‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 105 sur 195 · A Mgr de Québec, 7 juil · texte numérisé non relu

A Mgr de Québec, 7 juil

3. Actes XVIII. 3; ibid., XX, 34; I Cor. IV, 12; I Thess. II, 9; n Thesa. III, 8.

La même année 1840, M. Belcourt nous fait passer dans ses lettres des bords de l'Assiniboine aux grandes plaines de l'Amérique du Nord. La chasse au buffle, nous l'avons dit, était alors la grande ressource de la colonie et pour les métis un agréable passe-temps sans lequel ils auraient eu peine à vivre. Cette chasse était en même temps rémunératrice: l'excédent de viande était vendu aux colons, et cette vente permettait aux chasseurs de s'acheter quelques articles de première nécessité au fort. Cet étélà, pas moins de 1700 charrettes avaient conduit les métis et leurs familles à la chasse ; mais la malchance s'était attachée aux pas d'un trop grand nombre, et près de deux cents de ces véhicules étaient revenus vides.

Pour comble de malheur, la foudre était tombée, le l*"" août, au milieu des chasseurs, dont quatre avaient été tués raide et quinze en avaient reçu des atteintes moins meurtrières.

Mais cette même année 1840 fut remarquable au Canada central par un événement de tout autre caractère, qui devait reléguer bien loin au second rang les intérêts matériels pour faire concentrer l'attention des missionnaires sur les besoins spirituels de leurs ouailles, surtout ceux des Indiens, bien que ceux-ci se fussent montrés jusqu'alors si réfractaires à la parole évangélique. Le salut des âmes allait maintenant demander un redoublement d'énergie. Comme si la conversion des sauvages n'eut pas

216 l'église dans l ouest canadien

été une tâclie assez ardue *, un autre obstacle se présentait qui allait rendre encore plus difficile le peu de bien qu 'on leur faisait. L 'homme ennemi arrivait de l'Est, et l'ivraie était prête à semer.

Jusqu'alors les ministres anglicans ne s'étaient guère attaqués aux Indiens. Mais, dans l 'été de 1840, les canots de la compagnie de la baie d'Hudson amenèrent aux missions de M^"^ Proveneher trois ministres méthodistes, qui allaient se mesurer plutôt avec les enseignements de la Robe Noire et les pratiques religieuses que ses néophytes tenaient d'elle, qu'avec les ténèbres épaisses et l'immoralité révoltante dans lesquelles croupissaient encore plusieurs des nations barbares du Canada central.

L'un de ces ministres s'arrêta au lac la Pluie, où il s 'imposa aux indigènes, tandis que les deux autres se dirigeaient vers le fort Cumberland, dans la vallée de la Saskatchewan, environ 260 lieues de Saint- Boniface. Un de ces derniers devait presque immédiatement pousser jusqu'à l'Extrême-Ouest.

Dieu seul connaît les difficultés auxquelles les missionnaires catholiques eurent à se heurter quand il fut question de convertir des païens endurcis, des sauvages démoralisés par l'intempérance et l'immoralité, comme étaient alors les Sauteux, d 'autant plus que ces missionnaires faisaient consister cette conversion dans un changement complet de vie plutôt

4. " Convertir les Sauteux que je viens de visiter, c'est transporter des montagnes ", écrivait M. Bekourt (Cf. Eapport sur les Missions du Diocèse de Québec; janvier 1841, p. 33).

que dans l'acceptation d'une bible et l'observation plus ou moins religieuse du repos dominical. Un sauvage n'a généralement pas d'objection à s'abstenir du travail le dimanche — le moindre travail étant toujours une rude corvée pour lui. Il en va autrement lorsqu'il doit dire adieu à la polygamie et vivre dans l'accomplissement de ses devoirs conjugaux, pur de toute souillure, tempérant et mortifié.

Et puis il y a la question des superstitions propres aux aborigènes, sur lesquelles beaucoup ferment les yeux, qui sont toujours à déblatérer contre des pratiques de la vie chrétienne, telle que comprise depuis le commencement, et à les traiter d'observances superstitieuses. M. Belcourt rapporte un discours que lui fit un chef, qui contient une des raisons qui militaient contre la conversion des indigènes. Comme ce discours projette une vive lumière sur la mentalité de ces derniers, nous en reproduisons une bonne partie.

«Je suis convaincu», dit l'Indien au missionnaire, « que tu veux notre bonheur. Tes paroles sont sages; ta bouche est bonne. Le Manitou qui a fait les Français a fait ton cœur. Mais je t'ai déjà dit l'an dernier ce que je pensais. J'ai vu depuis notre Manitou; voici ce qu'il m'a dit: Le Grand-Esprit est dans le ciel ; c'est lui qui a fait les blancs, avec de la terre blanche. Notre Manitou, celui qui nous a faits misérables comme nous sommes, est dans la terre et non pas dans le ciel. Il nous a faits avec de

218 l'église dans l'ouest canadien

la terre noire, et voilà pourquoi nous ne sommes point blancs comme les Français.

« Oui, notre Manitou, notre père, est dans la terre, et la terre est notre mère ; le soleil est son fils, et la lune est sa fille. Les étoiles sont les nombreux enfants du soleil et de la lune. J'ai vu notre Manitou: regarde là, voici comment il m'est apparu »•, fit-il en montrant du .doigt une pierre ronde, badigeonnée de vermillon ^

Tels étaient les grossiers artifices dont se servait le prince des ténèbres pour retenir ces pauvres sauvages dans les liens de son esclavage ^.

L'abbé G. Dugas écrit que M. Belcourt fonda la mission du lac la Pluie au printemps 1838 '. Il est souvent assez difficile de déterminer au juste l'époque de pareilles fondations, parce qu'une certaine période d'essai la précède généralement. Dans le cas présent nous voyons, dans l'été de 1840, un officier de la compagnie de la baie d'Hudson, Allan Macdonell, écrire à M"'^ Provencber : « J 'apprends que mon digne ami, M. Belcourt, est sur le point de partir pour une mission au lac la Pluie. . . Je crois de mon devoir d'informer Votre Grandeur qu'il y

Page 1