MORT DE DARVEAU ARRIVEE DES SŒURS
Quoi qu'il en soit, M. Darveau apprit que les anglicans avaient l'intention d'envoyer un ministre au Pas. Plein de zèle pour la propagation de la vraie foi, il se décida à aller voir lui-même s'il n'était pas possible de prévenir le ministre. Un an ou deux auparavant, un Indien que l'on connaissait sous le nom d'Henry Budd, s'était établi à cette place et y remplissait les fonctions de maître d'école et de catéchiste sous les auspices de l'Eglise d'Angleterre ^. Etant donné ce qui devait arriver, nous laissons au lecteur à décider jusqu'à quel point il était judicieux de mettre un pur sauvage comme missionnaire cbez des Indiens tels que ceux qui fréquentaient le lac Winnipegosis.
En se rendant au Pas, Darveau eut l'occasion de s'arrêter à un campement indigène, et l'un des deux hommes qu'il avait engagés et payés pour l'accompagner durant tout le voyage refusa d'aller plus loin. Il demanda même au missionnaire des provisions qui, après la perte pécuniaire qu'entraînait pour celui-ci son peu de fidélité, ne purent lui être accordées. Là-dessus, cet individu, un Muskégon appelé Chètakonn, murmura des paroles de mécontentement et s 'en alla. De son côté, le prêtre trouva un autre homme et continua son voyage, arrivant au Pas le 28 août 1843.
Il passa cinq semaines dans cette localité, en proie aux persécutions mesquines et aux menaces de ceux
3. Ce sauvage avait été élevé à la Eivière-Eouge par le Rév. M. West, qui dit l'avoir baptisé au mois de juin 1823 (Journal, p. 96).
des naturels qui prenaient le parti du catéchiste protestant. Même l'impassible Darveau, qui n'avait pas cru devoir dire un mot de ses souffrances physiques au sein de la tourmente sur le lac Winnipegosis, ne peut s'empêcher d'insister sur les manœuvres déloyales dont lui et ses néophytes furent les victimes au Pas. Il en écrit ce qui suit :
«L'enfer a employé ici toutes ses ruses d'abord pour me chasser, et ensuite pour rendre inutiles tous mes efforts. On est venu m 'avertir, pour m 'intimider sans doute, que l'on allait me chasser si je ne m'en allais pas. Quand on me vit déterminé à
Signature de M. Darveau
rester jusqu'à ce qu'on me traînât pieds et poings liés hors de la mission"*, les cadeaux ont été prodigués aux sauvages et à leurs femmes, et les promesses encore plus: on venait chercher les jeunes gens au catéchisme pour qu'ils vinssent à l'école. Mes deux serviteurs ont eu leur part de l'orage. . . «Dès qu'un sauvage arrivait, il se voyait entouré de protestants qui ne le laissaient tranquille que quand il avait consenti à aller au prêche, fait par un sauvage. . . Une jeune femme suivait régulièrement mes
4. Où il demeuBûit chez un vieux métis de Michillimakinae nommé Constant.
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instructions : on la menaça de la faire répudier par son mari, alors absent. . . Pour rendre les catholiques odieux, on leur a donné le nom de Windir/o, être fantastique dont le nom seul fait trembler les enfants et fait fuir les grandes personnes \ »
Le prêtre catholique fut représenté comme un être affreux qui portait la mort dans ses flancs, et chacun fut averti de n'avoir rien à faire avec lui.
« Parmi mes auditeurs », dit encore M. Darveau, « se trouvait un vieillard qui redoutait tellement la prière qu'il n'osait même regarder l'échelle chronologique % fruit du zèle de M. Blanchet. « Je crains, « disait-il, la puissance magique de ce morceau de « papier \ »
Là-dessus l 'innocent M. Darveau s 'écrie : «Etrange erreur, dont il est permis de demander comment elle a pu pénétrer dans ces pays lointains ! »
Le lecteur sera peut-être moins disposé à se le demander.
Néanmoins, le séjour du missionnaire catholique
5. Saint-François-Xavier, 7 déc. 1843 (Cf. Rapport, juil. 1845, p. 92). Un windigo e?t, aux yeux des Indiens de race algonquine, une personne possédée d'un mauvais esprit, un démoniaque, un cannibale, ou les deux combinés, qu'ils ont coutume de tuer à la première occasion. Il n'y a pas longtemps qu'un meurtre de ce genre arriva au nord d'Edmonton, et celui qui s'en rendit coupable se croyait parfaitement autorisé à le commettre. Le lecteur le plus borné devinera sans peine qui, dans le cas présent, inventait pareilles histoires à propos du prêtre catholique et qui fut en réalité responsable de la persécution à laquelle il fut soumis. A moins d'être poussé par un fanatique, les Indiens se borneront à laisser froidement seul un missionnaire dont le ministère ne leur va pas.
6. Espèce de table chronologique illustrée dont il sera fait plus ample mention dans notre dernière partie.