Vancouver Island and its Missions, p. 77; New York, s. d
3. M. Brabant ajoute à ce propos: "Les lamentations de ses proches, leurs cris de désespoir et l'expression de la malice dont leurs cœurs sont pleins dépassent toute description. Ils m'appellent un menteur et m'insultent de toute manière; les malédictions qu'ils me lancent sont de nature à faire frémir les enfants et les jeunes gens. On peut entendre du matin jusqu'au soir ces malédictions contre le pauvre prêtre, et cela uniquement parce que le jeune homme avait été arrêté par un blanc comme moi" {Ioid., ibid.).
liam pour évangéliser les Tchilkotines dont il apprenait la langue ; le P. Le Jeune en faisait autant pour les Thompsons et, peu après, pour les Chouchouapes de la mission de Kamloops; le jeune P. CMrouse utilisait les ressources d'un zèle immense en faveur des aborigènes de la Côte — Sichalhs et Skwamiches — ainsi que ceux de Lillouet et de Douglas, sans compter les nombreux Indiens du Bas-Fraser; le P. Lejacq gouvernait la mission de Kamloops, et au besoin s'occupait des Chouchouapes, tandis que le P. Fouquet continuait chez les Koutenays le bien commencé par les Jésuites.
Un nouveau signe de progrès et un gage indubitable de la civilisation qui approchait furent l'arrivée en 1886 de religieuses qui représentaient un institut de femmes jusque-là inconnu au pays, institut dont le but spécial était le soin des malades. Nous avons nommé les sœurs de la Providence, de Montréal, dont une représentante fit alors son apparition à New Westminster et devait bientôt y établir le premier hôpital du Mainland. Le 4 juillet 1886, Mère Jean de la Croix, provinciale, arriva à cette ville pour acheter le terrain nécessaire. Elle donna ellemême le contrat pour la bâtisse; mais, bien que les travaux en aient été activement poursuivis, ce ne fut que le 24 mai 1887 que celle-ci put être bénite. Le lendemain elle recevait son premier malade.
Malheureusement tous ces avantages furent bientôt contrebalancés par une catastrophe qui fut aussi soudaine que peu attendue. Conduit par son zèle
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pour le salut des âmes des aborigènes de l'Alaska, Msr Seghers était parti pour une expédition apostolique, au cours de laquelle il remonta le Youkon, dans le but d 'étudier les conditions locales en vue d 'y établir des missions. Il était accompagné de quelques Indiens qui lui servaient de guides et d'un Américain nommé François Fuller, qui avait lui-même demandé à le suivre en qualité de serviteur attaché à sa propre personne. Pareil voyage comportait nécessairement des difficultés sans nombre, et, soit que l'esprit de l'Américain en ait été affecté, soit qu'il n'ait pas eu le courage d'en supporter paisiblement les inconvénients, sa mauvaise humeur ne fit que croître avec les difficultés, et ses exigences devinrent chaque jour plus grandes.
Nous regrettons d'avoir à ajouter qu'un blanc qui s'était toujours montré un ennemi déclaré des missions catholiques, fut assez vil pour profiter de l'état mental alarmant du pauvre homme et l'envenimer encore davantage contre l'archevêque par des accusations qui étaient en elles-mêmes aussi puériles que, dans les circonstances, elles étaient dangereuses.
Le 28 novembre 1886, Mgr Seghers se reposait des fatigues de la veille, lorsque, de grand matin, il fut réveillé en sursaut par une voix agitée, à la porte de la hutte semi-souterraine où il avait passé la nuit.
— Levez-vous, évêque, lui cria son compagnon américain.
Ce n'était point l'appel amical du matin auquel le prélat avait droit. Néanmoins, Seghers se leva par-
tiellement et s'assit sur son séant comme pour élever son cœur vers Dieu. Mais il eut à peine le temps de rassembler ses pensées; car, presque au même moment, le canon d'un fusil menaçant parut en face de lui. Comprenant la situation, il baissa la tête et croisa les mains sur sa poitrine. Immédiatement, un éclair accompagné d'une forte détonation, se produisit : l 'évêque de l 'île Vancouver était tué par son serviteur 4 !
