‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 32 sur 86 · Jonquet, Monseigneur Grandin, p. 500; Montréal · texte numérisé non relu

Jonquet, Monseigneur Grandin, p. 500; Montréal

comme malgré soi, et l'on était à son service avant qu'il eut fini. Alors les aumônes affluaient dans la sébile du noble pèlerin, et les jeunes cœurs se sentaient portés à le suivre dans les glaces, ou sur les plaines sans horizon, du Nord-Ouest.

M51" Grandin avait comme une spécialité de ces conférences. Les supérieurs majeurs le savaient, et, lors de ses voyages en France, ils mettaient ses services à profit pour recruter des missionnaires pour son diocèse ou leur congrégation. Très nombreux sont parmi les Oblats de l'Ouest et d'ailleurs ceux qui lui doivent leur vocation.

Par la mort de Mgr Grandin, son coadjuteur M8* Légal devint le second évêque de Saint- Albert. La tâche qui incombait au nouveau titulaire était lourde; mais l'esprit d'ordre et d'organisation qui le caractérisait, non moins que l'état satisfaisant dans lequel son prédécesseur avait laissé son diocèse, devait être un précieux appoint pour lui assurer le succès.

La principale difficulté qui se dressait devant lui était les besoins créés par le flot toujours montant de l'immigration, besoin qu'il ne faisait, du reste, que partager avec le vicaire apostolique de la Saskatchewan. Un coin du territoire de ce dernier, dont Batoche pouvait être regardé comme le centre, passait alors (1902) par une ère de transformation qui allait le laisser en majorité français de langue et catholique de religion. Batoche était peuplé à peu près exclusivement de métis français. A quelque

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vingt-cinq milles au nord, et du même côté de la rivière, s'étendait la colonie de Saint-Lonis, dont nous avons aussi parlé à différentes reprises. Entre ces deux localités, se trouvait une paroisse dont le nom trahissait la nationalité des habitants, Domrémy.

Cette paroisse avait eu pour premier desservant un prêtre français du nom de Jean Berthelot, qui s'y trouvait dès 1895, mais n'y avait point encore d'église. Ses paroissiens, presque tous de sa nationalité, avaient été amenés de France par un agent d'émigration du nom de Bodard, aux efforts duquel cette partie du pays doit à peu près tous les Français qui s'y trouvent et que nous voyons aujourd'hui domiciliés non seulement à Domrémy, mais à Saint- Louis et à Carlton.

Le P. Victorin-Prosper Gabillon, 0. M. I., qui avait précédemment travaillé chez les Indiens du diocèse de Saint- Albert, était arrivé la même année (1895) dans le vicariat apostolique de la Saskatchewan. Il passa l'hiver de 1896-97 à la mission historique de Saint-Laurent, de l'autre côté de la rivière, et en fut le dernier desservant. Le printemps suivant il la fermait, en conformité avec des ordres qu'il avait reçus de l'autorité vicariale.

Pendant ce temps, M. F.-X. Barbier, autre prêtre français qui n'est point un inconnu pour nos lecteurs, était chargé de Saint-Louis. En septembre 1897, il céda sa place au P. Gabillon, puis, après une étape à Prince-Albert, se dirigea vers le lac Croche,

à environ 18 milles de Batoche, où il dressa sa tente au milieu d'un petit groupe de colons, dont plusieurs étaient encore originaires de France. Barbier donna le nom aussi poétique que religieux de Bonne Madone à la nouvelle colonie, où il se bâtit un pied-àterre à environ quatre milles du lac, puis fut nommé curé de Domrémy, qu'il devait administrer de longues années et où il eut à essuyer plus d'une difficulté.

Sur ces entrefaites, vers le 20 juillet 1902, deux religieux qui avaient passé une dizaine d'années au Manitoba, les PP. Laurent (Voisin) et Jean (Garnier), Chanoines réguliers de l'Immaculée Conception, arrivaient à Bonne Madone pour y recueillir la succession de M. Barbier. Un des premiers soins des nouveaux venus fut de transporter sur les bords du lac l'ancien logis du premier desservant de la paroisse en formation, qu'ils améliorèrent et auprès duquel ils bâtirent une église, tout en favorisant le plus qu'ils purent l'immigration de leurs compatriotes — ces deux pères étaient Français.

