans enregistrer ce que d'aucuns regardaient comme une juste rétribution pour le mal fait aux catholiques par les moyens les plus vils et les subterfuges les plus déshonorants. Le gouvernement Greenway fut battu le 7 décembre 1899. Hugh-John Macdonald, fils de l'ancien premier ministre du Canada, fut alors appelé à la tête de l'administration provin-

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ciale; mais il fut lui-même remplacé dans ce poste au cours de l'automne suivant par M. Eodmond- Palen Roblin.

Peu après, dans la nuit du 21 au 22 décembre 1899, une des institutions les plus chères au cœur du curé de Saint-Pierre-Jolys, le couvent-pensionnat qu'il y avait établi, devenait la proie des flammes. Mais ce n'était qu'une éclipse momentanée: cette institution devait bientôt après renaître de ses cendres.

L'une des premières marques de bonne volonté de la nouvelle Administration manitobaine vis-à-vis des catholiques fut la nomination d'un métis français, M. Roger Goulet, au poste d'inspecteur des écoles. Le nouveau fonctionnaire était un ancien élève du collège de Saint-Boniface, auquel il avait fait honneur en passant avec distinction les examens universitaires. Malheureusement, cette nomination était loin d'équivaloir au retrait des lois spoliatrices de 1890, retrait que le gouvernement provincial disait attendre des autorités d'Ottawa, qui représentaient le parti responsable de ces lois. Quant aux tenants de ce parti, ils prétendirent que la question était définitivement réglée, qu'elle n'avait plus aucune actualité, en un mot qu'elle était morte et enterrée, prétention contre laquelle M*1" Langevin ne négligea aucune occasion de protester, directement ou indirectement.

Et ce n'était que simple justice, puisque toutes les écoles catholiques de Winnipeg et de Brandon,

les deux seules villes du Manitoba, continuaient à être ostracisées par les autorités locales. Non seulement ces écoles ne recevaient aucune partie des taxes que les catholiques versaient pour fins scolaires, mais même leurs bâtisses étaient l'occasion d'un nouvel impôt: ceux qu'on regardait comme leurs propriétaires devaient contribuer au trésor des écoles publiques, c'est-à-dire protestantes, une somme proportionnée à la valeur de ces bâtisses.

Maintes fois — notamment le 27 mars 1900 1 et le 21 août 1901 — les catholiques de Winnipeg protestèrent-ils devant la commission scolaire de cette ville contre cette injustice criante, et essayèrent-ils par les voies les plus conciliantes d'en venir à un arrangement. Ce fut en vain : on se servit constamment des termes de la loi comme d'une excuse pour perpétuer une situation que condamnaient toutes les

1. Ils exposèrent aux fonctionnaires protestants dans leur tentative de 1900 qu'il y avait alors 700 enfants dans les écoles catholiques de Winnipeg et plus de 200 qui ne fréquentaient aucune école. Ils leur firent remarquer que les écoles catholiques avaient des instituteurs diplômés, et qu'ils étaient prêts à accepter le système d'inspection des écoles publiques. En conséquence, ils demandaient au Bureau des Commissaires de louer les locaux affectés aux institutions catholiques et de prendre à leur charge l'entretien des immeubles ainsi que le paiement des instituteurs. Le pensionnat Sainte-Marie avait alors 191 élèves, l'école des frères 196, celle des Saints-Anges 99, celle de Saint-Joseph 70, celle de l'Immaculée Conception 170, soit un total de

Pour toute réponse, les commissaires auraient voulu pouvoir mettre des protestants dans les écoles catholiques et envoyer des enfants catholiques aux écoles protestantes. Ils refusaient en outre de permettre le port du costume religieux dans les écoles catholiques s'ils les prenaient sous leur contrôle. M. Marrin eut beau leur demander quelle clause de la loi s'opposait au port de ce costume. On fut obligé de répondre qu'il n'y en avait point; mais on ne voulut point démordre de ces conditions peu libérales.

règles de la justice et de l'équité. Peudant ce temps, le gouvernement Laurier criait sur tous les toits que la question des écoles était réglée.

