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juge-en-chef de la Cour Suprême de la Colombie Britannique \

Mais n'anticipons pas.

Nous trouvons maintenant Mgr D'Herbomez à New Westminster, malade au point de ne pouvoir s'acquitter de sa double charge de vicaire apostolique (ou supérieur des prêtres et des fidèles) et de vicaire (ou représentant du supérieur général) des Oblats sous lui. C'est pourquoi il fut à sa demande relevé de ses fonctions de vicaire des missions, et son coadjuteur, M61" Durieu, fut investi de ce titre par lettres datées du 1er août 1888.

Le jour suivant, un petit événement se produisait au nouveau port de Vancouver, qui donnait la mesure de la foi qu'on avait dans son avenir. Nous avons déjà vu M. Fay y jeter les bases d'une paroisse catholique. Comme aucune église n'est complète sans son école, surtout dans un pays comme la Colombie Britannique, où l'Etat n'offre qu'une éducation sans Dieu, ou par euphémisme une instruction laïque, les catholiques de la jeune ville voulurent avoir des religieuses pour donner à leurs enfants celle qui nourrit l'âme aussi bien que l'intelligence. C'est pourquoi, le 13 août 1888, trois sœurs de Sainte-Anne arrivaient tranquillement de la capitale provinciale, où se trouvaient les quartiers généraux de leur institut pour l 'Extrême-Ouest. Un emprunt leur permit d'acheter pour $1.100 trois « lots »

2. Une rue importante de Vancouver porte le nom des frères Davie.

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contigus à la propriété de l'église, et, le 23 du même mois, on jetait les fondations du pensionnat Sainte- Anne.

Pendant plusieurs années, ce fut pour les bonnes sœurs une lutte continuelle avec la pauvreté, sinon la misère; mais la liste de leurs élèves s'allongea graduellement, et avant bien longtemps il y eut à la nouvelle institution de l'ouvrage pour quinze religieuses, qui enseignèrent à la jeunesse de leur sexe toutes les branches de la science et de l'économie domestique qui pouvaient lui être utiles.

Un signe de progrès analogue, bien que dans une sphère différente, fut la nomination d'un prêtre résident à Comox, poste sur l'Ile, qui avait jusque-là simplement reçu la visite d'un missionnaire de passage. Ce fut l'un des premiers actes officiels de M51* Lemmens.

Presque un an plus tard, une intéressante fête attirait un grand concours d'aborigènes à un point situé environ 40 milles au nord de Vancouver — ville qu'il ne faut pas confondre avec l'île du même nom. Ainsi que les Skwamiches de la baie Burrard, les Sichalhs étaient à l'origine dispersés en plusieurs villages des plus primitifs, sous l'autorité d'autant de chefs héréditaires. Mais, voulant rivaliser avec les anciens missionnaires du Paraguay, M^ Durieu en avait rassemblé les habitants qui se proposaient de mener une vie réellement chrétienne à un point stratégique, un isthme étroit où ils avaient l'habitude de faire le portage de leurs canots, dans le but de raccourcir

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considérablement une navigation qui était parfois très dangereuse. Le prélat leur avait fait défricher l'emplacement d'un village central, où toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues et que recouvraient originairement des cèdres gigantesques; puis leur avait fait bâtir des maisons dont le confortable était encore supérieur à celui du village skwamiclie.

Le nouveau chef-lieu des Sichalhs fut même éclairé pendant la nuit, et, comme il n'y avait point là d'eau potable en quantité suffisante pour ses habitants, on alla jusqu'à construire à grand renfort de travail un aqueduc de plusieurs lieues de longueur.

L'utile et l'agréable s'unissaient harmonieusement au nouveau centre. Comme dans un grand nombre d'autres localités peuplées par des aborigènes de la Colombie, on y organisa bientôt un corps de musique composé d'instrumentistes revêtus de somptueux uniformes. Ces habiles musiciens rendaient, les dimanches et jours de fête, des morceaux assez difficiles, soit dans une espèce d'édifice communal où se tenaient les réunions de caractère plus ou moins profane, soit dans un kiosque élégant qui s'élevait tout près du rivage 3. On trouvait aussi chez ces Indiens, dont les ancêtres n'eussent point reconnu les mœurs, plusieurs pièces de canon dont la voix puissante saluait l'arrivée du missionnaire, ou bien contribuait à la solennité des processions du Saint Sacrement.

