‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 156 sur 195 · C'est-à-dire un rez-de-chaussée et un étage · texte numérisé non relu

C'est-à-dire un rez-de-chaussée et un étage

3. Comme contrepoids à l'établissement des sœurs, une institution protestante du même genre fut mise sur pied dans le voisinage du fort Garry sous le nom de collège de demoiselles; mais elle ne put jamais rivaliser avec quelque chance de succès avec l'école catholique, malgré le caractère plus humble de celle-ci. Comme les religieuses n'attendaient leur récompense que de l'autre monde et qu'elles n'avaient point à penser à leur avenir personnel, elles ne demandaient qu'un prix nominal pour l'éducation qu'elles donnaient, tandis que les dames protestantes exigeaient de forts salaires.

S'il faut en croire l'abbé G. Dugas (Hist. de l'Ouest canadien, pp. 89-90), une autre circonstance milita contre le succès du collège de demoiselles et finit par causer sa fermeture. La principale de la Maison-Jaune, comme on appelait populairement l'institution protestante, avait l'habitude de quitter son établissement après les heures de classe afin de jouir de la compagnie d'un monsieur du fort Garry. Ces absences eurent pour résultat des entrevues secrètes entre les jeunes filles de cette institution et des élèves du collège anglican de Saint-Jean. Pour couper court aux dires des mauvaises langues, l'établissement de filles fut fermé.

allaient se trouver mêlées. Au point de vue économique et social, l'Assiniboia était alors divisée en deux classes: celle des cultivateurs, en grande majorité de langue anglaise et protestante, et celle des chasseurs à courre ou au piège, métis français presque jusqu'au dernier. Ceux-ci étaient ou bien d'anciens employés de l'une des deux compagnies qui se disputaient originairement la traite des fourrures, ainsi que leurs enfants, ou bien des fils de Canadiens-français venus directement des pays d 'en-bas, comme on disait alors. Les voyages et la chasse au buffle ou aux animaux à fourrure avaient pour ces gens des charmes bien supérieurs à ceux qu'ils pouvaient trouver dans la culture des quelques arpents qu'ils avaient clôturés près de leurs modestes demeures.

Mais depuis la coalition des deux compagnies, en 1821, la corporation qui en résulta était devenue de plus en plus stricte dans la mise en vigueur du monopole commercial qu'elle faisait dériver de sa charte. C'était maintenant un crime non seulement d'acheter des fourrures ailleurs qu'à ses comptoirs, mais même d'en avoir en sa possession.

En 1828, un Canadien du nom de Régis Laurence ayant été accusé d'avoir quelques pelleteries chez lui, un parti d'hommes aux ordres de la Compagnie, défonça sa porte en son absence et s'empara de toutes celles qu'il put trouver dans sa maison.

D'autres citoyens paisibles, français et anglais, furent traités avec le même sans-gêne.

TKOUBLES ET CONSOLATIONS 315

Les documents contemporains nous parlent surtout de deux cas qui eurent le privilège d'exciter la sympathie du public en faveur de ceux qui furent les victimes de la rapacité des traiteurs, et causèrent en même temps un mécontentement proportionné dans toute la colonie. C'étaient ceux de deux Canadiensfrançais et d'un Italien. Les premiers s'étaient établis sur le lac Manitoba après la grande inondation de 1826. Ils étaient très pauvres et trouvaient chaque matin une maigre pitance dans le produit de leurs filets. L'un d'eux était boiteux, et n'aurait pu trouver facilement d'autre moyen de pourvoir à ses besoins personnels. L'Italien était un ferblantier, bien connu comme ne pouvant avoir aucune marchandise à échanger contre des pelleteries, bien que, à défaut d'argent chez les sauvages, il put en de très rares circonstances recevoir une peau comme paiement de ses services.

Les Canadiens n'avaient commis d'autre crime que celui de fréquenter le ferblantier. Ils furent pourtant appréhendés et leur cabane incendiée. On ne permit même pas aux pauvres pêcheurs de retirer du lac leurs hameçons et leurs filets, mais on les fit immédiatement partir pour le fort Garry, où on les tint quelque temps sous les verroux. Quand on les remit en liberté, on leur défendit sous les peines les plus graves de retourner à leur ancien lieu de pêche. Quant à l'Italien, il dut passer quelques mois en prison, et fut ensuite dirigé sur la factorerie de York *.

4. Un peu plus tard, à un poste très éloigné de la Eivière-Eouge, le

316 l'église dans l ouest canadien

Il est facile de s'imaginer que de pareils actes d'oppression ne pouvaient manquer de provoquer de bruyantes protestations chez un peuple si jaloux de sa liberté comme étaient alors les métis. Pour imposer silence et faire peur « aux gens libres » et à leurs amis, on fit venir et on garda quelque temps un corps de 500 soldats. Quand ils retournèrent en Angleterre, soixante-dix vétérans les remplacèrent dans la colonie, lesquels arrivèrent dans l'automne de 1846. L'année suivante, un nombre égal d'anciens soldats les suivirent à la Rivière-Rouge, portant à 140 ou 150 le nombre des militaires qui étaient supposés devoir faire observer l'ordre dans ce pays. Ils étaient sous le commandement d'un major Caldwell.

