CHAPITRE I
AKRIVEE DES OBLATS
Plus de vingt-cinq ans s 'étaient maintenant écoulés depuis l'établissement de l'Eglise sur les bords de la ri\dère Rouge, et, en dépit d'actes héroïques, de privations et de souffrances de tontes sortes patiemment endurées, ce qui avait été fait ne pouvait être considéré que comme un faible commencement. Il est vrai qu 'il y avait au centre un évêque, avec une cathédrale convenable; mais, malgré les deux récentes additions aux rangs du clergé, cet évêque n'avait encore, en 1844, que quatre prêtres à sa disposition pour les 2,800 catholiques de race blanche ou métisse éparpillés dans une contrée vaste comme un royaume. Un des missionnaires devait retourner ! l'année suivante à son pays natal, et trois se dévouaient exclusivement à la conversion des Indiens. Un seul était resté un temps appréciable dans le
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vicariat, et l'un d'eux eut été préféré par son supérieur dans l'Est plutôt que dans l'Ouest \
Il serait oiseux de nier que la Rivière-Eouge ait été dénuée de charme pour le clergé canadien. Dans un moment de généreuse abnégation, quelques-uns étaient bien venus travailler dans ce pays si isolé du monde civilisé; mais, après un séjour de quatre ou cinq ans, rarement plus long, ils avaient l'un après l'autre échappé au contrôle de leur évêque. En sorte que l'on en vint à se demander si la nation qui avait donné tant d'explorateurs et de hardis voyageurs à l'Ouest possédait réellement des ecclésiastiques ayant assez de dévouement pour suivre ces pionniers et sauver leurs âmes, ainsi que celles des tribus sauvages au sein desquelles ils s'étaient établis.
Même le grand évêque M^"" Plessis fut frappé de l 'à-propos de cette question. En réponse à un bon prêtre qui voulait retourner au Canada après avoir passé quelques années à la Rivière-Rouge, il s 'écriait :
« Quand on est rendu à dire : ma tâche est terminée, il faut que le zèle soit bien émoussé. Ah ! où en serait le Canada si les missionnaires qui y sont venus planter la foi n'avaient pas eu plus de constance? J'ai fait ma tâche, dites-vous. . Notre tâche à tous tant que nous sommes ne sera finie que lorsque nous aurons dévoué toute notre vie au salut des âmes. . .
1. M. Belcourt qui, en dépit d'une activité prodigieuse et de talents incontestables, n'eut jamais la sympathie de son supérieur immédiat.