Grand fut le saisissement qui s 'empara du monde civilisé à la nouvelle de cet horrible meurtre. Les missions de l'île Vancouver, déjà si fortement éprouvées, en ressentirent surtout le coup : après des changements si nombreux dans leur direction, fallait-il donc encore se voir privées de leur chef et cela dans des circonstances si tragiques 5 !
Une autre calamité qui marqua 1886 affecta le sud de la partie continentale de la province; nous
4. S'il faut en croire Warburton Pike, voyageur et chasseur bien connu, qui arriva sur les lieux peu après la tragédie, " l'archevêque lui avait doucement fait, pendant la nuit, un reproche à propos de quelque négligence en matière légère, et, au dire de l'Indien qui voyageait alors avec eux, ce fut là toute la raison qu'on puisse donner du meurtre" (Through the Subarctic Forest, p. 24; Londres, 1896).
Ainsi que nous l'avons déjà vu, Mgr Seghers était né à Gand, en Belgique, le 26 déc. 1839. Laissé de bonne heure orphelin par la mort de ses parents, il fut élevé par l'un de ses oncles et, après avoir fait ses études à une institution locale, il partit, diacre, pour le séminaire américain de Louvain, où il fut ordonné prêtre le 31 mai 1863 par le vénérable cardinal Sterkx, archevêque de Maline.
5. Le sort fait à Fuller accuse une jurisprudence des plus curieuses. Le juge américain le considérait comme plus ou moins déséquilibré, le condamna à un certain nombre d'années de prison. Or le meurtrier de Mgr Seghers était ou bien fou, ou bien assez sain d'esprit pour être responsable de ses actes. Dans le premier cas, il devait être renfermé dans un asile d'aliénés; dans le second, il méritait la peine capitale.
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voulons parler de la complète destruction par le feu de la ville naissante de Vancouver, à l'entrée de la longue baie Burrard. L'année précédente, le Canadien-Pacifique avait poussé ses opérations jusqu'à ce point, et il en était résulté une ville qui promettait beaucoup et se glorifiait déjà de posséder quelque 3,000 âmes dans son enceinte, lorsque, le 13 juin 1886, un vent violent poussa vers elle un feu de forêt qui avait couvé quelque temps dans ses environs. A peu près tout disparut sous les étreintes de l'élément dévastateur, et une cinquantaine de vies humaines furent même sacrifiées au cours de la conflagration.
Cette localité avait d'abord été connue sous le nom de Granville, du nom d 'une scierie qui s 'y trouvait originairement. Comme elle devait être la tête de ligne du chemin de fer transcontinental, on augurait beaucoup de son avenir. Aussi avait-on, l'année même de sa fondation (1885), pensé aux intérêts spirituels de ses habitants, et un Ecossais, l'abbé Patrice Fay, qui fut le premier prêtre séculier à exercer son ministère sur le Mainland depuis le passage de M. Demers, avait-il été chargé d'y organiser une paroisse catholique. A cet effet, il avait, le premier dimanche d'octobre 1885, dit, sur le bord de la baie Burrard, la première messe qui ait jamais été célébrée dans les limites de la ville en formation. Dans l'incendie de l'année suivante, il perdit tout ce qu'il possédait, à l'exception des ornements dont il se servait pour la célébration des saints mystères.
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C'était là une bien grande calamité. Mais, nouveau Phénix, une autre ville, mieux bâtie que la première, s'éleva bientôt sur ses ruines, et avec elle un édifice en bois de modestes dimensions sur la crête de la colline qui sépare le port du False Creek. Ce fut la première église catholique de Vancouver, qui fut ouverte au culte dans l'automne de 1886. C'est donc de cette époque que nous pouvons faire dater la fondation de la paroisse aujourd'hui si florissante de N.-D. du Saint-Rosaire.
