HÉRAUTS DE LA CROIX
du haut Missouri, dont les habitudes quasi-sédentaires portaient à espérer qu'ils se montreraient plus disposés à adopter la foi chrétienne et les mœurs de la civilisation que les hordes nomades des plaines canadiennes.
Né en France le 25 (ou 21) avril 1705 à Moutierssur-Laye, Vendée, d'une bonne famille qui donna à l'Eglise deux autres prêtres et une religieuse, le P. Aulneau avait été admis dans la compagnie de Jésus le 12 décembre 1720 et avait quitté La Eochelle le 29 mai 1734 pour le Canada, où il était arrivé le 12 août de la même année, après s'être conquis l'estime universelle par son dévouement aux victimes de la peste qui s 'était déclarée à bord de son bateau.
Brûlant du désir de convertir les Indiens, le jeune missionnaire écrivait de Québec le 25 avril 1735 relativement aux plans qu'il pensait mettre à exécution une fois rendu dans l'Ouest. Il se proposait de passer l'hiver chez les « Assinipoëls « et les « Christinaux ))^ puis de se diriger vers le pays des « Ouant Chipouanes », c'est-à-dire, ajoute-t-il, « ceux qui
voit un bréviaire imprimé à Kouen en 1701, qui a aussi le nom Ameau écrit sur la première feuille, et, au-dessous, des références à Eouen 1705 et à Paris 1698, plus des bouts de phrases comme: " sur la côte septentrionale du lac Supérieur 1729. Tous les sauvages m'aiment et ont beaucoup de confiance en moi. . . L'hyver 1728 très long et des plus rigoureux. . . P. F. Ameau, Eouen ".
Considérant le genre de mort attribué au P. Ameau du manuscrit de York, il ne peut y avoir aucun doute que celui-ci n'est point le Jésuite qui fut le compagnon de Lavérendrye. Les bouts de phrases et les dates que nous venons de reproduire d'après ce manuscrit contribuent à établir cette dualité des personnages. Du reste, l'autographe du P. Aulneau que nous offrons à nos lecteurs décidera la question de l'orthographe de son nom.
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demeurent dans des trous » (les Mandanes), et il se réjouissait à la pensée que « si notre bon Dieu le veut. . . je seray le premier à leur porter la bonne nouvelle de l'Evangile * ».
Dans ses desseins impénétrables, Dieu en avait disposé autrement. Le P. Aulneau partit de Montréal pour l'Ouest avec Lavérendrye le 13 juin 1735, heureux et content, bien que son bonheur fut quelque peu tempéré par la perspective d'y rester sans confrère ^ Doué d'une conscience délicate, l'idée de rester si longtemps privé de ces consolations spirituelles qu'il allait lui-même dispenser aux autres lui répugnait. Ces scrupules devaient finir par décider de son sort.
Pendant ce temps, de nouvelles difficultés surgissaient sans cesse pour Lavérendrye. Les canots qui devaient apporter les provisions n'étaient point arrivés à temps: on dut donc passer l'hiver au fort Saint-Charles à s'ingénier pour économiser, malgré que l'explorateur eut précédemment envoyé au fort Maurepas son neveu, de la Jemmeraye, deux de ses propres fils et autant de serviteurs.
Quant à notre missionnaire, il acquérait quelques bribes de langue crise, bien malgré les Indiens euxmêmes qui n 'appréciaient point le don de Dieu. Dans une lettre au P. Bonin, de Michillimakinac, il admit franchement qu'il ne fondait aucune espérance sur
8. Lettre au P. H. Faye, 25 avril 1735 (The Aulneau Collection, p. 34).