‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 80 sur 86 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

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ne fut point encore inconnue de ses vieillards, l'exercice de leur métier superstitieux n'était plus toléré parmi eux.

Il en allait autrement des « Babines de la rivière », qui avaient deux importants villages sur la Bulkley : le Rocher-Déboulé, où nous avons vu le P. Lejacq, et Moricetown, à une chute trente milles en amont, où se prenaient annuellement d'immenses quantités de saumon. La première de ces localités avait un passé des moins édifiants, et, à cause de sa proximité d'un grand village tsimpsiane, ses habitants étaient de race mixte et de mœurs assez peu dénées. Ils avaient jusque-là insisté pour retenir cette organisation clannesque qui entraînait avec elle fêtes, danses, costumes et insignes qui leur paraissaient indispensables à la vie. Pourtant, pressés à différentes reprises par le P. Morice, qui, pour les éloigner de l'occasion du péché, avait voulu établir près de la chute susmentionnée ceux qu'il croyait mieux disposés 5, un certain mouvement de conversions s'était inauguré parmi eux. Ils en étaient venus à déclarer que, puisqu'on en voulait aux coutumes qui découlaient de leur organisation sociale, un changement radical dans cette organisation ne pouvait réussir qu'en tant qu'il proviendrait de l'accord commun de tous les Babines sur ce point. Mieux encore, comme ils avaient appris la venue prochaine du « grand

5. Et cela en conformité avec la pratique constante de Mgr Durieu relativement aux sauvages de la mer — d'où le nom que les blancs avaient donné à la place où s'était fait cet essai.

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prêtre », ils avaient promis de profiter de l'occasion pour effectuer ce changement.

En conséquence, au cours de la mission qui leur fut donnée au Kocher-Déboulé, évêque et prêtres purent assister à une cérémonie jusque-là unique dans son genre. A un certain signal, par une belle soirée d 'été, chacun des « nobles » héréditaires, membres de sociétés secrètes et tous les sorciers qui se trouvaient là sortirent de leurs demeures respectives, et en apportèrent qui une couronne en griffes d'ours gris, qui une ceinture magique en fibres d'écorce de cèdre; les uns un masque en bois peint, d'autres une crécelle ou immense grelot de même matière et sculpté aux armes du possesseur; des tambourins, des bâtons de cérémonie, des osselets de jeu; en un mot, tout ce qui rappelait l'ancien ordre de choses qu'on se proposait d'abolir à tout jamais.

Ces différents hochets formèrent bientôt un gros tas sur la place publique : au milieu du silence le plus profond, on en fit un feu de joie 6 !

C 'était réellement un moment solennel pour cette petite peuplade: elle voyait s'en aller en fumée ce qu'elle avait jusque-là tenu pour aussi précieux que la vie. Chacun entourait sans mot dire les dépouilles de sa gloire passée, qui crépitaient, se tordaient et grimaçaient sous la morsure des flammes. Le silence

6. Il nous sera bien permis d'avouer ici que nos goûts d'antiquaire nous rendaient cet autodafé presque aussi pénible qu'aux Indiens eux-mêmes. Mais c'était ici une question de principes: le bien spirituel des sauvages devait primer toute autre considération.

était oppressif, et, pour éviter l'expression d'un regret ou toute remarque qui eut pu amoindrir la spontanéité du sacrifice, le P. Morice, à la demande de l'évêque, entonna l'un de ses plus beaux cantiques, qui fut vigoureusement continué par toute l'assistance.

Toute la tribu des Babines était dès lors catholique, et la mission du lac Stuart ne comptait plus de retardataires.

Tout allant bien chez lui, le missionnaire des Porteurs et des Babines voulut, l'année suivante, sortir de son district pour voler à de nouvelles conquêtes. Nous avons vu le P. Morice commencer son ministère chez les Tchilkotines, tribu dénée ; en outre des Porteurs et des Babines, il avait depuis des années veillé sur les Sékanais, autre tribu apparentée aux précédentes. Une cinquième division ethnographique de la même famille était celle des Nahanais, dont le principal rendez-vous était Taltan, sur la Stickine, à quelque cinq cents milles du lac Stuart et par le 58e degré de latitude nord. Ces Indiens n'avaient jamais été visités par un prêtre, et pour cette raison ils étaient devenus une proie facile pour les ministres de l'erreur. De fait, un missionnaire anglican s'était depuis quelque temps établi au milieu d'eux.

