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Lettre de Paris, 18 déc

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Pendant sa visite au Canada, il répéta ses efforts en faveur de l'œuvre de la Propagation de la Foi. Non seulement il réussit au point de vue financier, mais il y fit l'acquisition d'un jeune prêtre qui devait passer plus de cinquante ans dans ses missions lointaines. C'était l'abbé Zéphyrin Gascon, qui allait peu après faire une sorte de noviciat ambulant dans le district du Mackenzie avant de pouvoir ajouter à son nom les mystérieuses initiales 0. M. I.

Le prélat profita aussi de son passage dans l'Est pour compléter avec les supérieures des sœurs grises les arrangements qu'il avait conclus à Marseille en ce qui regardait la congrégation des Oblats. Il ne leur cacha point que, dans les pauvres missions où il voulait les avoir, la vie était excessivement précaire, de fait ni plus ni moins qu 'une série de privations. Mais les religieuses ne voulurent point se laisser vaincre en générosité, et elles résolurent d'aller jusqu'au bout dans la voie des sacrifices dans laquelle elles s'étaient engagées en 1844.

Le séjour de M^ Taclié au Canada dura cinq mois, dont une partie fut employée à surveiller l'impression de ces livres indiens que nous l'avons vu préparer au lac Athabaska en compagnie du P. Faraud. Ainsi furent imprimés des livres de lecture et de prières en langue crise et avec des caractères ordinaires, ainsi que d'humbles ouvrages montagnais avec des signes syllabiques. Les uns et les autres devaient plus tard rendre notamment plus facile l 'instruction des Indiens des plages glacées du Nord.

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En rentrant dans son diocèse, il passa un jour avec ce missionnaire dévoué, mais au ministère plus ou moins stérile, M. Belcourt, qu 'il trouva « dans une position très pénible » à Pembina. Le 6 novembre 1857, il se reposait à l'ombre de sa cathédrale « aux tours jumelles ^ ». Grande fut sa joie de se retrouver avec ses frères et coopérateurs, les Oblats. Cette joie fut pourtant quelque peu tempérée par l'absence d'une figure qui avait disparu de Saint-Boniface peu de temps avant son retour. Après onze ans de bons services à la Rivière-Eouge, le P. Bermond avait quitté ce pays le 25 août de cette même année. Ses grands talents administratifs et la solidité de son jugement l'avaient désigné à l'attention de ses supérieurs, et il avait été envoyé en qualité de visiteur général aux établissements que son institut possédait sur la côte du Pacifique. Les sages règlements qu'il laissa à ses frères de ces missions lointaines sont encore mentionnés avec respect par les successeurs des pionniers qu'il visita alors au nom de leur commun père, M^ de Mazenod.

Sa tâche accomplie à l'ouest des montagnes Rocheuses, le P. Bermond retourna en France *.

La perte d'un sujet si précieux fut compensée par l'arrivée des PP. Frain et Eynard, accompagnés du F. Kearney. Ces missionnaires avaient profité de la générosité de Sir George Simpson et avaient été les

3. V. le Bed Biver Voyageur, fameux poème de Wliittier, Appendice C.

4. Où il fut nommé supérieur de l'une des principales maisons de son ordre.

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premiers prêtres à faire la traversée d'Angleterre à la baie d'Hudson depuis les jours de M. Bourke, d'originale mémoire. Ils atteignirent la Eivière- Rouge à peu près un mois avant M^ Taché lui-même. Ils y avaient été précédés deux mois plus tôt par quatre autres Oblats, le P. Lefloch, le F. scolastique Isidore Clut, et les FF. convers Salasse et Perréard.

Ces recrues rendirent possible l'érection de Saint- Norbert en paroisse régulière (1857). Le P. Lestanc, qui avait momentanément succédé au P. Bermond comme supérieur des Oblats de Saint-Boniface, fut envoyé à ce nouveau poste avec le P. Eynard et le F. Kearney comme assistants. Les autres nouveaux venus attendirent à l'évêché leur obédience pour l'une ou l'autre des missions du nord.

