Saint-Boniface, 6 juil
AKKIVÉE DES OBLATS 279
missionnaire et chargea le P. Guignes, premier provincial oblat en Amérique (en attendant qu'il devint le premier évêque d'Ottawa), d'envoyer quelquesuns de ses religieux au secours de Provencher.
Dieu, qui ne peut se laisser vaincre en générosité, récompensa immédiatement son serviteur de la confiance extraordinaire qu'il avait montrée en sa providence. C'est de l'établissement de ses premières missions indiennes dans l'Ouest canadien que date ce merveilleux développement de la congrégation des Oblats, qui était alors à peine connue, même en France, en-dehors de la région qui avait vu son berceau. La pensée des incroyables difficultés, des sacrifices énormes, qui attendaient les hérauts de la Croix dans les steppes glacés de l'Extrême-Nord américain enflamma d'une sainte ardeur le cœur d'une multitude de jeunes clercs et de prêtres plus ou moins expérimentés qui, disant un éternel adieu au w doulx pais de France »•, s 'embarquèrent chaque année à la recherche des brebis d'Israël perdues dans les neiges de l'Athabaska et du Mackenzie, sans laisser échapper un mot de regret pour les amis et parents qu'ils laissaient au pays natal.
En attendant ces nobles envolées, il nous faut relater les efforts à peine moins méritoires des pionniers dans cet exode qui devait être une source de salut pour tant d'âmes délaissées.
Selon toute prévision, les premiers Oblats auraient dû arriver au commencement d'août 1845. Et pourtant personne ne venait, et le gardien vigilant
du peuple de Dieu dans ce coin de PAmérique commençait à perdre tout espoir de les voir chez lui cette année-là quand, le 25 août, on signala leur canot qui remontait lentement la rivière Eouge. Le bon prélat ne se possédait pas de joie. Il sortit à la hâte avec M. Mayrand et les sœurs pour recevoir les missionnaires qui devaient sauver son pays d'adoption.
Mais quand l'évêque aperçut les religieux qu'on lui envoyait, sa première impression ressembla quelque peu à un désappointement. Au lieu d'une petite bande de prêtres tout prêts à commencer leurs travaux apostoliques", il n'en voyait qu'un, le R. P. Pierre Aubert, qui était accompagné d'un jeune homme à la mine presque enfantine, qui lui paraissait à peine sorti de l'adolescence.
— Quoi ! s 'écria-t-il à cette vue, j 'avais demandé des hommes, et voilà qu'on m'envoie un enfant!
n ne tarda pas à constater que cet « enfant » n'était pas ordinaire, et quelques semaines plus tard il en demandait encore de cette espèce ^\
Cet «enfant» merveilleux n'était autre que le frère Alexandre- Antonin Taché, qui n'était encore que novice dans sa congrégation et sous-diacre dans la hiérarchie ecclésiastique. Né à Fraserville, le 23 juillet 1823, d'une des meilleures familles du Canada, il était du côté de sa mère une descendant direct du découvreur du pays, le grand Lavéren-
10. Le P. Léonard, l'un des Oblats de l'est, lui avait laissé entendre qu'il recevrait trois prêtres.
11. "Des Taché et des Laflèche vous pouvez m'envoyer sans crainte. "