Hudson's Bay, p
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Le pauvre commis n 'était nullement pressé d 'aller s'offrir en holocauste à la rage des métis, qu'il savait ne point badiner quand l 'honneur national, qui commençait à s 'affirmer chez eux, était en cause. Autant eut-il valu se jeter les poings liés dans une bande de loups affamés. Ses supérieurs ne voulaient pas davantage le laisser s'aventurer en dehors du fort, dont on avait par prudence fermé les portes.
Vers 6 heures du soir, la foule des mécontents avait grossi d'une manière alarmante. Elle était de plus dans un tel état de surexcitation que même les murs de pierre du fort, tout neufs qu'ils étaient, ne semblaient pas devoir être une protection bien efficace si l'on n'avait recours aux canons dont ils étaient hérissés, expédient extrême auquel on ne pouvait penser. En vain le gouverneur local, M. Alexandre Christie, essaya-t-il de faire entendre raison aux meneurs, leur envoyant message sur message et leur offrant des conditions de paix. Les métis ne voulaient prendre en considération aucune proposition qui ne comprenait point l'abandon entre leurs mains du malheureux commis.
Le gouverneur lui-même alla les trouver en compagnie de MM. Logan et Ross, dans l'espoir d'apaiser leur courroux. Malgré l'humiliation qu'elle comportait, même cette démarche n'eut aucun succès. C'était Simpson qui avait fauté; c'était lui qu'on voulait.
En désespoir de cause, les autorités de la colonie
pensèrent alors à la mission catholique, de l'autre côté de la rivière Rouge.
— Il faut aller demander le secours du prêtre, suggéra quelqu'un.
— Oui, allons-y, firent les officiers du fort.
Et le gouverneur - en - chef lui-même, Georges Simpson, passa avec quelques autres messieurs à Saint-Boniface, où M. Belcourt se trouvait par hasard.
Celui-ci parla aux métis, et leur rappela comment ils avaient toujours trouvé en lui un ami sincère. Il leur répéta ce qu'on leur avait déjà dit au sujet du pardon des injures commandé à tout chrétien, et, par ces bonnes paroles basées sur la foi plutôt que sur la raison qui, chez les catholiques, tirent une centuple valeur du caractère sacré dont est revêtu l'orateur, il réussit à calmer la colère qui bouillonnait dans la poitrine du peuple.
La Compagnie dut accorder une compensation pécuniaire à la famille de sa victime; mais Thomas Simpson eut la vie sauve et on le laissa désormais tranquille ^
3. A propos de cet épisode, l'abbé G. Dugas dit (L'Ouest canadien, p. 68) que le gouverneur envoya chercher Belcourt. Il ne peut y avoir de doute qu'il aUa lui-même le trouver. Car, lorsque, plus de douze ans après, ce missionnaire eut un différend avec ce gentilhomme, il en écrivit dans une lettre qui parut dans un document officiel : " Si son cœur avait connu la générosité commune à la généralité des hommes, il se serait souvenu du jour où il vint, escorté des principaux du pays, me chercher dans ma pauvre chaumière, pour dissiper un trouble passager et faciliter les mesures qu'il regardait comme nécessaires à sa propre sûreté" (Lettre à A.-K. Isbister; Québec, 21 déc. 1847; dans Correspondence relative to the Inhabitants of the Eed Hiver Settlement, p. 100). M. Belcourt se trompait en s'imaginant que le
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Pendant que M. Belcourt s'employait ainsi dans l'intérêt de la paix chez les métis, un jeune prêtre, de talents moins brillants, mais de caractère plus souple et encore plus docile et plus constant dans l'exécution des ordres qu'il recevait, se préparait à la longue carrière de missionnaire chez les sauvages qui l'attendait dans l'Ouest. M. Jean-Baptiste Thibault était né à Saint-Joseph de Lévis le 14 décembre 1810, et était arrivé dans l'été de 1833 à Saint-Boniface, où il avait été ordonné prêtre le 8 septembre de la même année. Tout en dirigeant les six élèves qui formaient alors le collège de Saint-Boniface, il étudiait les langues indiennes, et, au mois de juillet 1834, ses progrès sous ce rapport étaient déjà considérables.
Même à cette date éloignée, M^' Provencher voyait en lui « un sujet précieux pour les missions. Nos gens ont trouvé qu'il prêchait bien; il instruira bien et parlera bien sauvage * ».
C'est aussi à cette époque que l'évêque de Juliopolis reçut des colons de l'Orégon une pétition à l'effet d'avoir des missionnaires. Comme il n'avait personne à leur envoyer, il résolut d'aller chercher de l'aide dans l'Est. Il partit donc pour le Bas- Canada, et poussa même jusqu'en Europe, laissant
gouverneur Simpson avait oublié le grand service qu'il lui avait rendu. Nous verrons que lorsque, après une rupture sérieuse, celui-ci consentit à le faire revenir à la Rivière-Rouge, il basa son intervention précisément sur les services que le prêtre avait rendus à la colonie et à lui-même.
