Provencher à Mgr Signay, 20 juin
9. Le même aux Conseils centraux de l'CEuvre de la Propagation de la Fci; Rapport, juillet 1847, p. 51.
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affliger le cœur aimant du père commun des chrétiens de l'Ouest canadien.
D'abord, pendant l'été de 1846, M^' Provenclier se trouvait seul à Saint-Boniface pour desservir cette place, Saint-François-Xavier et Saint-Paul des Sauteux. M. Laflèclie, qu'il avait jusque-là gardé près de lui ou à Saint-François-Xavier pour lui permettre de se remettre d'un mal qu'il avait contracté en se rendant à la Rivière-Rouge, était parti l'année précédente pour la baie des Canards et le Pas, de triste mémoiie, bien que, à cause de sa maladie, il n'eut encore pu faire de grands progrès dans les langues sauvages.
Or Je ministère paroissial auquel devait se soumettre le prélat, se trouva bientôt considérablement augmenté par suite d 'une épidémie qui éclata parmi ses ouailles le 8 juillet 1846; cent-cinquante de ses paroissiens avaient succombé au fléau, tandis qu'un nombre à peu près égal en étaient morts à Saint- François-Xavier, à Saint-Paul et sur la prairie, sans compter les sauvages non chrétiens qui avaient été emportés par le même visiteur implacable.
Cette épidémie avait fait voler M. Belcourt au secours des chasseurs de bison, dont vingt-cinq moururent en très peu de temps. Quant au P. Aubert, il était parti le 30 juin de cette année pour Wabassimong, où il fut peiné de ne trouver que très peu de traces de christianisme sérieux, et M. Laflèche avait, avec le P. Taché, dit un solennel adieu à l 'évêque de Juliopolis le jour même de l'apparition de l'épidé-
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mie, pour aller établir une mission permanente à Plle-à-la-Crosse ^°.
Nous avons mentionné la visite du P. de Smet à Edmonton, où commandait notre vieille connaissance, l'impétueux John Rowand. Ce missionnaire, qui était aussi distingué dans ses manières que versé dans les sciences et la littérature, fit une profonde impression sur l'intrépide Irlandais et sa famille, qui ne pouvaient s'empêcher de le comparer avantageusement avec M. Thibault, et prenaient pour de la fierté ce
10. Cette date est importante, parce qu'eEe marque l'origine des fameuses missions indiennes des Oblats dans le Nord canadien. On nous pardonnera donc si nous essayons de la rendre absolument certaine. Une contradiction dans deux documents contemporains nous avait d'abord porté à fixer au 5 juillet 1846 le départ de Taché pour son poste lointain, bien qu'il donne lui-même le 8 à la p. 28 de ses Vingt Années de Missions. Il réitère cette date dans une lettre écrite à sa mère au mois de janvier 1847. Il y dit qu'il s'embarqua au fort de Pierre, sur la rivière Rouge inférieure, dans l'un de deux petits sloops dont l'autre avait pour passagers "un commis de la compagnie et un jeune monsieur du Haut-Canada, qui voyageait comme un touriste dans ces contrées " (Ap. Dom Benoît, Vie de Mgr Taché, vol. I, p. 108; Montréal, 1904).
Ce jeune homme était l'artiste Paul Kane qui publia plus tard un journal intéressant de son voyage au travers de l'Amérique du Nord. Or voici ce que cet auteur dit sur ce point : " Nous nous reposâmes près d'une heure et nous embarquâmes dans l'un des sloops, pendant que deux missionnaires catholiques M. Le Fleck et M. Taché qui allaient à l'Isle la Croix (sic) occupaient l'autre" (Wanderings of an Artist, p. 99). Il dit alors qu'ils passèrent la nuit à la résidence d'un ministre épiscopalien, et, après avoir décrit les incidents d'une autre journée de navigation avec un second campement (détails qui sont corroborés par le journal du P. Taché), il donne à la date du 7 juillet ce qui arriva le jour suivant.
A partir de là le voyageur donne des notes journalières sans jamais laisser soupçonner qu'il se soit trompé de dates. Nous avions donc conclu que, en écrivant de mémoire au moins six mois après coup, le P. Taché était tombé dans une erreur bien excusable dans les circonstances. Mais cette supposition ne tient point devant une lettre de Mgr Provencher lui-même qui affirme positivement que le départ des deux missionnaires pour l'He-à-la-Crosse s'effectua le jour même où éclata l'épidémie de la Eivière-Eouge, c'est-à-dire le 8 juillet 1846.
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qui au fond n'était que de la timidité et de la gêne chez le prêtre canadien ^^.
« J'ai parlé mainte et mainte fois de vous depuis que nous nous sommes quittés », écrit le traiteur au P. de Smet, alors dans la vallée de la Colombie. « Mes pauvres filles surtout mentionnent souvent votre nom; vos manières et celles du Rév. M. Thibault sont si différentes ! Elles ne peuvent pas avoir la même estime pour ce dernier. Vous savez combien de fois il vient à Edmonton dans le cours d'un hiver: seulement quand on l'envoie chercher ^^»
Signature de M. Laflèche
Puis, après avoir manifesté le désir de s'établir dans la Colombie, n'eut-ce été que pour l'amour de ses filles qui auraient pu profiter de l'éducation supérieure qu'y offraient des religieuses qui venaient de s'y établir, Rowand parle de l'épidémie qui n'avait pas ménagé ses propres quartiers, terrassant jusqu'à trente-cinq de ses employés à la fois. « Les Indiens des factoreries de York, Oxford, Har-
11. Nous avons déjà vu Provenclier écrire que " cet homme est trop timide" et qu'il se trouve mal à l'aise avec les bourgeois.