Entre temps, le F. Clut fut ordonné prêtre le 20 décembre 1857, ce qui porta à quatorze le nombre des pères oblats dans le diocèse. Il y avait en outre deux prêtres séculiers, M. Z. Thibault et le jeune M. Gascon. De plus, les intérêts temporels des divers établissements religieux du pays étaient, dans une certaine mesure, entre les mains de frères convers dont le nombre s'élevait alors à six dans les limites du même territoire.

Au fort Garry, la capitale civile de ce territoire, juste en face de Saint-Boniface, l'évêque trouva un sujet de légitime fierté dans les résultats de l'éducation qu'avait donnée son prédécesseur. Depuis 1855, François Bruneau, l'ancien élève de M^ Provencher, occupait un siège au Conseil colonial, mon-

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trant par là que si ce prélat n'avait pas réussi à faire des prêtres de l'élément métis qu'il avait sous la main, il n 'en avait pas moins formé avec les mêmes matériaux des citoyens honorables qui s'étaient acquis l'estime et le respect de tout le monde % en un mot des gens qui faisaient honneur à l'éducation qu'ils avaient reçue. Peu avant le retour de Taché, le 19 septembre 1857, trois autres métis français étaient admis dans le cercle privilégié du même Conseil d'Assiniboia. C'étaient Pascal Breland, Maximilien Genton et Salomon Hamelin.

Enfin M^"" Taché lui-même y fut reçu comme successeur de M^"" Provencher le 3 juin 1858. Son séjour à l'Ile-à-la-Crosse et ses nombreux voyages dans le nord et, plus récemment, en Europe ne lui avaient pas permis de prendre plus tôt la place qui lui revenait dans cette assemblée d'élite.

Nous pourrions, à ce propos, mentionner une petite modification qui, en cette circonstance, fut

5. François Bruneau avait été membre d'un comité nommé par L. Eiel en vue d'obtenir la mise en liberté de W. Sayer en 1849. Il mourut de la fièvre typhoïde dans l'été de 1865, avec onze membres de sa famille. L'historien J.-J. Hargrave dit à ce propos : " L'une des victimes qui fut le plus généralement regrettée fut M. François Bruneau, métis français et juge de paix très utile et très respecté. Il était le principal conseiller choisi pour représenter sa race, parmi laquelle son influence était très grande. "

Le lecteur doit se rappeler la déclaration du premier missionnaire protestant à la Eivière-Eouge, d'après laquelle il était dans son temps " difficile de faire une peinture exacte de la dégradation morale " des métis, non moins que son assertion tout aussi emphatique que le système suivi par les prêtres catholiques du Canada ne devait servir en aucune manière à améliorer les mœurs du peuple. A coup sûr, le changement dans leurs mœurs ne pouvait s'attribuer à notre civilisation si vantée, puisque celle-ci ne leur offrait guère autre chose que du rhum et du whiskey.

apportée à la procédure usuelle. Au lieu de parler de prestation de serment, le compte rendu du Conseil dit simplement que « le seigneur évêque de Saint-Boniface affirma qu'il remplirait avec soin les fonctions de conseiller d'Assiniboia, et prit son siège comme conseiller». Une particularité du texte anglais frappe aussi dans le cas de cette réception. Il parle de M^ Taché comme ayant été reçu counsellor, c'est-à-dire aviseur, au lieu de councillor, ou conseiller, ce qui, de la part du greffier, peut n'avoir été qu'une faute d 'inadvertance.

Ce qui paraît avoir été bien intentionnel, c'est le titre de seigneur évêque. Lord Bishop, donné à M^ Taché en cette circonstance et dans toutes les autres analogues qui se présentèrent ensuite. Cette politesse excita l'ire d'un Rév. Griffith-Owen Corbett, le pasteur anglican de Headingly, sur l'Assiniboine, qui devait peu après acquérir une bien triste notoriété dans la colonie ®. Dans le journal local, le N or' IV ester, fondé le 28 décembre 1859 par deux Canadiens-Anglais, MM. Buckingham et Coldwell, ce ministre protesta contre la faveur qu'on faisait à un évêque « romain » en lui conférant un titre qui était réservé aux prélats de l'Eglise d'Angleterre.

