CHAPITRE XIV
DEENIERS EVENEMENTS
Cependant, la population blanche continuant à se porter vers le sud-est de la Colombie Britannique, le P. Bédard avait, en 1900, quitté la mission du lac William pour la paroisse naissante de Greenwood, dans le Koutenay. Ce prêtre entreprenant devait pendant une assez longue période consacrer à ce pays toutes les ressources de son zèle. Le P. Bédard était un véritable bâtisseur: sans parler des élégantes écoles du lac William, il avait construit en 1889 un presbytère à Kamloops et des églises à Donald en 1888 et à Nelson en 1893. Il devait en faire autant à Phœnix en 1904, et se bâtir un presbytère à Greenwood en 1906.
Non loin d 'Okanagan, se trouvait la nouvelle ville de Vernon, dont la paroisse catholique peut être regardée comme ayant été fondée par le P. Cornellier. Au cours de 1900, ce jovial religieux avait cédé sa place à M. J.-A. Boy, l'ancien curé de Wolseley, au Manitoba. Ce centre ne pouvait alors être bien important au point de vue religieux, puisque, lors-
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que celui-ci le quitta eu 1906, il ne comprenait encore qu'une quinzaine de familles catholiques.
Quant au P. Chirouse et aux autres pères employés à la desserte des missions indiennes du Bas- Fraser et de la côte avoisinante, ils se surpassaient alors et donnaient à Chilliwack une grande retraite — commencée le 4 juin 1901 — au cours de laquelle devaient se dérouler des fêtes et représentations qui étaient comme l'écho fidèle de celles que Mgr Durieu avaient introduites parmi ses chers Indiens. Elles furent même d'autant plus appréciées du grand public que celles qui les avaient précédées avaient servi de réclame à celles de 1901. Bien que leur unique but fût l'édification des sauvages réunis pour la circonstance, elles attirèrent une foule de blancs, dont quelques-uns vinrent jusque de Spokane et de Taccma, Etats-Unis, pour en être témoins.
Une protestante, Mme Frances-E. Herring, qui s'y trouvait également, a consacré un grand nombre de pages d'un de ses livres à décrire les principales phases de cette mission, ainsi que les processions et la représentation de la Passion de Notre Seigneur qui la couronnèrent. Nous n'aurions qu'à reproduire ces pages pour donner une idée exacte de ces fêtes. Nous nous bornerons aux citations suivantes, que nous ferons précéder de la remarque que cette retraite avait rassemblé autour de l'évêque de New Westminster un certain nombre de missionnaires, tels que les PP. Chirouse, organisateur de la réunion, Marchai, Le Jeune, Eohr et quelques autres. Les In-
diens qui s'étaient rendus à l'appel du P. Chirouse étaient au nombre d'environ deux mille.
Répondant à l'expression d'un sentiment d'appréhension qui pouvait s'emparer de l'esprit des blancs présents à ces fêtes, en face d'un groupement d'éléments si disparates, l'auteur susmentionné déclare que «la présence de Msr Dontenville et d'une demi-douzaine de prêtres est tout ce qu'il faut » pour assurer l'ordre et la paix. «Ils ont», dit-elle, sur « ces sauvages d'autrefois une influence merveilleuse. Les offices de l'Eglise ont quelque chose de théâtral, et la religion qu'ils enseignent est pleine de réalité. Car personne ne sait mieux que les Indiens le sacrifice du confort personnel et des aises auquel les prêtres se soumettent pour élever leurs corps vers la civilisation et leurs âmes du côté du ciel \ »
En encore : « Je connais les bienfaits pratiques qui découlent pour les blancs et pour les Peaux- Rouges de l'influence modératrice de l'Eglise catholique parmi les différentes tribus que les pères gouvernent. Je vous ai souvent dit à quel point les enfants de la forêt et du fleuve sont portés à suivre les pires sentiers de la civilisation qui les a envahis depuis les quarante ou cinquante dernières années. Laissez ce rassemblement de 2,000 Indiens à moitié civilisés avoir la boisson qu'ils aiment tant, et vous verrez une horde de fous furieux et de femmes encore moins sensées. Alors réapparaîtront leurs an-
1. Among the People of British Columbia, p. 140; Londres, 1903.
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ciennes dissensions de tribu à tribu ; le ressentiment des restrictions auxquelles les soumet le flot de l'immigration des blancs deviendra une véritable furie. »
Puis, après avoir décrit avec éloquence l'état déplorable où se trouveraient ces aborigènes sans la religion, l'auteur ajoute: «Ici l'Eglise catholique romaine vient à leur secours en leur fournissant des écoles, dont celles destinées aux filles sont dirigées par des sœurs, tandis que celles des garçons sont sous la surintendance de frères 2. »
Elle dit alors comment les rangs des pèlerins et des religieuses de New Westminster furent renforcés, à Sainte-Marie, par Mgr Dontenville et les sœurs de cette mission qui se joignirent à eux. Elle décrit ensuite la brillante réception faite à l'évêque à son arrivée au village de Chilliwack. De cette localité elle écrit : « Le village est bâti autour d 'un long rectangle comprenant plusieurs arpents d'un terrain plat couvert de gazon, sans un arbre ou une souche, et qui est bien adapté au sport. Le côté nord de cet espace est occupé par la nouvelle église, qui vient d'être construite et achevée par les Indiens euxmêmes sous la direction d'un nain difforme. En arrière de l'église se dressent quelques excellentes maisons possédées par les Indiens et maintenant cédées aux filles de la mission Sainte-Marie. . .
«Dans les champs ou éclaircies tout près de là, sont dressées des centaines de tentes blanches.