L'Eglise catholique ne prit point officiellement connaissance du malaise général créé autour d'elle

p. Lacombe ayant un jour eu l'audace de se présenter au bourgeois vêtu d'un pardessus au col duquel il avait, pour se protéger du froid, cousu des bandes de peau de rat musqué, il fut accueilli avec une volée de reproches par le traiteur qui l'accusait de donner le mauvais exemple à son peuple en ne faisant aucun cas des règlements de la Compagnie. Pour apaiser le commerçant, le P. Lacombe dut enlever Içs malencontreux morceaux de peau de rat.

Dans un essai important, quoiqu'un peu partial, sur la colonie de la Eivière-Eouge, M. Belcourt donne les exemples suivants d'une conduite qu'il est difficile d'excuser: "Une fois [les fonctionnaires de la compagnie de la baie d'Hudson] saisirent les effets d'un chasseur parce qu'ils soupçonnaient qu'U pourrait lui arriver d'en échanger quelques-uns des Indiens pour des fourrures. Une autre fois, ils firent emprisonner un chasseur pour avoir donné l'un de ses pardessus à un sauvage pour à peu près sa valeur en peaux de rat. Ils refusent aussi de permettre aux missionnaires de recevoir des pelleteries pour le soutien du culte public, alors que les Indiens ne peuvent obtenir de la Compagnie la moindre somme d'argent pour les fourrures, et ils défendent aux missionnaires d'acheter du cuir ou des peaux pour protéger leurs pieds du froid " (Appendice à J.-W. Bond, Minnesota and ils Resources, p. 339; Eedfield, 1853).

TKOUBLES ET CONSOLATIONS 317

par les vexations de la Compagnie; mais quelquesuns de ses représentants, en tant qu'individus, ne purent s'empêcher de montrer leur sympathie pour les opprimés, d'autant plus que la validité de la charte qu'on invoquait constamment pour justifier pareils actes était alors, et est restée, plutôt problématique.

Dès 1845, nous voyons Provencher noter le fait que 170 dragons (du premier contingent de soldats mentionné plus haut) parcouraient la prairie et avertissaient les chasseurs qu'à l'avenir leurs opérations ne seraient point tolérées.

Cette défense eut pour résultat immédiat une pétition par laquelle ceux des métis qui vivaient dans le sud de la colonie demandaient au Congrès des Etats- Unis de les protéger dans leur droit de chasse immémorial, et déclaraient qu'ils étaient prêts à devenir citoyens américains et à relever la colonie de Pembina. Aucun membre du clergé catholique n'eut rien à faire avec cette démarche plutôt précipitée. Nous allons voir, au contraire, que le seul prêtre qui fut un tant soit peu mêlé aux troubles qui s 'ensuivirent exprima les sentiments de la plus grande loyauté aux institutions britanniques dans la pièce qu'il prépara pour obliger les métis de la Rivière-Rouge.

Ce prêtre était M. Belcourt, l'idole de la population française.

Les colons de langue anglaise furent plus lents à agir; mais en ce qui était de la question du monopole commercial, des droits d'entrée excessifs et

318 l'église dans l'ouest canadien

d'autres matières du même genre, tout individu non inféodé à la Compagnie pensait que son joug devenait insupportable.

C'est pourquoi, au commencement de 1847, deux pétitions demandant un remède à la situation furent envoyées à la Eeine; l'une en anglais rédigée par un Assiniboyen instruit, M. A.-K. Isbister et signée par cinq autres Anglais; l'autre en français, qui avait été préparée par M. Belcourt et à laquelle 997 signatures étaient apposées.

Le document français demandait une mitigation du monopole, une magistrature indépendante du contrôle de la compagnie de la baie d'Hudson et le droit de disposer des terres en faveur de nouveauxvenus, avec la permission de se servir temporairement du revenu qui en résulterait pour améliorer les moyens de communication avec le monde extérieur. Le factum de M. Belcourt se terminait par la déclaration suivante :

« Nous sommes près de la ligne territoriale ; nous pourrions nous ranger sur le territoire voisin ; nous y sommes invités; mais nous admirons la sagesse de la Constitution britannique et nous en désirons les privilèges. Le désir sincère qu'a notre auguste Eeine de rendre tous ses sujets heureux est connu jusqu'ici et au-delà; nous espérons donc tout de sa clémence. En nous exauçant elle fera des lieureux \ » On ne saurait nier que cette pétition ait été écrite

Page 1