Toutefois, un petit noyau d'Indiens avait toujours refusé de ployer le genou devant Baal. Chaque année, ils envoyaient quelques représentants écouter le prêtre au lac d'Ours, une des nombreuses suceur-

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sales du lac Stuart, et il va sans dire qu'ils soupiraient après le bienfait de sa visite.

Malheureusement, comme tous ses instants étaient pris par la desserte de ses propres chrétiens, ce prêtre n'avait jamais pu se rendre à leur désir, poursuivi qu'il était par la peur que ce ne fut au détriment de ces derniers. Débarrassé maintenant de tout souci du côté des Babines, il crut l'heure arrivée de s'élancer vers le nord. Mais comme la grande forêt ne lui offrait aucun chemin assez expéditif, il dut commencer par descendre près de sept cents milles vers le sud.

En conséquence, le 6 mai 1902, le P. Morice quittait le lac Stuart pour sa tournée annuelle du printemps, qui lui permit de gratifier en passant les villages de Natléh, Stony Creek et fort Georges de la mission qu'il avait coutume de leur donner à cette époque. De là, il se rendit à Victoria, où il s 'embarqua pour Wrangell, Alaska. Il prit alors un autre vapeur qui lui fit remonter la Strickine jusqu'à Telegraph Creek. Au bas d'un rapide dans cette rivière, son bateau dut rester neuf jours pour permettre à l'eau de baisser suffisamment pour pouvoir le remonter.

En chemin, le voyageur n 'avait reçu que les informations les plus décourageantes sur l'objet de sa mission. Il perdait son temps, semblait-il; il n'y avait plus aucun espoir de conversion pour les Nahanais: ceux que le ministre n'avait point accaparés étaient devenus les victimes incurables du vice et de

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l 'ivrognerie, et aucun d 'entre eux ne prendrait même la peine de l'écouter. Par bonheur, ces prédictions ne devaient pas se réaliser à la lettre. D'abord, il n'était pas allé plus loin que Telegraph Creek, lorsqu'il fut agréablement surpris d'entendre, un matin, les prières qu'il avait composées pour les Porteurs récitées dévotement par un groupe de sauvages dont il ne connaissait que quelques-uns. Eendu à leur village, il rencontra une douzaine de familles, sans compter d'autres adultes, qui se déclarèrent franchement pour lui, malgré le ministre et ses suppôts. Il catéchisa et instruisit de son mieux ces Indiens pendant les dix jours qu'il resta chez eux. C'était une semence que d'autres allaient pouvoir faire germer et fructifier.

L'année suivante, 7 avril 1903, la mort ayant privé la paroisse de Vancouver de son digne curé, le E. P. McGuckin, un intérim s'ensuivit, auquel mit fin la nomination à ce poste (3 février 1904) du P. J. Welch qui venait de terminer son noviciat comme Oblat de Marie Immaculée, après s 'être dépensé dans les œuvres du ministère parmi les blancs du Koutenay. Son départ de ce district avait donné lieu à certains changements dans le personnel ecclésiastique du pays. D'abord, le P. Coccola succéda au P. Meleux comme desservant de Fernie, où il fut assisté du P. Louis- Jules Choinel et d'un jeune prêtre allemand, le P. Joseph Meissner, dont les services allaient être d'autant plus précieux qu'il ne parlait pas moins de six langues. Arrivé en novembre 1904,

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le P. Meissner reçut en partage le soin des Slaves et des Allemands qui étaient très nombreux dans ces parages.

Plus à l'ouest, sur la côte même du Mainland, le village de Sechelt, dont nous avons admiré l'église et les progrès spirituels et temporels de ses habitants, voyait alors une école s'ouvrir pour le bénéfice de ses enfants des deux sexes, et cela grâce à de sérieux sacrifices de la part des Indiens eux-mêmes. C'est le 29 juin 1904 que cette école fut inaugurée. La sœur Thérésine était la supérieure des sœurs de l'Instruction qui allaient en avoir la direction. En même temps, le P. Pierre Plamondon devenait le chapelain des religieuses et le premier missionnaire résident des Sichalhs.

Encore plus à l'ouest, une petite publication mensuelle venait de se fonder sous le nom d'Orphans' Friend, dont le nom 7 fait deviner le but. Son premier numéro parut à Victoria au mois de décembre 1903, et M. Van Nevel allait la diriger pendant trois ans. D'un autre côté, pour subvenir plus facilement aux besoins spirituels des catholiques de cette ville, une seconde église fut construite dans sa partie ouest au cours de 1905.

La même année, Vancouver, qui croissait d'une manière réellement merveilleuse, s'enrichissait d'un édifice analogue. C 'était, dans ce cas, un temple protestant remodelé et adapté aux exigences du culte

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