Cependant le nombre incroyable d'étrangers qui se déversaient continuellement sur l'Ouest, surtout de ceux qui, comme les Allemands, les Polonais et même les Galiciens, partageaient leur foi, préoccupait de plus en plus les autorités ecclésiastiques. La congrégation des Oblats, qui était plus ou moins cosmopolite par la composition de son personnel, s'efforçait de fournir au pays les sujets nécessaires à l'organisation de nouvelles paroisses parmi ces nouveaux venus. Dès 1899, l'un des trois frères Kulawy qui s'étaient rangés sous la bannière de Marie Immaculée avait jeté les fondations d'une église pour les Polonais de Winnipeg. Cet édifice fut ouvert au culte le dimanche de la Pentecôte 1900. Il était forcément d'assez humbles dimensions; il n'en accommoda pas moins pour un temps les Allemands et même les Euthènes, en plus de ceux auxquels il était surtout destiné, deux messes de rite différent étant dites chaque dimanche dans la même enceinte 2.

Par suite de l'ignorance d'un trop grand nombre d'entre eux, les Euthènes étaient portés à attacher plus d'importance aux cérémonies du culte qu'au dogme même, et pour cette raison ils ne trouvaient guère d'attrait dans le ministère des prêtres latins.

2. Les Euthènes avaient aussi eu pendant quelque temps leurs offices dans l'église Sainte-Marie.

Quatre de leurs propres prêtres étaient, à un moment ou à un autre, passés en Amérique avec eux, mais aucun ne paraissait devoir rester au pays. Les évêques de l'Ouest crurent donc de leur devoir d'en faire venir d'autres du même rite et appartenant, autant que possible, à quelque ordre religieux.

Dans ce but, c'est encore au P. Lacombe qu'on eut recours. Il s'embarqua à Halifax pour Eome et l 'Autriche le 20 mars 1900, et, bien qu 'il ne fut guère habitué qu'à l'étiquette des tipis indiennes, il n'en visita pas moins plusieurs cardinaux et même l'empereur François-Joseph, dont il attendait évidemment plus que des encouragements. Lacombe était un homme pratique: pour lui une aumône donnée pour la cause des pauvres Galiciens valait infiniment plus que toutes les belles paroles du monde. Parce que l'empereur d'Autriche ne le comprit point, il baissa immensément dans l'estime du vétéran des plaines canadiennes.

Ce contretemps ne l'empêcha point de solliciter une audience de quelques-uns de ses ministres et d'autres personnages éminents, tels que le métropolitain des Ruthènes, l'archevêque de Lemberg. Si ce voyage n'eut point tout le succès qu'on en avait attendu, il n'en servit pas moins à tenir présente à l'esprit des autorités civiles et religieuses du pays ruthène la nécessité de faire quelque chose pour les pauvres exilés de leur rite. Il rendit aussi plus intelligible et plus satisfaisante toute communication subséquente.

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D'abord, dans le but de se mettre encore plus au courant des besoins de ses compatriotes, le métropolitain de Lemberg, clief du rite ruthène dans le monde entier, envoya dans l'Ouest canadien son propre secrétaire, l'abbé Zoldak (1900), qui trouva à Winnipeg les rudiments de paroisse ruthène dus au M. Poliwka dont nous avons déjà parlé. Celui-ci retourna peu après au pays de ses ancêtres : M. Zoldak y resta jusqu'à ce qu'un prêtre de son rite put demeurer en permanence au milieu de ses compatriotes du Manitoba. Pendant plusieurs années, il fit ainsi l'office de curé et de missionnaire parmi les milliers de Galiciens établis à Winnipeg et dans les environs.

L'année 1900 vit ainsi l'érection de la première église ruthène dans l'Ouest — celle qui se trouve sur la rue McGregor, à Winnipeg. Deux ans plus tard (1902), des pères basiliens vinrent prendre la direction définitive de la paroisse et de ses succursales, bien que M. Zoldak dut rester encore deux ans dans l'Ouest canadien3.

3. Sous la direction du prélat actif et entreprenant qu'est Mgr Langevin, l'Eglise latine a certainement fait son possible pour fournir des prêtres aux émigrés de la Galicie. Se faisant toute à tous, elle est allée jusqu'à encourager certains de ses prêtres à passer au rite grec, pour se faire plus facilement accepter de ces chrétiens si ennemis de toute innovation dans la partie extérieure du culte. Sans compter les prêtres du rite latin oblats ou rédemptoristes, polonais ou autres, qui se sont consacrés à ce pénible ministère sans adopter le rite de leurs ouailles, presque une demi-douzaine de prêtres canadiens-français, ayant l'abbé Adonias Sabourin à leur tête, ont généreusement abandonné les cérémonies du culte dans lequel ils ont grandi pour passer au rite grec-ruthène et se consacrer irrévocablement au salut des fidèles qui le suivent dans l'Ouest canadien.