M. Qram, un converti du protestantisme qui était venu de l'Est pour prêter main-forte aux Oblats de la Rivière-Rouge en qualité de prêtre séculier, releva

6. Accusé de conduite scandaleuse, il fut condamné après un procès retentissant.

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le gant et défendit dans la même publication ^ l 'action du greffier du Conseil. Dans cette tâche, de l'aide lui vint d'un milieu auquel il n'aurait jamais pensé. Ce n 'était autre que Louis Riel, le meunier de la Seine ^, comme on commençait à l'appeler, lequel, dans un style que l'Académie n'aurait point couronné, se fit également le champion de la rédaction du procès-verbal du dit Conseil.

Le résultat fut que, de l'avis de tous les gens bien pensants, M. Corbett avait soulevé une tempête à propos de rien, et l'on continua à qualifier M^"" Taché de seigneur évêque.

Le rôle que joua M^"" Taché dans cette assemblée fut loin d'être anodin. L'un de ses premiers actes comme législateur fut de présenter, de concert avec l 'évêque de la Terre de Rupert, une pétition des

7. Cette feuille paraissait tous les quinze jours, et l'abonnement en était originairement de 12 chelins (14 fr. 40) par an.

8. En raison du caractère historique de ce métis et de sa si proche parenté avec le Louis Eiel de 1869 et de 1885, quelques détails inédits sur les circonstances qui lui valurent le surnom presque aussi historique de " meunier de la Seine " ne seront peut-être pas hors de propos ici. Le 9 déc. 1852, il envoya au Conseil d'Assiniboia une pétition dans laquelle il était dit : " Votre moulin à farine n'a pas été en opération une seule fois depuis cinq ans. Comme il ne semble pas qu'il doive être plus encouragé à l'avenir, je prends la liberté de vous adresser ce billet pour savoir si vous le vendriez. Comme je suis sur le point d'élever un moulin sur la Seine, cette bâtisse me conviendrait bien. "

Cette communication était signée Louis Rielle.

En réponse, l'évêque de Saint-Boniface, M. Laflèche et le Dr Bunn furent constitués en comité à l'effet de vendre la bâtisse seule. Le 29 mars de l'année suivante, ce comité " fit rapport que M. Louis Rielle consentait à donner £15 pour le tout, excepté le moulin même, à condition qu'on lui donnât jusqu'au mois de décembre pour payer cette somme ". Il fut alors statué que M. Laflèche lui ferait savoir qu'il recevrait une livre sterling pour enlever la partie de la propriété qui n'avait pas été vendue, mais qu'il devait trouver pour les autres £14 des sécurités suffisantes aux yeux de M. Laflèche.

membres de la paroisse anglicane de Saint-Jean contre l'hydre de l'intempérance qui commençait à relever la tête. On s'était mis à importer des spiritueux des Etats-Unis, et les pétitionnaires demandaient qu'une taxe ou droit fut imposée sur chaque gallon qui entrait dans le pays, ou bien que des permis dont la concession ne se ferait que moyennant le paiement d'une somme presque prohibitive fussent exigés pour avoir le droit de les débiter dans la colonie.

Une requête identique fut alors présentée (9 décembre 1858) au nom de la paroisse de Saint- André, tandis qu'une troisième, rédigée en français, relatait qu'une nombreuse assemblée s'était tenue trois jours auparavant à l'évêché de Saint-Boniface, qui avait unanimement approuvé une semblable mesure. L'un des signataires du document français était M. Amable Thebeault, probablement le frère de M. Thibault, qui était alors, comme nous l'avons vu, établi à Saint-Boniface.

Si les excès dus à l'usage immodéré des boissons enivrantes étaient une source d'anxiété pour l'évêque catholique, les résultats de ses écoles faisaient plus que contrebalancer les peines que les premiers pouvaient lui causer. Nous avons déjà vu le relèvement social opéré par les écoles de garçons ; il était maintenant patent pour tout homme de bonne foi que les établissements similaires à l'usage des filles étaient tout autant à la hauteur de leur tâche. Voici, en effet, ce que nous lisons dans le rapport du directeur d'un

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parti d'ingénieurs civils envoyé par le gouvernement du Haut-Canada, un M. S.-J. Dawson, dont le nom a depuis été associé à une fameuse voie publique qui reliait le lac des Bois à la rivière Rouge, et qui visita l'école des sœurs de Saint-Boniface en 1858:

