Ibid., ibid., p
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teurs, le prélat se procura des machines plus puissantes et finit par réussir dans son entreprise, épargnant par là chaque année des sommes considérables à ses missions.
Sur un autre cours d'eau, la rivière la Paix, où il avait lui-même travaillé à remettre tout sur un bon pied, Msr Grouard avait alors un auxiliaire qui devait plus tard lui apporter son concours dans une sphère plus élevée. C'était le R. P. Célestin Joussard, qui travaillait dans ses missions depuis une douzaine d'années et dirigeait alors à la satisfaction de tous celle du fort Vermillon.
Pendant ce temps, le vétéran qu'était Mgr Clut souffrait tellement qu'on crut nécessaire de l'envoyer subir un traitement dans l'Est. Il quitta ses chers sauvages au milieu de la manifestation de la plus sincère désolation, circonstance qui prouve que la reconnaissance n'est pas si étrangère qu'on le dit à la constitution indienne.
Plus illustre encore était alors un autre patient. Par suite de l'âge et de ses travaux passés, et aussi en conséquence de l'anxiété que lui causait le sort de ses écoles, non moins que des ravages d'une maladie dont il lui répugnait d'admettre la présence dans sa personne, la vie de M^ Taché était devenue un véritable martyre. Et pourtant, en attendant la nomination d'un coadjuteur, son activité continuait et sa vitalité paraissait avoir conservé toute sa vigueur. Il ne pouvait plus voyager en voiture, il est vrai ; mais il profitait parfois des avantages mis
à sa portée par les progrès modernes. C'est ainsi qu'il put visiter, sur la ligne du Canadien-Pacifique, la ville naissante de Brandon, où il bénit, le 14 mai 1893, une modeste église pour les catholiques de la place.
Puis il se rendit, le 31 juillet suivant, à Somerset, pour y encourager les travaux des religieux qui étaient à la tête de la paroisse de Saint-Léon, les Chanoines Eéguliers qui remplaçaient M. Bitsche, décédé le 16 mars 1892.
Le 22 septembre 1893, Mgr Taché nommait successeur de M. Pierre Pelletier à Labroquerie l'abbé Alexandre-R. Giroux, qui était dans l'Ouest depuis le mois de février 1891, et avait occupé le poste de vicaire à la cathédrale jusqu'en avril 1893. Saint- Joachim de Labroquerie comptait alors 62 familles, dont 52 étaient canadiennes-françaises, 7 métisses, 2 françaises et 1 belge 3. Le nouveau curé devait, l'année suivante, se construire un presbytère de dimensions convenables, en bois revêtu de briques à l 'extérieur.
Au printemps de 1894, Mgr Taché fut charmé de recevoir son supérieur général, le Révérendissime P. Soullier, accompagné du T. R. P. Antoine, provincial du Canada, dont le passage en Amérique donna lieu à une série de fêtes, de grandes récep-
3. Cette paroisse compte aujourd'hui 128 familles, dont 10 sont polonaises, 6 françaises, 5 métisses, 3 belges et 104 canadiennes-françaises. Les Polonais ne parlant ni le français ni l'anglais, ne peuvent guère être considérés comme une grande addition à l'effectif de la paroisse.
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tions publiques dans les villes, et, dans l'intimité de la famille, de précieuses conférences entre le père et les enfants. Le général arriva à Saint-Boniface le 28 avril, et il ne quitta l'archevêque pour l'Extrême-Ouest et la Colombie que le 15 mai suivant. Le grand Oblat qu'était Mgr Taché avait vu et apprécié le nouveau chef de sa famille religieuse: il pouvait dès lors entonner son Nunc dimittis.