L'année précédente, le P. Morice avait quitté la mission du lac William et ses Tchilkotines, pour se rendre à celle du lac Stuart, où il était arrivé le 20 août 1885. Il devait passer là les dix-neuf meilleures années de sa vie, visitant régulièrement les quatorze succursales avec église de sa mission et travaillant, de retour à son logis, à l'étude des langues aborigènes et à l'impression de livres indiens d'après un système d'écriture dont il sera fait mention plus loin. Sur ces entrefaites, le P. Le Jeune remplaçait à Kamloops le P. Coccola qui était envoyé chez les Koutenays, parmi lesquels il devait rester douze ans et se faire aimer et apprécier de tout le monde.
En 1887, le clergé de l'île Vancouver était heureux d'ouvrir ses rangs à une recrue qui n'a cessé d'y travailler depuis et qui, tout en occupant parfois des postes honorables, surtout à la capitale provinciale, y a généralement fait plus de bien que de bruit. Nous voulons parler de l'abbé Joseph Leterme qui,
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né le 5 septembre 1862 à Wytschaete, en Belgique, avait reçu l'onction sacerdotale le 12 décembre 1886. Le 24 septembre de l'année suivante, il abordait à Victoria, où il commençait des travaux qu'il n'a interrompus que pour aller les reproduire à Comox de 1906 à 1908. La cathédrale, l'école ou collège Saint-Louis, le pensionnat et l'hôpital ont tour à tour, et quelquefois simultanément, joui de ses services. Aussi pouvons-nous affirmer sans crainte de nous tromper que s'il y a à Victoria une figure cléricale qui soit familière aux protestants comme aux catholiques, c'est bien celle de M. Leterme, et nous doutons qu'il existe dans toute cette ville une personnalité plus estimée que la sienne.
Presque deux années s'écoulèrent avant que l'Eglise de l'île Vancouver (ou Victoria) fut tirée de son veuvage. M. Lemmens consentit alors à revêtir le manteau ensanglanté de Mgr Seghers. Jean- Nicolas Lemmens était né le 3 juin 1850 à Schimmert, en Hollande. Il avait été admis à la prêtrise le 25 mars 1875, et, depuis son arrivée à Victoria, il n'avait cessé de se montrer un ardent missionnaire en dépit d'une santé qui n'était pas des plus brillantes. En 1885, il avait fondé une mission à Cloyoquot, sur la côte ouest de l'Ile, et en était resté le directeur jusqu'au jour de son élévation à Pépiscopat. M. Brabant ayant passé par chez lui lors de sa nomination à ce poste élevé, le trouva « en bras de chemise, une hache à la main et fendant du
Mgr LEMMENS
bois ° », préparation plutôt éloignée aux sublimes fonctions qu'il devait bientôt exercer.
Son sacre eut lieu le 5 août 1888.
Pendant l'automne de l'année précédente, les archevêques de Montréal et de Saint-Boniface, accompagnés du vénérable P. Lacombe, étaient venus admirer sur place les fruits des sages industries et de la clairvoyance de Mgr Durieu. Les Indiens skwamiches, que ce prélat avait, à force de patience et de persévérance, réunis en ce qu'on pourrait appeler un village modèle juste en face de la nouvelle ville de Vancouver, vinrent, fanfare en tête, recevoir à la gare leurs illustres visiteurs. Puis ce fut, à leur mission, une série de fêtes qui émurent jusqu'aux larmes le vétéran des grandes plaines de l'Ouest. Le P. Lacombe pleurait de joie et de tristesse : de joie, en voyant des Indiens si bien formés et si solidement instruits, en un mot des chrétiens si complets, et de tristesse, lorsqu'il les comparait par la pensée à leurs frères des Territoires du Nord-Ouest, pour lesquels lui et tant d'autres missionnaires bien méritants ne cessaient de se dévouer depuis longtemps avec des résultats si différents 7.
Le village des Skwamiches n'était qu'un spécimen de ceux que M51" Durieu fonda sur la côte du Pacifique, et nous pouvons présenter l'état économique et social de ses habitants comme un exemple de la transformation opérée par ce sagace prélat. Il nous