‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 31 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cependant, la course au clocher qu'avaient faite les milliers de mineurs, réels ou prétendus, qui s'étaient précipités vers le Klondike à la recherche de l'or et la double Commission des Indiens et des métis avaient contribué à attirer l'attention des autorités ecclésiastiques sur l'immense vallée du Mackenzie et celle non moins importante du Youkon supérieur, véritable pays de cocagne, où même le blanc qu'avait favorisé la fortune pouvait mourir de faim à côté d'un monceau d'or.

En conséquence, le 22 juillet 1901, ces deux vallées furent constituées en vicariat apostolique distinct sous le nom de vicariat du Mackenzie et confiées à un jeune prêtre, le R. P. Gabriel Breynat, 0. M. L, qui devint par le fait même évêque d'Adramyte in partïbus infidelium, et fut sacré à Saint- Albert le 6 avril de l'année suivante par Msr Grouard, assisté de quatre évêques en plus des deux co-consécrateurs ordinaires.

Mgr Grouard gardait le reste du territoire, dans le sud, avec le titre de vicaire apostolique de l'Athabaska.

Chez Msr Langevin, nous avons encore d'autres progrès à enregistrer. C'est d'abord la fondation d'une nouvelle paroisse, Thibauville, où une trentaine de familles catholiques se sont établies près de Vépinettière, autrefois si abondante, où feu M. Thibault alla avec ses métis couper et scier le bois de la première cathédrale de Saint-Boniface. La première messe y fut dite dans la maison d'école le 1er août 1901, et M. Giroux, curé de Sainte-Anne, en fut le célébrant.

Juste vingt-deux jours plus tard, les paroissiens de Lorette, non loin de là, recevaient des sœurs de Saint-Joseph, qui venaient de Saint-Hyacinthe prendre la direction de l'école du village. Elles habitèrent d'abord l'étage supérieur de la maison d'école et firent la classe au rez-de-chaussée, jusqu'en 1903, époque où l'abbé Dufresne fit construire le couvent à côté.

Pendant ce temps, la mission encore plus ancienne de Saint-Laurent, sur le lac Manitoba, passait aux mains d 'un nouvel arrivé, plein de bonne volonté et doué de la tenace énergie qui caractérise tout véritable Breton. Le P. Hervé Péran était arrivé au pays en octobre 1900, et, après avoir passé deux mois au fort Francis, était venu s'établir à Saint-Laurent, où, en septembre 1901, il était nommé supérieur et curé. Sous son pastorat d'une dizaine d'années, l'église locale, qui n'avait alors que les murs et le toit, devait se terminer et se meubler, tandis que d'autres amé-

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liorations n'allaient pas tarder à se faire à la mission.

Celle-ci avait alors pour succursales le groupe de Saint-Ambroise, le centre de Ppsen, peuplé surtout de métis, N.-D. de la Paix et la Pointe-aux-Lièvres, que visitaient régulièrement les deux compagnons du P. Péran.

Le 27 octobre suivant, l'église de Saint- Andrews, où nous avons vu l'abbé Gillies, s'enrichissait d'une cloche de 1640 livres, qu'y bénissait M^ Langevin, et, pendant la première semaine de décembre 1901, une église dont les murs en bois étaient revêtus de brique à l'extérieur était ouverte au culte à Labroquerie. Le nouvel édifice mesurait 105 pieds sur 45, avec une sacristie de 30 sur 22.

Et ce n'était pas seulement la population de langue française qui témoignait ainsi de sa vitalité religieuse. L'abbé François Woodcutter, jeune prêtre d'origine allemande, avait organisé la paroisse hongroise de Kaposvar, où il faisait l'office de curé, et à Mariahilf, près de Grayson, à 15 milles de Broadview, sur le Canadien-Pacifique, les Oblats fondaient une résidence de missionnaires dirigée par le P. Albert Kulawy (automne de 1901), et à la tête de laquelle devait longtemps se trouver le P. Marc Kasper. Cette résidence était exclusivement pour le bénéfice d'une colonie d'Allemands établis dans le voisinage.