4. Provencher à Mgr J. Signay, évêque de Québec, 16 juil. 1834.
le jeune M. Thibault temporairement en charge de ses missions (1835-37).
Au Canada, il obtint les services de deux sujets de choix, MM. François-N. Blanchet et Modeste Demers, qui devaient tous les deux être élevés à l'épiscopat sur les bords du Pacifique. Faute de place dans les canots de la compagnie de la baie d'Hudson, un seul put accompagner l'évêque de Juliopolis à la Rivière-Rouge quand il y retourna en 1837. C'était le doux et pieux M. Demers, qui travailla un an à Saint-Boniface, en attendant l'arrivée de son supérieur immédiat, M. Blanchet, pour lequel on obtint un passage de Lachine à la Rivière- Rouge en 1838.
Avec ce dernier vint un jeune prêtre de Deschambault, Bas-Canada, l'abbé J.-Arsène Mayrand, qui devait rester sept ans dans les missions de M^"" Provencher sans pouvoir y travailler autant qu'il l'eut voulu à cause du peu de santé dont il jouissait.
A l'arrivée de ces recrues, l'évêque de Juliopolis pouvait se glorifier d'avoir plus de prêtres qu'il n'en posséda jamais avant la venue des Oblats. C'étaient MM. Belcourt, Poiré, Thibault, Demers, Blanchet et Mayrand. Par cette liste on verra que deux autres, MM. Harper et Boucher, avaient dûment marché sur les traces de leurs devanciers et étaient retournés au Canada. Le premier était parti en 1832; le second un an plus tard'. D'un autre côté, par le
5. De retour au Bas-Canada, M. Boucher fut nommé curé de l'Ange-Gardien et missionnaire chez les sauvages des Postes du R^i.
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départ des missionnaires de l'Orégon, le clergé de Provencher fut réduit à quatre membres, et l'un d'eux, M. Poiré, devait s'en aller l'année suivante.
Quand l'évêque fut revenu du Canada, il envoya M. Belcourt au lac la Pluie, avec mission d'étudier sur place les conditions locales en vue d'y établir une mission permanente. Celui-ci partit au printemps de 1838, pendant que M. Poiré le remplaçait à Saint-Paul, où Angélique Nolin faisait l'école depuis 1834. La glace de la rivière Eouge commençait à perdre sa consistance, et le clieval de Belcourt s'y enfonça. Heureusement que certaines personnes qui admiraient son courage, ou s'étonnaient de son imprudence et redoutaient un accident sérieux, vinrent à son secours et l'aidèrent à se tirer de ce mauvais pas sans autre mal qu'un bain d'eau glacée.
Le missionnaire resta quelque temps au fort de la Winnipeg inférieure, où il célébra quelques mariages et remplit les fonctions du ministère propres à un prêtre de sa condition. Au lac la Pluie, il trouva les Indiens peu « disposés à quitter la bouteille pour l'écouter», comme le remarque Provencher dans
En septembre 1844, il fut transféré à Saint- Ambroise, d'où il visitait périodiquement les Montagnais du lac Saint-Jean, les Hurons de la Jeune Lorette et les Micmacs de la province de Québec. Il mourut dans cette dernière paroisse le 4 décembre 1880.
Quant à M. Harper, on lui confia, à son retour, la direction de la paroisse de Saint-Grégoire à Nicolet, où il resta jusqu'au jour de sa mort qui arriva subitement le 30 juil. 1869. Ses restes furent déposés dans un caveau pratiqué sous l'église locale qu'il avait rebâtie, à côté de deux de ses frères, prêtres comme lui (Abbé Douville, Histoire du Collège-Séminaire de Nicolet, 1803-1903, vol. 1 p. 407; Montréal, 1903).
son langage pittoresque ^ Mais il ne désespéra point, et nous le reverrons plus tard semant encore sur un sol qui n 'était que trop pierreux.
A la même époque (1838) doit se rattacher la fondation par M. Belcourt d'une mission au confluent de la rivière aux Anglais avec la Winnipeg ^ Wabassimong — tel était le nom indien sous lequel elle fut connue — coûta au missionnaire des efforts surhumains, au double point de vue physique et moral; mais, en tant que centre religieux, elle ne fut jamais un succès, malgré les illusions de son fondateur à ce sujet, et bien qu'Alexandre Eoss en parle comme d'un «établissement considérable®».
Cette mission comprenait, outre une église sous le vocable de N.-D. de la Merci, des maisonnettes pour les Indiens, ainsi que les petits champs propres aux missions de M. Belcourt, avec des bêtes à cornes fournies par Saint-Boniface — répétition de la première erreur de ce missionnaire, qui essayait de civiliser avant de poser de solides fondations chrétiennes. Ces dernières venant à manquer, l'édifice qui avait coûté tant de sueurs et d'argent s'écroula après une dizaine d'années de labeur opiniâtre.
Au mois d'août 1838, Belcourt, qui avait fait marcher de pair avec ses travaux religieux et ma-