De fait, on aurait dit qu'il avait simplement attendu l 'issue de cette visite pour quitter un monde qui ne lui avait pas toujours accordé cette mesure de justice à laquelle il avait droit. Quatre jours après l'arrivée du P. Soullier, l'archevêque se sentit si fatigué et si malade qu'il se retira au couvent des sœurs grises pour s'y faire soigner. De là il alla, le 8 juin, assister au service anniversaire célébré à la cathédrale pour son vénéré prédécesseur. Il ne devait point revoir vivant l'intérieur de cet humble temple qu'il avait lui-même élevé trente-deux ans auparavant.
Une maladie qui ne pardonne point, la pierre, le conduisait lentement, mais sûrement, à la tombe. Il ne put pourtant se résoudre à subir le traitement requis en pareil cas jusqu'à ce que la douleur eut eu raison de ses répugnances. Le 18 juin, il fut examiné par les hommes de la science, qui jugèrent une opération immédiate de toute nécessité. Celle-ci parut d'abord avoir réussi; mais la fièvre survint, et cette circonstance, jointe à son âge et à l'état de préoccupation dans lequel les troubles scolaires re-
tenaient son esprit, fit prévoir un dénouement fatal à brève échéance.
Mgr Grandin se trouvait journellement au chevet du malade avec les PP. Langevin et Allard, M. Messier et d'autres prêtres. Le 20 juin, son ancien coadjuteur lui donna le Saint Viatique en présence d'un clergé nombreux, séculier aussi bien que régulier. Deux jours plus tard, après avoir renouvelé sa profession de foi et récité la formule de son oblation, le premier archevêque de Saint-Boniface, le plus grand Canadien de l'Ouest, Mgr Alexandre- Antonin Taché, Oblat de Marie Immaculée, rendait son âme à Dieu, à l'âge de près de 71 ans, un peu après 6 Heures du matin, le 22 juin 1894.
Sa mort fut le signal de lamentations universelles. Cinq jours durant, sa dépouille mortelle fut visitée par une foule interminable de personnes, parmi lesquelles on estime qu'environ 15,000 protestants devaient se trouver. Ses funérailles eurent lieu le 27 du même mois, en présence de quatre évêques, du lieutenant-gouverneur de la province, de deux de ses ministres, de plusieurs juges et de nombreux fonctionnaires du gouvernement. Msr Duhamel, archevêque d'Ottawa, prononça son oraison funèbre en anglais et Mgr Laflèche, qui avait autrefois refusé pour cause de santé le poste occupé par le défunt, en chanta les louanges en français.
Aux éloges des hommes d'Eglise la presse noncatholique du Manitoba ajouta sa voix puissante. Amis et ennemis furent unanimes à reconnaître la
grande perte que l'Ouest canadien faisait par sa disparition du théâtre de ses nombreuses luttes pour ce qu'il concevait être le droit et la justice.
« Il ne peut être remplacé », déclarait le Free Press dans un article de cinq colonnes. « La vie d'un tel homme se termine toujours trop tôt. Pourtant ceux qui sont dans le deuil diront de lui: « Puissé-je « mourir de la mort du juste, et que ma fin soit sem- « blable à la sienne !. . . » La bienveillance avec laquelle il recevait les étrangers ne pouvait être surpassée. Même au milieu des controverses, ses adversaires les plus déterminés n'avaient aucunement lieu de se plaindre des sentiments qu'il leur manifestait. Ses convictions étaient vives et grande était l'habileté avec laquelle il les soutenait; mais sa manière d'écrire était de nature à dissiper plutôt qu'à exciter l'amertume. . . Il ne lui a point été donné de voir s'accomplir tout ce qu'il désirait; mais il pouvait se rendre le témoignage qu'il n'avait rien négligé4.»
Cette dernière remarque a trait à la fameuse question des écoles. Le Nor'wester (aujourd'hui le Telegram) publiait le jour même de la mort de Taché un long article de fond encadré d'épaisses lignes de deuil, au cours duquel la grande figure du défunt était considérée à un différent point de vue. Il disait entre autres choses:
« Il nous apparaît plutôt comme un homme du