Plus à l'ouest encore, et non loin des Pieds-Noirs, un poste dont le nom trahit l'origine étrangère à la

race française, Gleichen, avait depuis 1881 été visité périodiquement par les PP. Oblats établis chez ces Indiens. Cette place fut pendant quelque temps un « point de division » dans le système du chemin de fer Canadien-Pacifique, ce qui lui donna une importance passagère. Pourtant le nombre des catholiques y était restreint. Heureusement, il y en avait au moins un dont la foi et la générosité pouvaient en quelque sorte compenser l'absence de coreligionnaires. C'était un M. Victor Beaupré qui, après avoir veillé sur la construction d'une partie de la ligne, en vertu d'un contrat qu'il avait passé avec la compagnie qui fournissait les fonds nécessaires, s'était finalement fixé à Gleichen. Là il s'était bâti un magasin au-dessus duquel il installa une petite chapelle avec chambre attenante pour le missionnaire qui pouvait visiter la localité. Non seulement ces deux pièces, mais même la table de M. Beaupré furent constamment à la disposition du prêtre, le P. Doucet ou tout autre qui desservit Gleichen jusqu'en octobre 1901. Alors l'un des deux pères du « Crossing » put se consacrer exclusivement au ministère pour la population blanche de Gleichen et de ses environs. Après le P. Kiou, nous y voyons le P. Salaun, puis le P. Lépine et le P. Le Chevalier.

Telles sont les origines de la paroisse Saint-Victor (patron de M. Beaupré) de Gleichen.

Un autre poste doté d'un nom tout aussi étrange, bien que fondé comme paroisse par un prêtre fran-

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çais bien connu de nos lecteurs, était Wauchope. Dès qu'il eut cru Grande-Clairière assez solidement établie pour ne plus avoir besoin de ses services, l'abbé Gaire tourna ses regards vers l'ouest et, en pleine solitude, sauf la présence d'une unique famille, celle de M. Maurice Quennelle, il planta de nouveau sa tente et répéta les tactiques qu'il avait suivies pour assurer la réussite de Grande-Clairière et autres places dans l'Ouest.

C'était au mois de mai 1902.

Grâce à ses efforts, il y avait là 15 catholiques au mois d'août suivant. Il y en a aujourd'hui plus de vingt fois autant: Français, Belges, Canadiensfrançais, avec quelques Irlandais, Anglais et Allemands.

Un certain nombre de paroisses ont été ainsi créées de toutes pièces par leurs curés sur les fertiles plaines de l'Ouest canadien; mais c'est la grande exception. Le plus souvent l'immigration se portait indifféremment sur plusieurs points à la fois, et le manque de cohésion de la part des colons empêchait les groupes de catholiques d'avoir assez de consistance, et partant de ressources, pour y permettre le séjour d'un prêtre. Il importait pourtant souverainement de ne pas laisser à eux-mêmes ces pauvres gens, plus ou moins désorientés dans leurs nouveaux domaines, et portés à se préoccuper de leurs intérêts matériels à l'exclusion de leurs besoins spirituels.

D'où pour l'administration ecclésiastique de

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lourdes charges, dont elle dut longtemps porter tout le poids. Pour faire face à ces nombreux besoins, Msr Grandin s'en ouvrit à ses collègues de l'Est dans une lettre datée du 3 octobre 1901, qui fut accueillie avec la respectueuse sympathie que réclamait pour elle l'âge et les vertus de celui qui l'avait écrite. Le P. Lacombe voulut joindre sa voix à celle de l'évêque de Saint- Albert ; mais certains représentants de la presse canadienne se permirent de faire leurs réserves relativement à quelques points de sa propre communication. On blâmait en particulier l'attitude des missionnaires du Nord-Ouest sur la question nationale: on leur reprochait de ne point enseigner le français dans certaines institutions, comme les écoles industrielles pour les Indiens, dans lesquelles l'usage de cette langue était proscrit par ceux-là même que les critiques québecquois avaient aidés à mettre au pouvoir à Ottawa.

Se rendant mieux compte que personne de la véritable situation, le métropolitain vint alors à la rescousse dans une lettre qu'il adressa aux journaux et dans laquelle il disait:

« Il s 'agit de bâtir des églises ou des chapelles et de les pourvoir de tout ce qui est nécessaire au culte. Il faut en outre assurer une subsistance honorable aux missionnaires qui consentent à partager la pauvreté du colon. Puis il y a des œuvres de charité et d 'éducation à fonder ou à développer. Les Galiciens catholiques seuls sont au nombre de 40,000 âmes! Tous sont arrivés depuis peu dans le pays. Il y a

