‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 116 sur 195 · EXTENSION DANS L^OUEST · texte numérisé non relu

EXTENSION DANS L^OUEST

Personnellement, Rowand était le type du traiteur de fourrures, un empereur en miniature, qui possédait à un degré exagéré l'impétuosité du Celte — c'était un Irlandais. Il veillait avec un soin jaloux sur les privilèges de sa corporation, et, bien que de taille plutôt exiguë, il savait se faire respecter des blancs et craindre des sauvages. Mettant à profit les notions superstitieuses de ces .derniers, il lui arrivait de leur en imposer par l'exhibition de merveilles comme la soudaine effervescence du sel Seidlitz et les résultats incompréhensibles pour l'esprit indien d'autres mélanges.

Quant aux blancs, ils savaient tous qu'il n'était pas homme à se laisser intimider., Assez souvent même ils avaient à souffrir les effets de sa mauvaise humeuï. Il assistait un jour à un grand dîner, où la plupar* des convives étaient connus pour leurs sentiments anti-catholiques. Comme on allait boire une santé, l'un d'eux fut assez mal avisé pour entonner un chant dont les paroles étaient insultantes pour le Pape.

C 'était plus que le vieux Rowand ne pouvait supporter.

— Je suis catholique, s 'écria-t-il hors de lui-même, et je ne souffrirai jamais qu'on insulte en ma présence le chef de ma religion.

Et en un clin d'œil son verre avait volé à la tête du maladroit insulteur; ce qui porta l'un des hôtes à remarquer que si Eowand ne s^ agenouillait pas sou-

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vent dans une église, il n'en savait pas moins se lever pour son Eglise.

Tel était le gouverneur de l'Extrême-Ouest et, en particulier, le commandant du fort Edmonton en 1841. La population immédiatement sous ses ordres à ce poste, y compris les femmes et les enfants, était d'environ quatre-vingts âmes quand le P. de Smet le visita en 1845. Ce grand missionnaire ambulant décrit ce fort comme un établissement très prospère et la contrée dans laquelle il se trouvait comme un pays de grande abondance.

Rowand a laissé la réputation d'un liomme qui brillait plus par son indomptable énergie que par sa mansuétude chrétienne; mais pour De Smet c'était un homme qui « joignait à toutes les aimables qualités d'un parfait gentilhomme celles d'un ami sincère et d'un hôte généreux. Sa bonté et sa tendresse paternelle en font le type du vrai patriarche au sein de sa charmante et nombreuse famille », ajoutait le missionnaire, qui allait jusqu'à dire: « Il est estimé et vénéré par toutes les tribus des environs, et, bien qu'avancé en âge, il est encore d'une activité extraordinaire ^ »

3. Extrait d'une lettre du P. de Smet; Fort Jasper, 16 avril 1846. John Eowand était né à Dublin, Irlande, entre 1775 et 1780. Etant encore en bas âge, il passa au Canada, où il entra bientôt après dans la compagnie du Nord-Ouest. En 1804, il était commis au fort des Prairies, ou Edmonton, et à l'époque de la fusion de sa corporation avec la compagnie de la baie d'Hudson (1821), il devint traiteur-enchef dans le nouveau corps commercial qui en résulta. En 1825, il parvint au grade si estimé de facteur-en-chef. Pendant longtemps il eut la direction de l'immense district de la Saskatchevran avec quartiers généraux à Edmonton, et il mourut subitement dans l'été de 1854 au fort Pitt, où commandait son fils John. Ses ossements furent

JOHN EOWAND

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