Au commencement de la même année, une institution tout aussi importante pour le recrutement du clergé latin dans l 'Extrême-Ouest s'était établie sous les auspices du vénéré M^ Grandin. C'était le petit séminaire de Saint- Albert, qui fut béni le 25 janvier 1900, et auquel le P. Louis Culérier fut immédiatement préposé.

Vers la même époque, un autre établissement, qui témoigne de la multiplicité des soucis de l'Eglise catholique, était ouvert à Winnipeg, nous voulons dire le magnifique hôpital de la Miséricorde pour les cas de maternité, dont la fière coupole s'élève non loin de l'Assiniboine, entre les rues Sherbrooke et Maryland. M. J.-A. Sénécal, qui s'était fait comme une spécialité de ce genre de constructions, en était non seulement l'architecte, mais l'entrepreneur.

Cet hôpital est un témoignage vivant de la sollicitude de l'Eglise pour la vie de l'enfant qui n'a point encore vu le jour. Quelle que puisse être son origine aux yeux de la société, elle le protège comme une bonne mère, plutôt que de le voir exposé au sort qui ne devient que trop souvent son partage dans les milieux qui ne connaissent point son influence. Même une fois qu'elle a assuré son existence, l'Eglise est loin de l'abandonner aux tendresses d'un monde qui le flétrit d'un nom particulier, bien que ce même enfant soit la meilleure preuve du peu d'honorabilité de ce monde. Légitime ou non, l'orphelin a des droits tout particuliers à sa bienveillance, et nom-

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breuses sont les âmes qu'elle sauve au moyen des refuges où elle recueille ces épaves de la société.

Le P. Didace Guillet, le sympathique curé de Sainte-Marie depuis la nomination de M^ Langevin, avait longtemps senti le besoin d'un orphelinat pour sa paroisse. Il en avait même installé l'embryon dans la bâtisse qui avait servi de premier presbytère et de première église à "Winnipeg. Aidé de la charité publique et avec le concours des sœurs grises, à la tête desquelles se trouvait la bonne sœur Prince, il avait réussi à procurer un gîte plus spacieux à ses orphelins dans une bâtisse spéciale qu'il avait fait construire près des limites de la ville. Le 13 mai 1900, jour du Patronage de saint Joseph, auquel il devait être dédié, cet orphelinat était solennellement béni par Mgr l'archevêque. Une lourde dette avait été contractée; mais on comptait sur la charité des catholiques de la capitale manitobaine, et cette charité fit rarement défaut 4.

Une institution identique s'inaugurait alors à Prince-Albert sous les auspices de Mgr Pascal. Le 17 août 1900, quatre enfants, dont deux étaient Canadiens-français et les autres métis, étaient recueillis dans un local à quelque distance de l'évêché dont le P. Guillaume-Jean Bruck, aidé de Filles de la Providence, de Saint-Brieuc en France, allait diriger les pensionnaires. Là comme ailleurs, cette petite population allait être des plus cosmopolites.

4. Cet orphelinat ne recevait que des garçons. Un autre, érigé à Saint-Boniface, est spécialement affecté aux filles.

En effet, Anglais, Irlandais, Allemands, Polonais, Français, Canadiens, Galiciens, Roumains, Américains et autres allaient coudoyer des métis, et recevoir avec eux les soins du corps, que la société leur refusait souvent, en même temps que cette attention à leurs besoins spirituels qu'elle ne pouvait guère leur donner.

Au bout de six ans de dévouement, les Filles de la Providence, manquant de sujets de langue anglaise, durent faire place à l'orphelinat de Prince- Albert aux sœurs de la Charité de Saint-John, N.-B. (30 juillet 1906).