Indépendamment de M. Bodard, la cause de la colonisation avait alors un champion attitré dans la personne du P. Hercule-Léandre Yachon, 0. M. I., qui venait de passer deux ans à Prince- Albert, après avoir été quelque temps chargé des Cris du lac Muskeg. Grâce à ses efforts, de nouveaux colons vinrent bientôt s'adjoindre à ceux qui se trouvaient déjà dans la région, et, en 1902, une nouvelle paroisse, Bellevue, aujourd'hui toute canadienne, sur-

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gissait comme par enchantement sur les hauteurs à 9 milles à l'est de Batoche, c'est-à-dire entre cette place, Domrémy et Bonne Madone 2.

C'était donc quatre paroisses co-limitrophes exclusivement catholiques et de langue française. De l 'autre côté de la rivière, se trouvait le centre important du lac Canard, en majorité français, qui comptait alors dans son territoire la future paroisse de Carlton, dont les éléments, français pour la plupart, prenaient aussi leur place au soleil des grandes plaines de l'Ouest, grâce aux efforts intelligents de M. Bodard.

Ce monsieur opérait exclusivement en France. Le P. Vachon avait pour territoire à peupler les bords de la Saskatchewan et travaillait chez les Canadiens de Québec ou des Etats-Unis, tandis que le P. Biais avait le titre officiel de missionnaire-colonisateur du Manitoba. La position de chacun de ces agents était reconnue par le gouvernement, dont ils étaient les fonctionnaires. Quant à l'abbé Gaire, il

2. La messe y fut d'abord dite dans une très modeste maison en troncs d'arbres superposés qui servait en même temps d'école. En 1907, on éleva les murs de l'église actuelle qui mesure 60 pieds sur 40; mais à cause de difficultés d'ordre local, avec lesquelles la presque totalité des paroissiens n'avaient rien à faire, on ne put en continuer la construction qu'en 1910, alors que l'abbé J.-H. Chauvin y fut transféré de Marcellin où il était curé depuis le 19 sept. 1907: La paix ayant été rétablie par cet esprit conciliant — arrivé à Bellevue le 10 mai 1910 — les travaux de l'église furent poussés avec vigueur, et elle fut bientôt après ouverte au culte par l'évêque diocésain.

Les deux premiers colons de Bellevue furent MM. Azarie Gareau, qui s'y rendit en 1885, et Ulrich Grenier, qui y arriva en 1894. Bellevue est une paroisse homogène et, à de très rares exceptions près, composée de bons chrétiens, gens naturellement paisibles, alors même qu'ils se trouvent sous la férule d'un esprit brouillon et plus ou moins bien équilibré.

unissait le ministère paroissial au soin de se trouver des paroissiens. Les premiers allaient et venaient, provoquant par des conférences publiques et d'autres moyens de publicité un aussi fort courant que possible d'émigration vers le territoire qui leur était assigné; le second agissait surtout par correspondance, en attendant qu'il se créât un organe qui devait paraître périodiquement — bien qu'il ait fait à ses frais des voyages de propagande en France et même en Belgique.

L'historien ne saurait le méconnaître: c'est grâce à ces missionnaires d'un nouveau genre, et surtout en raison du caractère sacré dont ils étaient revêtus, que l'Ouest canadien voit aujourd'hui plusieurs de ses districts complètement français, et partant catholiques. Leur tâche était souvent bien ingrate et ils durent essuyer bien des reproches de la part de ceux qui n'étaient faits que pour aller s'étioler dans les filatures de la Nouvelle-Angleterre; mais il n'est que juste d'affirmer que si l'élément français dans l'Ouest maintient ses positions en face des innombrables hordes d'étrangers que la vieille Europe a vomies sur ce pays, celui-ci le devra surtout aux Lacombe, aux Gaire, aux Morin, aux Biais, aux Vachon et aux autres prêtres qui, sous la direction d'évêques aussi patriotes que prévoyants, s'efforcèrent d'y grouper autant de leurs compatriotes que possible.

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