« Les sœurs grises ont un grand établissement juste en face de l'embouchure de l'Assiniboine et un autre, moins important, sur la plaine du Cheval- Blanc. Ces dames se dévouent surtout à l'éducation des enfants d'origine mi-canadienne et mi-indienne, et les résultats de leur zèle, de leur piété et de leur persévérante industrie sont manifestes dans le relèvement social de la race pour l'amour de laquelle elles se soumettent sans murmurer à une vie de labeur ardu et de privations ^. »

Cette appréciation des travaux des religieuses de la Rivière-Rouge ne pouvait être plus juste. Car il faut bien remarquer que les bonnes sœurs maniaient aussi facilement la faucille et d'autres instruments agricoles que ceux qui sont communément associés dans notre esprit avec leur sexe, tels que l'aiguille, les cardes et le rouet.

Un autre voyageur encore plus distingué, un protestant avec des idées bien tranchées concernant les questions religieuses, était le comte de Southesk qui visita la Rivière-Rouge un an plus tard. Ce qu'il dit des bonnes sœurs de Saint-Boniface est typique. Ce gentilhomme jugeait leur institution tout aussi favo-

• 9. Report of the Exploration of the Country hetween Ldke Superior and the Bed Biver, p. 24; Toronto, 1859.

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rablement ; mais il considérait à un différent point de vue et ses résultats et la personnalité de celles qui la dirigeaient. Voici ce qu'il notait dans son journal à la date du 6 juin 1859 :

« Lundi, nous passâmes, le Dr Eae et moi, une heure très agréable à visiter le couvent catholique romain, grâce à une lettre d'introduction pour la supérieure due à la bonté de M^ Taché. C 'était surtout un établissement d'éducation sous la direction de religieuses qui étaient, je crois, des sœurs de charité. Elles portaient un habit extrêmement original et joli. La robe, qui serrait la taille, était couleur de faon, avec des manches carrées et ouvertes au poignet. Par-dessus était une jupe de coton bleu foncé parsemé de petits points blancs, laquelle, ne descendant qu'à peu près à six pouces du sol, laissait voir en dessous une étroite bande de brun de faon. Un fichu d'épaisse étoffe noire couvrait les épaules et se croisait sur la poitrine. Un bonnet pochant de cette dernière couleur recouvrant un serre-tête blanc et sans ornements complétait leur costume. Un crucifix doré pendait à une ceinture passée autour de la taille. Elles portaient des mocassins au lieu de souliers, selon la coutume générale du pays, à laquelle même les évêques se conforment.

« Ces excellentes religieuses instruisaient une quarantaine d'enfants appartenant surtout à la population française ^^ Nous eûmes le plaisir de voir

10. H est probable que l'auteur ne mentionne ici que les "pensionnaires.

Mgr GEANDIN, O. M. I.

quelques-unes des élèves que la Sœur C — " eut l'obligeance d'envoyer cherclier et qui leur demanda de nous donner quelque échantillon de leurs progrès en musique. Deux gentilles brunettes de quatorze ans vinrent jouer plusieurs morceaux sur un piano que j 'admets avoir été surpris de voir dans ce pays lointain et inaccessible. Deux jolies petites filles aux cheveux blonds prirent leur place et, comme les autres, jouèrent d'une manière agréable et tout à fait à leur honneur.

« Cette institution avait la réputation d'être très utile et très populaire, et l'on assurait qu'elle était remarquablement bien tenue sous tous les rapports ^^ »

Comme nous l'avons vu, M. Dawson parle de deux couvents. Un troisième fut, très peu de temps après son passage, élevé dans la nouvelle paroisse de Saint-Norbert. Il fut ouvert le 29 décembre 1858, et les fondatrices en furent les sœurs Laurent et Dandurand^^ L'évêque présida lui-même leur installation et dota leur établissement d'une terre de quatre chaînes de large et allant de la rivière au grand chemin, sans compter une autre de six chaînes de large et de deux milles de long sur la rive orientale de la Rouge qu'il lui donna également.

Pendant que M^ Taché inaugurait ainsi la politique d'extension du champ d'action des religieuses

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