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des milliers d'enfants galiciens sans écoles. Il nous faudrait pour eux une armée de maîtres catholiques. »

Puis Mgr Langevin faisait généreusement abstraction de ses propres besoins pour appuyer sur ceux de son suffragant. «Pour quiconque connaît notre pays », dit-il, « il est évident que le diocèse de Saint- Albert, plus jeune et composé jusqu'ici presque exclusivement de missions sauvages, est dans un besoin plus urgent de secours pécuniaires. »

Par nature très actif et pénétré de l'importance de l'éducation chrétienne, l'archevêque de Saint- Boniface voyait souvent ses faits et gestes, non moins que ses dires, devenir le thème de commentaires plus ou moins justifiés de la part des grands quotidiens de Winnipeg, ou même de sa province d'origine. Comme ces commentaires étaient quelquefois de nature à donner le change et occasionnaient des rectifications qui n'étaient pas toujours reçues du meilleur cœur, le prélat crut opportun de se créer un organe qui fut l'interprète fidèle de sa pensée. Ainsi furent fondées Les Cloches de Saint- Boniface, petite revue bi-mensuelle dont le premier numéro parut la première semaine de 1902, et où l'on trouve, éparpillé sans trop d'ordre ou de méthode, tout ce qui peut intéresser un prêtre, ou même un chrétien intelligent.

C'est dans le même ordre d'idées que Msr Langevin publiait, le 19 mars suivant, un mandement important, dans lequel il rappelait les recommanda-

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tions de l'encyclique Affari vos, et formulait les réclamations qu'il basait sur les termes de ce grave document. Ces réclamations portaient sur le droit de diriger les écoles affectées aux catholiques; « nous acceptons les programmes d'études des écoles publiques », déclarait-il, comme pour prévenir toute accusation d'infériorité. Il réclamait en outre le droit de retenir les services de maîtres ou maîtresses catholiques; affirmait qu'on ne pouvait empêcher les institutions similaires sous sa direction de se servir de leurs livres d'histoire, de lecture et de géographie, et voulait la liberté la plus complète de l'enseignement et des exercices religieux.

Puis il esquissait à grands traits les devoirs en matière d'éducation des catholiques en général, et des parents, des maîtres et maîtresses, des commissaires d'écoles, des curés et des missionnaires en particulier.

Ainsi parlait avec toute l'autorité qui s'attachait à son rang, le plus haut représentant de l'Eglise dans l'Ouest canadien. Le plus ancien de ses suffragants, prélat qui avait, lui aussi, maintes fois élevé la voix contre les empiétements du pouvoir séculier en matière d'éducation, n'allait bientôt plus pouvoir donner à ses diocésains que l'enseignement qui découlerait du souvenir de son zèle et de ses vertus. M.^ Grandin avait depuis des années été malade, et plusieurs fois on avait même cru qu'il touchait au terme de sa carrière. Après de longues souffrances patiemment supportées, ce prélat s'endormit dans

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la paix du Seigneur le matin du 3 juin 1902, en présence de M21- Clut, des prêtres de Saint- Albert et de ses familiers.

« La paroisse de Saint- Albert s 'éveillait au son du glas », écrit son biographe. « Il n'y eut qu'un cri sur toutes les lèvres : « Le saint évêque est mort. » On n'entendait que des sanglots, on ne voyait que des visages tristes baignés de larmes. Tous voulaient pénétrer dans le salon de l'évêché, où il demeura exposé quatre ou cinq jours \ »

Il serait bien difficile d'exagérer les mérites du premier évêque de Saint- Albert. On pourrait le représenter comme le type du missionnaire chez les Indiens. Par ailleurs, cœur sensible à l'excès, homme qui s'oublie pour ne penser qu'à ceux dont il est chargé, prêtre doux et humble de cœur, pénétré du sentiment du devoir et dévoré d'un saint zèle pour le salut des âmes, sa vie avait été faite de dévouement et ses longues années d'apostolat dans le nord peuvent être représentées comme une suite de sacrifices. Indépendamment du bien qu 'il fit sur le champ des missions ou comme directeur d'un vaste diocèse, qui dira celui qui résulta de ces prédications, et surtout de ces conférences apparemment si simples mais si touchantes, qu'il fit dans un grand nombre de séminaires et d'autres institutions analogues? La sincérité de ses avancés était si évidente et sa diction si peu apprêtée, qu'on se laissait convaincre

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