‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 174 sur 195 · Ap. Sapport, juillet 1847, p · texte numérisé non relu

Ap. Sapport, juillet 1847, p

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Un quatrième besoin avait depuis quelque temps cherclié à s'imposer à son attention. Le prêtre qui restait avec lui à Saint-Boniface avait généralement la direction de son collège. Mais tout le monde n'a pas les qualités requises pour semblable position, et il aurait voulu obtenir pour cela les services de frères enseignants. On lui avait parlé des Clercs de Saint- Viateur, déjà établis au Bas-Canada. Il essaya donc d'en avoir pour son diocèse; mais, après les pertes causées par l'inondation de 1852, ses ressources ne suffisaient plus à défrayer les dépenses inhérentes à pareille fondation ^ Comme la mort semblait le suivre de près, il ne put mûrir ce plan et en assurer l'exécution.

En se levant, le matin du 19 mai 1853, il fut pris d'une attaque d'apoplexie, qui le laissa étendu sans connaissance sur le parquet de sa chambre.

C'était un samedi.

Après être revenu à lui, il put à peine parler, et il passa la nuit suivante sans prendre aucun repos.

2. Elles ne lui permettaient même pas de mettre la dernière main à sa cathédrale, qui avait besoin de réparation avant d'être achevée, comme on le verra par la description qu'en fait un protestant qui la visita en 1851. " Les catholiques ", écrit-il, " ont une grande cathédrale en pierre bâtie en 1832 et encore inachevée, en face du fort d'en-haut et de l'embouchure de l'Assiniboine. Ses immenses murs massifs comme ceux d'ime prison, sont fendus et en mauvais état. Elle est surmontée de deux clochers, dont l'un est terminé, tandis que la charpente de l'autre s'élance seule dans l'air, déjà noircie par le temps. On était à renouveler l'intérieur, auquel travaillaient des charpentiers; on peignait les courbes de la voûte, et des ouvriers montés sur des échaffaudages la décoraient de peintures très artistiques formant guirlandes et festons de fleurs. On me dit que les sœurs du couvent tout à côté allaient se charger de cette partie du travail, bien qu'elles n'aient pas été là quand je m'y rendis " (Bond, Minnesota and its Besources, p. 326).

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Il voulut pourtant assister à la sainte messe et dire son office, ce que ses assistants, M. Laflèche et le P. Bermond, durent se résigner à le laisser faire, vaincus qu'ils étaient par ses instances après qu'ils lui eussent quelque temps caché son bréviaire pour l'en empêcher.

Il fut dans une espèce de délire presque toute cette semaine, et reçut les derniers sacrements le 24. Puis, dans la soirée du 7 juin, après avoir béni son peuple, ses prêtres absents, les deux qui l'assistaient et les sœurs, il rendit doucement le dernier soupir.

Deux jours après, une messe solennelle de requiem fut chantée dans la chapelle des sœurs, et le 10 sa dépouille mortelle fut portée à la cathédrale, où le dernier service funèbre fut chanté en présence du major Caldwell, gouverneur de l'Assiniboia, des officiers de la baie d'Hudson présents au fort Garry, et d'un grand nombre de protestants, qui ajoutèrent le tribut de leurs regrets à l'hommage de la vénération et à l'effusion des ferventes prières des catholiques de Saint-Boniface et des environs.

Inutile d'appuyer sur les mérites du premier évêque de Saint-Boniface. Il est jugé par ses œuvres, et nous les connaissons maintenant quelque peu. Il appartenait à l'ancienne école de stricts ecclésiastiques qui ne connaissaient point de compromis quand il était question du devoir. Il était remarquable par son dévouement pour son troupeau, l'intérêt qu'il prenait à la chose publique, son bon sens pratique qui le portait à se défier de toute entreprise

hasardeuse, une piété sincère et une excessive bonté de cœur ^

Le fait que ses relations avec l'un de ses prêtres étaient le plus souvent tendues montre simplement que même les meilleurs parmi les instruments de Dieu sur la terre restent humains, et que deux esprits peuvent très bien tendre au même but tout en différant sur les moyens de l'atteindre. Par cet homme, sur lequel ne pesait point la responsabilité d'un diocèse, il fut accusé d'excessive parcimonie; mais nous ne craignons aucunement d'être contredit par quiconque a étudié sa correspondance et celle de M. Belcourt en affirmant hautement que c'était plutôt de sa part l'effet d'une prudence consommée et d'une largeur de ^nies qui lui faisait préférer le bien général aux intérêts particuliers. Il vécut pauvre et ne laissa rien à ses héritiers. D'autre part, le souvenir de son extrême charité et de ces petites libéralités que lui permettait son propre dénuement est encore

3. Comme exemple de cette dernière qualité, nous choisissons le trait suivant. Il avait tué un pore dont il avait laissé la carcasse suspendue pour la nuit sous un hangar. Vers minuit, sa servante vint l'avertir que quelqu'un l'emportait furtivement. Proveneher avait 6 pieds 4 pouces et était d'une force peu commune. Il eut vite rejoint le voleur.

— Arrête, lui eria-t-il; n'emporte pas tout: je n'ai rien autre chose à manger.

— Ni moi non plus, fit le voleur; mes enfants n'ont pas mangé depuis deux jours.

— Eh bien ! dit l'évêque, ce n'est pas une raison pour voler. Eemporte cette viande au hangar, et je vais t'en donner la moitié; ainsi nous aurons tous les deux de quoi manger.

Ce qui fut dit fut fait, et l'un et l'autre furent contents de cet arrangement: l'un avait gardé la moitié de son animal, qu'il aurait pu perdre entièrement; l'autre avait gagné la seconde moitié, à laquelle il n'avait aucun droit.

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vivace dans la vallée où il passa plus de trente années de sa vie.

M. G. Dugas, son biographe, nous dit que sa réputation de sainteté était telle, même parmi les protestants, que l'un de ceux-ci lui demanda un jour de chanter deux grand 'messes pour attirer les bénédictions du ciel sur les récoltes, démarche qui montre en même temps la grande harmonie qui régnait alors parmi toutes les classes à la Rivière-Rouge *.

La sœur ConnoUy, fille d'un ancien bourgeois de la Colombie Britannique, avait des raisons toutes spéciales de l'aimer comme un second père. Sur ses vieux jours, elle ne se lassait point de raconter comment, un jour que ses compagnes étaient occupées au travail des champs, il les avait par ses prières, débarrassées de nuées de moustiques qui s'acharnaient après elles. Elle assurait aussi qu'en une autre circonstance les pauvres sœurs s 'étant lamentées de l'inutilité de leurs sueurs devant les ravages causés par les chenilles, le saint prélat avait été cause, par la fervente récitation de son bréviaire, que les insectes s'étaient dirigés vers la rivière, où ils s'étaient noyés.

Il y a encore dans l'Ouest un certain nombre de vieillards qui ont connu M^"" Provencher. Ils sont unanimes à proclamer son extrême charité et sa grande simplicité. Personne ne fut jamais plus que lui le père du peuple. Il était comme oppressé par

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