Lettre du P. Lejacq, 6 nov
340 l'église dans l'ouest canadien"
sera donc permis de citer ici quelques passages de deux livres écrits par des protestants qui ont trait à la condition de ce village à une époque où les avantages matériels découlant de la proximité d'une ville importante n'avaient point encore pu le faire avancer au degré d'excellence qu'on put admirer plus tard. Dans une description beaucoup trop prolixe pour être reproduite en entier nous lisons ce qui suit:
« Le village était dans un état de civilisation plus avancée que celle que j'avais vue dans n'importe quel endroit du voisinage. Il comprenait une cinquantaine de maisons, toutes d'un étage. Il y avait une grande rue en avant de l'église et des principales résidences. . . J 'entrai dans quelques-unes des maisons. J'y trouvai des indices d'une civilisation bien supérieure à tout ce que j 'avais vu sur la Côte. Les femmes paraissaient modestes et propres, et les hommes respectables et sobres. Pourtant c'était à peine si l'un d'eux parlait ou comprenait un mot d'anglais, vu que le tchinouk était leur moyen de communication avec les blancs. Les bébés semblaient nombreux, et, contrairement à ce qui existe en d'autres places, ils avaient l'air d'être en bonne santé et bien nourris. Leurs poumons étaient certainement des plus forts. »
Cet auteur passe alors à l'importante question de la tempérance, qui, chez les Indiens, peut être représentée comme le meilleur critérium possible de civi-
LA CIVILISATION APPEOCHE 341
lisation chrétienne. Parlant des orgies qui sont le fait de tous les sauvages qui n'ont point accepté le joug de la religion, il dit:
« Le Peau-Eouge doit cette mauvaise habitude uniquement au blanc, dont la première leçon en civilisation eut pour résultat de rendre l'ignorant sauvage ivre-mort. Une civilisation plus récente a considérablement contribué à déraciner ces mauvaises habitudes en condamnant ces malheureux ivrognes à diverses périodes d'emprisonnement, tandis que l'Indien ne peut comprendre pourquoi une nouvelle civilisation le punit pour un vice qu'une précédente lui a enseigné et auquel elle l'a même encouragé à s'adonner.
« Néanmoins, dans ce village en particulier, je ne vis aucun indice d'intempérance, vu que jusqu'ici les prêtres catholiques ont fait un travail excellent parmi ses habitants.
« En face de l'église se dresse un mât, et le jour de ma visite un drapeau — bannière de mission blanche et rouge 8 — qui y flottait était en berne, indiquant qu'un des villageois était mort. En réponse à une question, l'on me dit qu'un enfant était décédé ce matin-là. On me conduisit au cimetière, où reposent les corps de ceux qui se sont endormis dans le Seigneur. Ce champ des morts se trouve juste aux portes du village, et il contient un grand nombre de