Pendant ce temps, l'immigration catholique, à laquelle nous avons vu les évêques de l'Ouest demander à leurs frères de l'Est de s'intéresser, n'était pas négligée. Un abbé Ozias Corbeil s'y était momentanément consacré, pour se retirer vers des plages plus septentrionales où nous le retrouverons. Plus constant que celui-ci dans cette tâche aussi ingrate que méritoire, le P. Moïse Biais s'en occupait sérieusement et non sans succès. Le besoin de déplacement continuel qui semblait inné en lui ne le rendait que plus apte à ce genre de ministère. Il avait déjà publié une brochure destinée à promouvoir l'émigration de ses compatriotes de la province de Québec et des Etats de l'est de l'Union américaine. Le 10 avril 1900, nous le voyons arriver avec un fort contingent de Canadiens-français venant de Québec, du Wisconsin et du Michigan. L'abbé Poulin, alors curé de Saint-Maurice, l'une des fonda-

tions de M. Gaire, voyait par l'arrivée de ces colons sa paroisse s'augmenter de vingt-cinq familles.

Lourdes comptait alors 714 habitants, et à Saint- Pierre-Jolys un nouveau couvent, plus beau que le premier, se terminait dans l'hiver de 1900. A Calgary, les Fidèles Compagnes de Jésus avaient plus de 200 enfants à leur école du Sacré-Cœur et l'hôpital Sainte-Croix, de la même ville, était toujours plein.

A Saint-Ignace des Saules ("Willow Bunch), 550 milles à l'ouest de Saint-Boniface, M. Garon n'était pas resté inactif. Pendant le séjour de deux ans qu 'il y fit, non seulement il put y fonder un couvent, mais il fit préparer la pierre nécessaire à l'érection d'une belle église, qu'il se proposait d'avoir près de l'école, à deux milles de la vieille chapelle, sur un terrain de 80 arpents que lui avait donné M. Jean- Louis Legaré, lorsque Mgr Langevin l'appela à prendre la direction de la paroisse de Wolseley. Le P. Saint-Germain, qui semble avoir eu la spécialité des intérims, le remplaça à Saint-Ignace. Il dut y passer six mois sans voir un confrère. Le 25 avril 1901, son archevêque le tirait momentanément de sa solitude en le visitant, ainsi que ses ouailles accourues pour la circonstance, après avoir fait un trajet de 90 milles en voiture et canipé sur six pouces de neige, dont une tempête imprévue avait recouvert la terre.

Puis vint à Saint-Ignace le règne de M. C. Passa-

plan et de M. A. Lenrieux, qui furent successivement chargés de cette paroisse 5.

Pendant ce temps, M. Gaire, toujours infatigable quand il s'agissait d'étendre la sphère de l'action française dans l'Ouest, fondait (1900) High River, ou Dumas, puis les missions de Deleau et de Bellevue, ou Belleview. Enfin, le 4 décembre 1900, Msr Langevin bénissait à Saint-François-Xavier, sur PAssiniboine, en présence de Mgr Ritchot, de M. A. Dugas, vicaire général, du P. Dandurand qui, en septembre de la même année, avait été remplacé par le P. Baudin dans la cure de Saint-Charles, une église en pierre due aux talents de l'architecte de la Miséricorde à Winnipeg et au zèle du curé, M. Kavanagh.

Au cours de cette même année 1900, un chemin de fer d'intérêt plutôt local, le Sud-Est (South-Eastern), s'était construit dans la partie méridionale, c'est-à-dire française, du Manitoba. Aussitôt qu'il eut été mis en opération, l'abbé R.-A. Giroux fut chargé de la desserte des missions de Marchand, Bedford, Sandyland, Woodridge, Badger, Vasser, Pine Valley, en un mot de toutes les stations échelonnées le long de cette ligne jusqu'à la frontière des Etats-Unis.

Ces soi-disant missions n'avaient naturellement qu'une population blanche. Les missions du nord, établies pour le bénéfice des Indiens, suivaient géné-

5. Ce dernier y arriva le 10 avril 1905. En novembre de l'année suivante, il y fit construire l'église actuelle qui mesure 80 x 40.

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ralenient la même voie de progrès et d'expansion. Le P. 0. Charlebois avait un moment (février 1900) été destiné par M^ Pascal à fonder un nouveau poste sur la rivière Nelson, au lac la Croix, ou Traverse (Cross L.), lorsque les circonstances portèrent son supérieur à confier cette tâche honorable au P. Bonnald, dont le P. Charlebois allait recueillir la succession dans le district du Cumberland. Celuici devint donc directeur de la mission du lac Pélican, tout en conservant les postes du Grand-Rapide et du Cumberland, où l'aidaient deux jeunes auxiliaires nouvellement arrivés dans le pays.