12. Apud: Life, Letters and Travels of Father de Smet, S. J., vol. rV, p. 1560; New York, 1905.
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vey et rivière Rouge ont souffert le plus », mande-til ; « pas moins de trois cents sont morts à la Eivière- Eouge. »
La congrégation des Oblats de Marie Immaculée avait loyalement accepté les pénibles missions indiennes de Provencher. Malgré que son personnel fut alors si limité, elle lui envoya trois nouveaux sujets en 1846. Le premier était un homme de grande expérience et de capacités administratives remarquables : nous avons liommé le R. P. François-Xavier Bermond, qui arriva à Saint-Boniface le 5 septembre Deux mois après, le Frère Henri Faraud, scolastique qui n'avait encore reçu que la tonsure, mais était appelé à une carrière glorieuse dans le /■Grand-Nord canadien, abordait (9 novembre) à la même place accompagné d'un frère convers, le F. Dubé, qui était le premier de cette légion d'humbles coopérateurs qui ont tant fait pour rendre possibles les travaux des missionnaires.
j A la fin de 1846,- c'est-à-dire à peine quinze mois /après l'arrivée des premiers Oblats, Provencher ne comptait donc pas moins de sept prêtres, un scolastique qui devait être prochainement ordonné et un frère convers. Ce chiffre était évidement un présage de temps meilleurs pour les missions du Nord- Ouest ".
13. Il peut être bon de mentionner ici que ce voyage du P. Taché fut le dernier qui se fit par la voie excessivement ennuyeuse des canots. A partir de 1846, à peu près tous les missionnaires de la Eivière-Eouge se rendirent à destination par Saint-Paul et les grandes prairies américaines.
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En mars 1847, le P. Bermond se dirigea vers la baie des Canards, et y passa deux mois et demi à y instruire une bande d'Indiens qui ne se montrèrent pas trop rebelles à la voix de la grâce.
Vers la même époque, le P Taché faisait de longs et extrêmement pénibles voyages à la raquette, d'abord au lac Vert, où il baptisa un chef cris, puis au lac Caribou, importante pièce d'eau qui n'avait encore jamais été visitée par l'homme de Dieu. En passant au lac Laronge, il regretta de s'apercevoir qu'il y avait été précédé par un maître d'école protestant qui faisait en même temps les fonctions de ministre. Il arriva au lac Caribou le 5 mars 1847, et, comme les deux nations avaient des représentants sur ses bords, il put constater combien les Montagnais étaient plus près du royaume de Dieu que les Cris.
Le 13 juillet suivant le revit à l'Ile-à-la-Crosse. Il passa l'été à étudier avec M. Laflèche la langue de ses fidèles, auxquels il faisait aussi le catéchisme, tout en préparant leur église ainsi que son propre jardin. Le bourgeois local, M. Eoderick Mackenzie, le bon vieillard dont nous avons déjà mentionné le nom, avait eu la prévenance de faire bâtir un humble logis pour les deux missionnaires.
Le F. Faraud'* fut ordonné le 8 mai de cette même année (1847), et son premier poste fut Wabas-
14. En venant de Montréal, pendant un voyage qui dura trois mois, le P. Faraud manqua d'être tué par sa charrette qui lui passa sur le corps avec sa charge. Il avait alors 23 ans.
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simong, où il accompagna le P. Aubert, supérieur des Oblats dans le pays. Quand ces deux pères en revinrent, M^"" Provencher abandonna ce poste ^^. Des tribus sans nombre réclamaient la présence du missionnaire dans l'ouest et surtout dans le nord. Il jugea qu'il était plus à propos d'envoyer des prêtres là où ils pouvaient faire du bien que de les laisser languir dans une inaction forcée en des places où leurs services n'étaient point appréciés.
Le P. Aubert resta donc à Saint-Boniface avec le vénérable prélat dont il était devenu l 'homme de confiance, pendant que le P. Faraud accompagnait les chasseurs de bison dans leur excursion d'automne.
Puis, après avoir étudié quelque peu le sauteux sous M. Belcourt, qu'il appelle « un prêtre canadien d 'un grand talent et de beaucoup de vertu " », Faraud reçut, en juin 1847, son obédience pour le Grand-Nord. Un voyage de quarante-cinq jours à partir de Saint-Boniface le conduisit à l'Ile-à-la- Crosse, où il causa la plus agréable surprise aux deux pionniers de l'Evangile. Il trouva Laflèche et Taché casés dans une maisonnette en troncs d'arbres couverte en chaume dont l'extrême pauvreté le toucha profondément.
Le P. Taché, affamé de nouvelles conquêtes, prit occasion de l'arrivée du jeune missionnaire pour quitter encore ses humbles quartiers généraux, ce qu'il fit au mois d'août, laissant Laflèche dans la