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Le P. Aulneau à sa mère; 29 avril 1735 (Ibid., p

UNE VIEILLE SAECISE

HÉEAXJTS DE LA CKOIX 33

ceux qui fréquentaient le fort Saint-Charles, puisque, en plus de leur nature superstitieuse et dépravée, le fléau des boissons enivrantes avait rendu leur conversion impossible.

« Les Anglais et les Français, par leur maudite avarice, leur ont donné de l'appétit pour l'eau-devie, » écrit le jeune prêtre, qui se croit pourtant obligé d'ajouter peu après : « Je dois dire cependant, eu justice pour les Français avec lesquels j'ai voyagé, qu'ils n'ont rien à faire avec cet infâme traffic, et que, malgré les demandes réitérées des Indiens, ils ont préféré repousser toute offre de traite avec les différentes tribus plutôt que de leur donner de l'eau-de-vie en échange ". »

Pour ceux qui connaissaient à quels excès en cette matière se portèrent tous les traiteurs subséquents, cette dernière remarque du P. Aulneau ajoute à la

10. Le même au P. Bonin; 30 avril 1736 (Ilid., p. 75). En mettant ses propres compatriotes sur le même pied que les Anglais en ce qui regardait l'habitude de donner des boissons enivrantes aux Indiens, le P. Aulneau devait avoir en vue les Français de l'Est, et non ceux de l'Ouest. En effet, un auteur anglais contemporain qui écrivait après avoir vécu (en 1746 et 1747) avec les traiteurs de la baie d'Hudson, ses propres nationaux, déclare explicitement que les Indiens se procuraient leurs boissons fortes " des Anglais, contrairement aux sages maximes des Français qui n'en vendent point ". (Henry Ellis, A Voyage to Hudson's Bay, p. 187; Londres, 1748).

Uu autre auteur qui y avait passé six ans à une date encore plus ancienne (puisque son premier séjour à la baie avait eu lieu entre 1733 et 1736, c'est-à-dire précisément à l'époque des premières explorations de Lavérendrye), Joseph Eobson, rend témoignage aux "bons offices " pour les sauvages des Français établis à la source du fleuve Nelson, au moyen desquels ils avaient " obtenu ime telle influence sur presque tous les indigènes que beaucoup de ces derniers se sont constitués les " facteurs " (ou représentants pour la traite des fourrures) des Français à nos propres établissements " (An account of Six Years Besidence in Hudson's Bay, p. 63; Londres, 1752).

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mémoire de Lavérendrye comme une auréole d'honorabilité suffisante pour en faire un homme d'une conscience vraiment exceptionnelle pour l'époque.

Au printemps de 1736, les provisions étaient excessivement rares au fort Saint-Charles. Pour comble d'infortune, le commandant eut la douleur d'apprendre, le 4 juin ^^, la mort de son neveu. Cette nouvelle fut apportée par le petit parti du fort Maurepas que pressurait la faim. De la Jemmeraye avait passé de vie à trépas le 10 mai 1736. C'est le premier chrétien qui fut jamais inhumé dans les limites de ce qui est aujourd'hui le Manitoba. Ses cousins élevèrent une humble croix de bois sur sa tombe et se réfugièrent au fort Saint-Charles.

Embarrassé par le manque de vivres que cette augmentation dans son personnel rendait encore plus pénible, Lavérendrye fut obligé d'expédier deux canots à Michillimakinac, sa base d'opérations la plus rapprochée. C'était là pour le P. Aulneau une trop bonne occasion de revoir ses confrères et de bénéficier de leur ministère pour qu'il n'en profitât point. Il résolut immédiatement de s'embarquer avec les employés, et sollicita la compagnie de Jean-Baptiste, le fils aîné de l'explorateur, que celuici ne put lui refuser.

Ils partirent le 8 juin 1736, dans des canots mon-

11. L.-A. Prudhomme a le 2 juin (Pierre Gaultier de la Vérendrye, dans les Mémoires de la Société Boyale du Canada, p. 32) ; mais le découvreur est explicite sur ce point, et mentionne lui-même le 4 (V. Margry, vol. VI, p. 589). De Beauharnois doit également se tromper quand il parle du 5 (Lettre au ministre, 14 oct. 1736).

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