CHAPITRE V
Pendant que ces arrangements se faisaient pour le plus grand bien des âmes, la personne qui en était l'objet principal continuait ses travaux apostoliques à quelque 1,500 milles au nord de Saint-Boniface, sans songer le moins du monde à la haute destinée qu'on lui préparait. En 1849, un courrier lui avait apporté, à lui et à son socius le P. Faraud, la nouvelle de la révolution en France, laquelle allait, disait-on, réduire notablement les recettes de l'œuvre de la Propagation de la Foi. En prévision de cette éventualité, le P. Aubert, supérieur des deux misionnaires, donnait à entendre qu'on devrait probablement abandonner leur mission dans un avenir prochain.
A cette nouvelle, ils écrivirent immédiatement la lettre suivante qui mérite d'être reproduite en entier :
« La nouvelle que contient votre lettre nous afflige, mais ne nous décourage pas ; nous savons que vous avez à cœur nos missions, et nous ne pouvons pas supporter l'idée d'abandonner nos chers néophytes,
nos nombreux catéchumènes. Nous espérons qu'il vous sera toujours possible de nous procurer des pains d 'autel et du vin pour le saint Sacrifice. A part cette source de consolation et de force, nous ne vous demandons qu'une chose : la permission de continuer nos missions. Les poissons du lac suffiront à notre existence, les dépouilles des bêtes fauves à notre vêtement. De grâce, ne nous rappelez pas ^. »
Tout commentaire ne pourrait qu'affaiblir l'arome d'héroïsme qui se dégage de ces lignes.
Il nous suffira de remarquer que la prière des zélés missionnaires fut exaucée. On les laissa continuer leurs travaux, aidés depuis le mois de juillet 1846, par le F. Dubé qui se chargea des intérêts temporels de leur établissement à l'Ile-à-la-Crosse.
C'est à cette même époque qu'il faut reporter la fondation (8 septembre 1849) de la mission du lac Athabaska. Le P. Faraud en fut le premier titulaire, et, en raison de la date de ses premiers jours, il la mit sous le vocable de la Nativité.
Il nous faut aussi compter parmi les événements de bonne augure au crédit de cette même année le passage à la Rivière-Rouge d'un prêtre qui devait avant longtemps s 'enrôler sous la bannière de Marie Immaculée dans la congrégation des Oblats. Dans une lettre à M^"" Turgeon en date du 30 novembre 1849, Provencher dit que « M. Lacombe nous a bien plu ». Cette simple mention doit suffire pour le pré-