3. Il n'y a pas moins de onze corps de musique parmi les Indiens catholiques de la Colombie Britannique.

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Mais la gloire principale de leur village consistait dans son église, bâtiment de 86 pieds sur 28, avec une façade de 48 pieds, d'où s'élevaient deux superbes tours. Commencée le 26 octobre 1889, cette construction put être ouverte au culte le 3 juin de l'année suivante. A l'exception d'un seul blanc, qui en avait dirigé les travaux, elle fut l'œuvre exclusive des Indiens eux-mêmes, qui en défrayèrent toutes les dépenses, c'est-à-dire plus de $3,000 rien que pour les matériaux et les services du blanc susmentionné. Et dire que lorsque Durieu aborda pour la première fois à ces parages, les Indiens étaient allés jusqu'à lui refuser la nourriture et le couvert, de peur qu'il ne leur enseignât une religion qui les fit renoncer à leurs mœurs et coutumes païennes!

Des députations d'une douzaine de tribus assistèrent à la dédicace du nouveau temple. Même la lointaine mission du lac Stuart y était représentée par six grands gaillards, qui ne s'y trouvèrent pas mal dépaysés. Inutile de décrire Pétonnement des gens du nord lorsqu'ils furent pour la première fois témoins des efforts pantelants du « cbeval de fer » (la locomotive), et entendirent plus tard les terribles détonations des « gros fusils » (les canons) ; lorsqu'ils contemplèrent les merveilleux jeux de lumière du feu d'artifice, et purent jouir des accents si entraînants pour la nature indienne des nombreuses fanfares de leurs frères du sud. Il ne serait pas plus à propos de nous attarder à une description des différentes fêtes qui se déroulèrent alors sur

l'isthme des Sichalhs, fêtes dont les pages qui précèdent suffisent pour en faire deviner la nature.

Cette célébration fut malheureusement troublée par une nouvelle qui jeta du froid dans tous les cœurs. Comme nous l'avons vu, le vénérable chef du diocèse était depuis longtemps malade. Son état inspirait déjà des inquiétudes sérieuses lorsque son coadjuteur dut le quitter pour aller là où l'appelait le devoir. La surprise de prêtres et Indiens fut donc diminuée d'autant lorsqu'on apprit sa mort, qui arriva à New Westminster le 3 juin 1890.

La plupart des missionnaires, y compris NN. SS. Durieu et Lemmens, accompagnés de nombreux blancs et Peaux-Rouges, se rendirent alors à la ville épiscopale, d'où la dépouille mortelle du vénérable prélat fut transportée par train spécial à la mission Sainte-Marie, dans le cimetière de laquelle elle fut inhumée. Là repose, sous la fougère et au milieu des missionnaires qui l'avaient devancé et qui l'ont suivi dans le chemin qui conduit à la récompense éternelle, le premier vicaire apostolique de la partie continentale de la Colombie Britannique. Prudent administrateur et père de son peuple, il emporta des regrets universels.

M*1" Durieu devenait par sa mort vicaire apostolique de la Colombie Britannique; mais, en conformité avec la demande qu'en avaient faite les Pères du Premier Concile de Saint-Boniface auquel nous l'avons vu assister, son titre fut changé en celui d'évêque de New Westminster le 2 septembre 1890.

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Le nouveau titulaire était déjà vieux et de santé délicate lorsqu'il devint le premier pasteur du Mainland. Néanmoins, bien que ses préférences aient toujours été pour les premiers habitants du sol, ce fut sous son épiscopat que furent fondées chez les blancs nombre de paroisses, comme Revelstoke, Greenwood, Nelson, Fernie, Cranbrook et d'autres, que le chemin de fer devait faire surgir comme par enchantement, et dont la plupart devaient être confiées à des prêtres séculiers.

Un Oblat qui devait aussi exercer son ministère surtout chez les blancs était le R. P. Julien- Augustin Bédard qui, né le 20 avril 1858 à Saint-Eugène de Prescott, dans l'Ontario, avait fait ses études au collège Bourget à Rigaud, province de Québec. En 1884, il était par ses derniers vœux de religion entré dans la congrégation des Oblats de Marie Immaculée, puis avait été ordonné prêtre à Ottawa le 24 juin 1887. Il avait immédiatement été envoyé dans la Colombie Britannique, où il avait d'abord été stationné à Kamloops. De là, il sortait parfois pour aller porter les consolations de la religion aux ouvriers et employés du chemin de fer, aux bûcherons et aux mineurs, portant sa chapelle sur son dos d'un camp à l'autre.

