‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 28 sur 86 · La vie est dans le mouvement · texte numérisé non relu

La vie est dans le mouvement

gieuses ou d'anniversaires se partagent le temps qu'il n'emploie point à sa correspondance et aux mille soucis inhérents à la direction d'un immense diocèse comme le sien.

Encore une autre tournée, cette fois présidée par des laïques et de caractère officiel, se préparait alors à Winnipeg, laquelle devait avoir le nord du pays pour objectif. L'événement de 1898 avait été la découverte de dépôts aurifères d'une grande richesse au Klondike, territoire situé immédiatement au nord de la Colombie Britannique. Cette découverte avait eu pour résultat une émigration d'un nouveau genre : des miliers d'hommes de tout âge et de toute condition, banquiers et domestiques, fermiers et commis de magasin, qui, par tous les chemins, possibles et impossibles, s'étaient précipités vers l'Eldorado de l'extrême Nord-Ouest. Comme on pouvait s'y attendre, un très grand nombre de ces chercheurs d'or ne réussirent qu'à s'appauvrir, et plusieurs perdirent tout ce qu'ils possédaient avant d'y être arrivés — heureux encore lorsqu'ils ne laissaient point la vie ou la raison dans quelque coin solitaire de la forêt subarctique.

Beaucoup ne virent jamais la terre promise, mais s'échouèrent momentanément de chaque côté des montagnes Rocheuses.

La présence au milieu des tribus indiennes de ces pauvres affamés, de ces désappointés aigris par les revers, créait un situation qu'il importait de ne pas laisser devenir trop nuisible à la paix publique et

au bien-être des aborigènes du nord. Pour éviter tout embarras et garantir à ceux-ci les droits dont l'observation devait empêcher tout conflit et assurer la bonne entente entre blancs et Peaux-Rouges, le gouvernement d'Ottawa décida d'envoyer dans le nord une commission officielle qui ferait accepter par différentes tribus un traité par lequel elles céderaient la majeure partie de leurs terres — dont elles ne pouvaient d'ailleurs retirer aucun profit — en retour d'aide matérielle et de perpétuelle protection de la part du gouvernement central.

C'est ce qu'on appela le traité No. 8.

Il devait affecter un immense territoire, et allait, pour cette raison, être considéré comme l'un des plus importants qui puissent être enregistrés par l'histoire de l'Ouest canadien.

Et comme on prévoyait que de simples laïques n'auraient pas beaucoup de chance de réussir avec des aborigènes qui n'avaient jusque-là obéi qu'à leurs guides spirituels, on crut prudent, sinon nécessaire, de s'assurer les services du vénérable P. Lacombe, le recours ordinaire du gouvernement et des grandes corporations en cas de trouble ou de diffi culte avec les Indiens. Ce père fut donc attaché à la Commission en qualité de membre consultatif, et, malgré son âge avancé 10, il ne recula point devant la tâche que lui proposaient ceux qui étaient à la tête du pays.

10. La Commission célébra dans les bois le cinquantième anniversaire de son ordination, et cette petite fête fut, à son retour à Saint- Albert, répétée avec plus d'éclat.

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Cette Commission se composait officiellement de l'Hon. David Laird, président, de l'Hon. James Ross et de M. J.-A. McKenna, ce dernier un excellent catholique. Outre cette Commission, destinée exclusivement à traiter avec les Indiens, il y en avait une dont l'objet était de distribuer aux métis des titres légaux aux terres qu'ils occupaient ou qu'ils voudraient prendre. Cette seconde Commission était composée du major Walker et de M. H.- A. Côté, Canadien-français d'Ottawa, auxquels MM. Charles Mair et Joseph-P. Prud'homme (frère du juge du même nom), de Saint-Boniface, étaient adjoints comme secrétaires.

Signature du juge Prud'homme

Accompagné d'un certain nombre d'hommes de la police à cheval et d'employés d'ordre secondaire, le double parti quitta Edmonton pour le nord le 29 mai 1899, et fut rejoint par M51- Grouard à Athabaska Landing. Le 19 juin, les deux Commissions se trouvaient au Petit lac des Esclaves, et, malgré l'astuce propre aux Indiens et la défiance dont ils font preuve quand ils ont à traiter avec des étrangers, le P. Lacombe n'eut pas de peine à faire con-

sentir aux termes du traité les sauvages qui s'y trouvaient réunis.

Les métis se montrèrent plus difficiles. Ils firent d'énergiques objections à la nature du document qu'on leur offrait: ils voulaient un scrip, ou titre, négociable, c'est-à-dire qu'ils pussent céder moyennant finances, et les représentants du gouvernement durent le leur accorder.

Puis la Commission des Indiens se dispersa temporairement. Pendant que quelques-uns de ses membres répétaient leurs opérations aux forts Vermillon et Saint-John, d'autres en faisaient autant au Fond-du-Lac Athabaska.

Le passage de ces fonctionnaires fut tout un événement pour le Nord. L'isolement séculaire de ses lointaines forêts semblait désormais brisé: la civilisation, avec ses avantages comme ses désavantages, s'avançait évidemment vers ces contrées si déshéritées de la fortune.

D 'un autre côté, la religion ne put qu 'y gagner : le rôle même qu 'on y fit jouer au P. Lacombe témoigna aux yeux des Indiens de l'importance qu'y attachaient les représentants de l'autorité chez les blancs. Ensuite, la question de futures écoles y ayant été soulevée, le président de la Commission indienne, M. Laird, déclara formellement, au nom du gouvernement, que les sauvages auraient l'espèce de maîtres qu'ils choisiraient eux-mêmes. Séance tenante et par un mouvement des plus spontanés, les Indiens affirmèrent ne vouloir que des écoles catho-

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liques, et firent une véritable ovation au P. Constant- Louis Falher, supérieur de la mission du Petit lac des Esclaves, malgré la présence de ministres protestants, qui voulurent ensuite les faire revenir sur leur résolution, mais en vain.

Enfin, un incident qui arriva chez les Montagnais du lac Atkabaska mit en relief le genre d'enseignements qu'ils avaient reçu de leurs missionnaires et montra jusqu'à quel point ils avaient été compris de leurs ouailles. Un chef indien demanda formellement au représentant du gouvernement la promesse d'un chemin de fer comme condition de son consentement à la cession de son pays. C 'était, écrit M. McKenna, «la première fois dans l'histoire du Canada qu'un Peau-Eouge posait à ce propos une semblable condition " ».

11. Ch. Mair, Through the Mackensie Basin, p. 65; Toronto, 1908.

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