Lettre de Provenclier, 6 août 1S3S
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sœurs de n'importe quel institut: ce fut encore en vain. Il s'adressa aussi à M^"^ Loras, évêque de Dubuque, aux Etats-Unis, toujours dans le même but et avec un résultat identique.
Voyant qu'il ne gagnait rien par correspondance, il résolut de se rendre au Canada par la voie des Etats-Unis. A Dubuque il s'aboucha avec des religieuses; mais elles ne savaient point le français. Dans les environs de Saint-Louis, il essaya d'avoir des sœurs de Saint-Joseph ; mais il ne put persuader à leurs supérieures d'entreprendre une fondation si loin de chez elles. A Montréal, M^"" Bourget lui recommanda les sœurs grises comme étant celles qui convenaient le mieux à l'œuvre qu'il avait en vue. Après quelques négociations, l 'évêque de l'Ouest fut enchanté de voir enfin ses offres acceptées par la supérieure générale de cette congrégation.
Les sœurs de charité communémeut appelées sœurs grises, d'après la couleur de leur costume, furent fondées en 1738 par M""* d'Youville, sœur de la Jemmeraye, neveu de Lavérendrye et son lieutenant dans ses explorations. Il est de tradition dans cet institut que la fondatrice avait coutume d'envoyer aux Indiens des solitudes de l'Ouest des habits qu'elle préparait de ses propres mains, et il semblerait que ses filles eussent eu longtemps comme un pressentiment qu'un jour elles suivraient leur « oncle » au pays de son dernier sommeil.
De Montréal M^"" Provencher passa en France en compagnie de son premier confrère dans l'Ouest, M.
M. LAFLECHE, MISSIONXAIRI-:
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Dumoulin qui, croyons-nous, lui paya son passage et que, à son retour en Amérique, il aurait bien voulu ramener avec lui à la Eivière-Rouge ^®.
Ce voyage ne fut pas sans résultat. D'abord, au point de vue financier, il fut un véritable succès, puisque la Propagation de la Foi lui fit, en réponse à l'exposé de ses besoins, une allocation de 30,000 francs. Ensuite il trouva au Canada deux sujets de choix, qui devaient rester avec lui considérablement plus longtemps que la plupart de ses prêtres.
Le premier, homme de grande valeur, était l'abbé Louis-François Richer-Laflèche (plus connu sous le nom abrégé de Laflèche), qui était professeur au collège de Nicolet quand Provencher y passa en 1843, avant d'aller en Europe. Il fut ordonné prêtre à Québec le 7 janvier de l'année suivante, puis nommé vicaire à Saint-Grégoire-le-Grand, où M. J. Harper, l 'ex-missionnaire de la Rivière-Rouge, lui donna une première teinture des langues indiennes.
L'évêque voyageur avait ensuite jeté les yeux sur un M. Olivier Caron, pour lequel il semblait avoir une attraction particulière. Mais lorsque le prélat revint de France, abordant à Montréal le 25 mai 1844, ce prêtre ne se crut point assez fort pour les missions de l'Ouest.
C'était là un grand désappointement pour M^*" Provencher, qui avait déjà retenu des passages pour lui-même, deux prêtres et quatre religieuses dans la
16. Provencher à Mgr Turgeon, évêque de Sidyme, 14 déc. 1843.
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brigade ^'^ du gouverneur Georges Simpson, qui en avait réduit le prix à £175. Il trouva heureusement un remplaçant pour M. Caron dans l'abbé Joseph Bourassa ^^ de Lévis, qui fut promu à la prêtrise le 14 avril 1844, c'est-à-dire juste à temps pour partir avec son nouvel ordinaire.
Celui-ci avait été malade à l'Hôtel-Dieu de Montréal.
Le 27 avril, trois jours après que les sœurs étaient parties, non sans déchirements de cœur bien excusables, M^"" Provencher s'embarqua avec ses deux missionnaires pour Saint-Boniface, l'évêque dans le canot du gouverneur et les jeunes prêtres dans un autre.
Simpson était, dans ses voyages, d'une rapidité proverbiale. Tout délai lui donnait sur les nerfs, et c'est à peine s'il laissait le temps de se reposer à son équipage. C 'est pourquoi, arrivé au Sault Sainte- Marie, l'évêque chargea les deux prêtres d'accompagner les sœurs, pendant que lui-même prendrait les devants avec le gouverneur.
Les premières dames qui laissèrent tout pour obéir à l'apel du devoir dans les postes plus ou moins sauvages de l'Ouest canadien méritent de laisser leurs noms à la postérité. C 'étaient les sœurs Valade, supérieure, Lagrave, Coutlée et Lafrance.
17. Dans le langage des traiteurs de fourrures, une brigade était tout assemblage plus ou moins considérable de bateaux, canots, ou même chevaux de charge, qui transportaient les pelleteries ou l'équipement des différents postes.