‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 167 sur 195 · Vingt Années de Missions, p · texte numérisé non relu

Vingt Années de Missions, p

sent. Ce nom reviendra plus d'une fois sous notre plume dans les pages qui vont suivre.

Au printemps de 1850, les PP. Maisonneuve et Tissot remplacèrent le P. Faraud à Plle-à-la-Crosse, et se mirent à apprendre de leur mieux les langues indiennes sous la direction du P. Taché qui, depuis le départ de M. Laflèche, était le supérieur de ce poste.

Sur le lac Manitoba, le P. Bermond s'efforçait avec assez peu de succès de dresser les Sauteux au joug de l'Evangile. Son but était de faire venir les anciennes ouailles de M. Darveau s'établir sur cette pièce d'eau, au lieu de fréquenter exclusivement le lac Winnipegosis, ce qui aurait rendu bien plus facile la desserte de leur mission et les aurait en même temps éloignés de ceux des leurs qui étaient passés au protestantisme. Mais le vieux levain d'animosité et d'indépendance introduit parmi eux par le catéchiste indien dont nous avons parlé dans un précédent chapitre persistait, malgré les efforts du prêtre, et l'on assure même que la vie du P. Bermond fut au moins une fois en danger au milieu d'eux.

De l'Ile-à-la-Crosse, le P. Taché était allé visiter différents camps de Dénés (Montagnais) et de Cris séparés les uns des autres par de grandes distances, lorsque, de retour à sa mission, il fut comme foudroyé, en février 1851, par la nouvelle de son élévation à l'épiscopat. Son évêque le mandait à Saint- Boniface, et son propre supérieur religieux lui écri-

vait dans le même sens. Le jeune prêtre n'avait qu'à obéir.

A Saint-Boniface il trouva une lettre de M^'^ de Mazenod, qui lui ordonnait, au nom de la sainte obéissance, de partir immédiatement pour Marseille. Le fondateur des Oblats voulait voir ce jeune fils dont OQ lui disait tant de bien.

Aux pieds du prélat, dont le port majestueux en aurait imposé s'il ne se fut montré si paternel, le jeune missionnaire crut qu'il pourrait encore écarter le fardeau dont ses faibles épaules étaient menacées. Mais de Mazenod savait ce qu'il voulait, et il n'était pas homme à changer d'opinion une fois qu'il s'était persuadé que telle ou telle mesure était nécessaire au bien de l'Eglise.

— Tu seras évêque, lui déclara-t-il donc sur ce ton de familiarité qu'il affectait avec la plupart de ses enfants spirituels.

— Mais, Monseigneur, mon âge, mes défauts, telle et telle raison?

— Le Saint-Père t'a nommé, et lorsque le Pape parle, c'est Dieu qui parle.

— Pourtant, Monseigneur, je voudrais rester Oblat.

— Certes, c'est bien ainsi que je l'entends.

— Mais la dignité épiscopale semble incompatible avec la vie religieuse.

— Comment ! la plénitude du sacerdoce exclurait la perfection à laquelle tout religieux doit aspirer?

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Puis, se redressant de toute sa taille avec la noble dignité qui le caractérisait:

— Personne n'est plus évêque que moi, dit-il, et bien sûr personne n'est plus Oblat non plus ^

Taché fut donc sacré le 3 novembre 1851, à Viviers, dans le sud de la France. Puis il fut nommé vicaire des missions ^ du Nord-Ouest canadien. Il se rendit peu de temps après à Rome, où il obtint que le titre d 'évêque du Nord-Ouest que portait M^ Provencber, et qui n'avait pas grand sens, fut changé en celui d 'évêque de Saint-Boniface.

Dans son zèle pour la propagation de la foi catholique, le titulaire du nouveau siège avait demandé à une autorité bien différente, la compagnie de la baie d'Hudson, la permission d'établir une mission permanente à la factorerie de York pour les employés catholiques qui s'y trouvaient, ainsi que pour ceux des Indiens qui se sentiraient attirés à professer cette foi. Et comme il connaissait la répugnance de certains personnages pour une pareille fondation, Provencher avait cru bon de s'effacer et de laisser le coadjuteur de Québec, l 'évêque de Montréal et ceux de Martyropolis et de Bytown (Ottawa) transmettre eux-mêmes sa requête.

Néanmoins cette permission fut refusée, sous prétexte que « la collision des croyances hostiles qui ne

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