A l'époque où nous sommes rendus dans notre récit (1890), il venait d'être nommé supérieur de la mission de Kamloops, poste qu'il devait occuper jusqu'en 1893, alors qu'il reçut son obédience pour

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le lac William, où il devait en 1895 construire les bâtiments d'une double école industrielle.

Après de longues négociations entre le P. Coccola, maintenant directeur de la mission Saint-Eugène, et le ministère des Affaires indiennes, une institution de caractère identique s'était fondée en 1890 dans l'intérêt des Koutenays et se continuait avec le concours dévoué des sœurs de la Providence, de Montréal, qui en sont restées chargées. C'était la réalisation d'un plan formé par le P. Fouquet dès les premières années de son séjour chez ces aborigènes.

Par ailleurs, l'Eglise n'oubliait ni la faiblesse et l'infortune, ni les dangers d'ordre moral qui se dressaient sur le chemin de plusieurs de ses enfants. C 'est ce qui explique pourquoi, le 23 mai 1890, étaient arrivées d'Ottawa trois religieuses professes de l'institut de N.-D. de la Charité du Refuge, communément appelées sœurs du Bon Pasteur. Ces bonnes sœurs commencèrent leurs opérations sur le Pacifique en établissant un orphelinat et une maison de refuge pour les filles à Sapperton, faubourg de New Westminster. Deux des fondatrices, Mères Saint-Norbert et Saint-Paul, devaient passer d'assez longues années sur la Côte, tout entières aux œuvres de dévouement conformes à leur vocation.

Pour retourner au clergé, nous voyons, le 6 février 1891, le P. Pandosy, fondateur de la mission d'Okanagan et l'un des vétérans des missions du Pacifique, passer à une vie meilleure après une très

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courte maladie occasionnée par un accident de cheval qui lui arriva en se rendant au village indien où il devait passer de vie à trépas, loin de tout confrère et entouré uniquement d'Indiens qui, d'ailleurs, l'adoraient. Le 28 mai de l'année suivante, le P. C. Chirouse, qui avait traversé avec lui les grandes plaines des Etats-Unis au cours de 1847, le suivit dans la tombe.

En 1891, M. Nicolaye reçut en partage la direction spirituelle des blancs établis dans le voisinage de Victoria et, plus tard, de ceux de Ladysmith. Enfin, en mars de la même année, une école industrielle fut établie sur l'île Kuper, dans le diocèse de Mgr Lemmens, école qui était destinée à devenir des plus prospères. M. Donckel, qui s'était jusqu'alors dévoué au service des Cowitchines, fut mis à la tête de cette institution, et il devait y rester à peu près jusqu'au jour de sa mort.

Sur ces entrefaites, le vétéran qu'était M. Brabant était momentanément retourné à son pays natal, qu'il n'avait pas vu depuis 21 ans. Quatre mois de prédications et de conférences sur sa mission lui fournirent les moyens de bâtir à Hesquiat une nouvelle église, à laquelle il s 'employa activement à son retour en novembre 1890. Deux Canadiens-français travaillèrent à cette nouvelle construction, qui se trouva prête à être ouverte au culte le printemps suivant.

Malheureusement, cet avantage d'ordre aussi bien temporel que spirituel fut plus que compensé par

l'arrivée à Barclay Sound, où il se fixa, d'un jeune homme qui représentait la secte presbytérienne. C'est en octobre 1891 que ce ministre s'établit chez les Indiens de M. Brabant. Tout danger était maintenant disparu, et les sauvages s'étaient enfin rendus aux appels de la grâce, dont le missionnaire catholique s'était depuis si longtemps fait le portevoix. L'homme ennemi jugea le moment favorable pour intervenir. Dès lors allait commencer dans ces parages une période de luttes et de rivalité dont fort peu de bien allait découler 4.

Nous avons à enregistrer pour 1892 un événement aussi triste qu'il est peu commun dans les annales des missions catholiques en dehors de la Chine et de la Corée. Nous avons déjà mentionné les pénitences publiques, et parfois corporelles, que donnaient les chefs chrétiens à leurs subordonnés pris en faute. Ces pénitences ayant souvent pour but de faire expier des brèches à la morale, elles en vinrent avec le temps à susciter l'ire de blancs sans principes, qui voyaient dans ces châtiments comme une condamnation de leur propre conduite, ou pour le moins une barrière effective à toutes familiarités indues avec les sauvagesses.

Or il arriva qu'en mars 1892 une certaine personne dissolue appartenant à Ja tribu des Indiens de Lafontaine, village perché, pour ainsi dire, au sommet d'une montagne, fut ainsi punie par son chef pour

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