The Red River Settlement, p
nuels la préparation d'un dictionnaire et d'une grammaire de la langue sauteuse, partit pour le Canada «plein de projets d'impression*». Dans le cours de l'année suivante, il publia en sauteux un livre de lecture, un catéchisme et livre de prières combinés, ainsi qu'une brochure de 146 pages sur les « Principes de l'Idiome sauteux » en français. Il dut remettre à plus tard la publication de son dictionnaire ^°.
Retournant à la colonie de la Rivière-Rouge, nous voyons que, pendant les vingt premières années de son existence, elle s'était développée sous le gouvernement d'un seul homme ou à peu près. Grâce à l'accroissement du nombre de ses habitants, blancs et métis, on crut bon, en 1832, de s'associer jusqu'à un certain point quelques notables, choisis par la compagnie de la baie d'Hudson, dans l'administration des affaires publiques. La colonie reçut alors le nom d'Assiniboia, et fut placée sous un Conseil quasi-législatif, dont les sessions se tinrent depuis à des intervalles irréguliers.
Au commencement, les autorités religieuses alors dans le pays ne furent point officiellement reconnues dans la formation de cette assemblée, qui se réunissait au fort Grarry, le successeur immédiat du fort Douglas comme quartiers généraux de la Com-
9. Provencher à Mgr Signay, évèque de Québec, 6 août 1838. A Saint-Boniface et aux environs il y avait, eti 1839, 1,600 catholiques et 700 à Saint-François-Xavier.
10. Il se trouve encore en manuscrit à l'archevêché de Saint-Boniface.
pagnie en Amérique. Le 4 mai 1832, les membres de ce corps public étaient: Georges Simpson, gouverneur de la Terre de Rupert, président; Donald Mc- Kenzie, gouverneur de l 'Assiniboia, et les conseillers James Sutherland, John Pritchard et Robert Logan ".
On pourrait tirer du fait que le principal représentant de la Compagnie était le président de ce Conseil la preuve qu'on ne voulait point lui donner le caractère d'une assemblée populaire. On ne saurait pourtant nier que la plupart de ses décisions aient été inspirées par le souci des véritables intérêts publics. D 'autre part, on augmenta avec le temps le nombre de ses membres, et, pendant les dernières années de son existence, le Conseil représentait assez bien le peuple. C'était la partie principale d'un gouvernement patriarchal, où les droits de la morale, de la justice et de l'ordre n'étaient pas plus oubliés que les prétentions de la puissante corporation qui lui avait donné naissance.
Ce ne fut que le 12 février 1835 que, à la seconde de ses sessions, un membre du clergé catholique fut admis à ses délibérations dans la personne de M^' Provencher. Même alors il ne s'y trouvait, avec quatre autres personnes, que par suite d'une invitalion spéciale, et non à titre de membre régulier,
11, A peu près tous les historiens du Manitoba donnent 1835 comme la date initiale de l'existence de ce corps public. Or le procèsverbal de sa session de 1832 existe encore.
comme le pense l'abbé G. Dugas. La population de la colonie était alors de près de 5,000 âmes ^^
Même après cette date, et quelque temps avant le départ du prélat pour l'Europe, nous voyons le Rév. David-T. Jones, ministre anglican qui avait succédé à M. West, membre d'office de ce Conseil, mais aucun représentant de la partie catholique de la population. Ce n'est que le 16 juin 1837, c'est-à-dire cinq ans après l'inauguration de la nouvelle forme de gouvernement, que M^ Provencher fut admis dans son sein par la cérémonie usuelle dn serment, en même temps qu'un capitaine Marc Cary.
Etant donné la position exceptionnelle du prélat dans la colonie, cette admission peut paraître une reconnaissance bien tardive de sa position sociale et de ses talents administratifs. Mais il est très possible que, en homme retiré qu 'il était et en raison de son peu de familiarité avec la langue anglaise, il avait lui-même préféré jusqu'alors se désintéresser des petites questions de la politique locale. Nous avons déjà montré que ses services à la cause publique étaient pleinement reconnus. Nous en trouvons une nouvelle preuve dans l'allocation de 100 livres sterling, accompagnée de la gratification de
12. Cette même année 1835, les héritiers du comte de Selkirk transférèrent à la compagnie de la baie d'Hudson la colonie et tout le territoire que son fondateur en avait originairement obtenu. La somme de 84,000 li\Tes sterling fut le prix que la Compagnie dut alors débourser pour recouvrer les droits qu'elle avait cédés lors de la première transaction avec le comte de Selkirk. Gunn parle de la seconde comme ayant été conclue entre la Compagnie et ce même personnage (History of Manitoba, p. 279), alors que celui-ci était mort depuis quinze ans.
ce qui était encore considéré comme un luxe à la Rivière-Rouge, c'est-à-dire du thé, du sucre et quelques autres articles de table, qui furent alors votés à sa mission par le Comité de la compagnie de la baie d'Hudson ".
Dans tous les cas, sa présence au Conseil d'Assiniboia, ainsi que celle d'autres catholiques dont nous aurons beaucoup à dire dans la suite, fut des plus salutaires, et le rôle qu'ils y jouèrent ne fut certainement pas secondaire.
Il ne pouvait guère en être autrement, si l 'on considère l'étendue des intérêts dont l'évêque, en particulier, avait alors la direction dans la colonie. Pour ne mentionner que la question de l'éducation, Provencher se trouvait déjà à la tête d'un véritable système scolaire, qui comprenait des maîtres d'école des deux sexes, dont l'un enseignait l'anglais depuis 1834^*.
En outre, de plus en plus pénétré de la nécessité d'améliorer la condition matérielle, aussi bien que les mœurs, de son peuple, il renchérit encore sur ce que nous l'avons vu faire sous ce rapport en faisant venir au Canada, au cours de 1838, deux femmes destinées à enseigner l'art de tisser aux colons. La compagnie de la baie d'Hudson leur promit un salaire pour les trois premières années, tandis que la mission leur donnerait le vivre et le couvert. Malheu-
13. Entre 1825 et 1830, la Compagnie accorda annuellement un subside de £50 pour aider sa mission. Après 1830 cette somme fut doublée.