Cette contrée avait au point de vue religieux une physionomie à part: exclusivement païenne et protestante peu d'années auparavant, elle était devenue, grâce au zèle du P. Bonnald et de ses collaborateurs, un véritable champ de bataille entre l'Eglise de Dieu et ses contrefaçons. Déjà 190 personnes avaient embrassé la vraie foi au lac Cumberland, 300 au lac Pélican et 71 au fort Nelson, résultat des plus satisfaisants si l'on considère les circonstances.

Pendant que les missionnaires de ce qui fut longtemps appelé le Keewatin guerroyaient ainsi contre l'infidélité et le protestantisme, l'évêque du territoire contigu, M^ Grouard, saluait au fort Good Hope, au cours d'un voyage qui allait le mener jusqu'au Klondike, le vénérable P. Séguin qui, depuis quarante ans, gardait fidèlement son poste sous le cercle polaire, dont les neiges l'avaient rendu près-

que aveugle 6, ainsi que le P. Kearney, Irlandais instruit qui, pour l'amour des âmes les plus abandonnées, s'était lui aussi enseveli dans les neiges du nord, où il poursuit encore ses humbles labeurs. A la Petite rivière Eouge, non loin de la Plumée, le prélat salua en outre le P. Giroux qui se dévouait au salut des Louclieux qui, en ces deux places, édifièrent grandement leur évêque.

Nous repliant maintenant vers le sud-ouest, nous retrouvons les Pieds-Noirs, que le missionnaire ne peut arracher qu'un à un, et avec la plus grande difficulté, aux ténèbres du paganisme. Après de si persévérants efforts, on en est venu à désespérer presque de les convertir par un autre moyen que celui des écoles. A la Traverse (Blackfoot Crossing), un jeune père garde une mission dont la véritable fondation ne remonte guère qu'au mois de janvier 1899. Exactement un an plus tard, M61- Légal y bénissait un pensionnat avec 5 élèves, nombre qui, moins de douze mois après, se montait à 42. Cette institution avait été confiée aux sœurs de la Providence de Montréal.

Non loin de là, s'élevait la jeune reine du sudouest, l'entreprenante cité de Calgary, qui prenait constamment de nouveaux développements. Un vénérable missionnaire avec lequel nous aurons mainte

6. Ce bon père mourait, presque en odeur de sainteté, le 11 dée. 1902, dans sa paroisse natale d'Ennezat, diocèse de Clermont, où il était retourné dans l'espoir de prévenir la cécité complète dont il était menacé, après avoir en outre été la victime d'un accident qui lui avait démis une épaule.

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fois l'occasion de faire connaissance en Colombie Britannique, le P. Léon Fouquet, s'y était dépensé quelque temps. Les PP. Lacombe, Louis Culérier 7, et Alphonse Lemarchand rivalisaient de zèle avec lui et ajoutaient au soin des catholiques de cette ville celui de leurs coreligionnaires de Fish Creek, Pine Creek, Cochrane, Canmore et Anthracite.

Quelques chiffres donneront une idée de la croissance de cette ville, même à une époque où elle n'était point encore entrée dans cette ère de merveilleux développements qui en ont fait un centre de plus de 50,000 âmes. En 1900, sa population était estimée à 6,000 habitants: en 1899, le nombre des familes catholiques qu'il contenait était de 94; l'année suivante, il s'élevait à 137, augmentation de 41 familles, soit presque un tiers de plus en douze mois.

Beaucoup moins prospère au point de vue matériel était Saint- Albert, qu'on ne pouvait appeler « ville épiscopale » que par courtoisie. Cependant, avec ce sage conservatisme qui paraît si commun chez les autorités ecclésiastiques, M^ Grandin tenait à ce bourg, où étaient représentés tant d'intérêts religieux et autres. Aussi, lorsqu'il fut question de bâtir une nouvelle cathédrale pour remplacer celle de 1869, maintenant trop étroite, il insista pour qu'on l 'élevât à la même localité que l'ancienne.

Le nouveau temple devait avoir 180 pieds de long

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