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A Mgr de Mazenod, supérieur général des Oblats

15, I Cor, I, 27; texte choisi par Mgr Grandin pour sa devise.

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cité et de sqn innocence, non moins que de la rectitude de son jugement, qualités auxquelles il fallait maintenant ajouter un zèle et un dévouement dont il avait déjà donné mainte preuve.

— Pensez-vous quelquefois à Dieu, mon enfant? avait un jour demandé au jeune Grandin un grand prélat qui était en même temps un fameux théologien ^°.

Ce à quoi le pauvre garçon, tremblant à la pensée de ce qui pouvait lui manquer sous ce rapport, avait répondu en rougissant:

— Quelquefois je n'y pense pas ; réponse vraiment sublime dans sa simplicité.

Mais Dieu pensait à lui, et ses supérieurs ne l'oubliaient point non plus. En prévision de sa promotion qui était considérée comme imminente, on l'avait fait venir à l'Ile-à-la-Crosse, où il l'apprit en juillet 1858. Inutile de nous attarder à décrire son étonnement et ses protestations en recevant pareille nouvelle. Ceux qui ont connu personnellement le saint qu'était M^"" Grandin peuvent sans difficulté s'imaginer ses craintes, pour ne pas dire ses terreurs, en cette occasion ^''.

16. Mgr Bouvier, évêque du Mans, France, et auteur d'un célèbre cours de théologie.

17. Il écrivait longtemps après: "Je ne voyais en moi rien qui put justifier ce choix excepté cette vérité proclamée par saint Paul: Infirma mundi elegit Deus. Je n'avais aucune d-^s qualités nécessaires à un missionnaire, excepté le désir de servir Dieu et de le faire aimer, que je partageais avec mes frères en religion, et surtout une paire de grandes jambes qui me permettaient de voyager à la raquette. " Et il se plaisait à répéter: "Si j'ai été fait évêque, c'est à cause de mes jambes et non à cause de ma tête. " Il va sans dire que le saint prélat était le seul de cette opinion.

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Alors même qu'il eût été accessible aux attaques de la vaine gloire, certaines difficultés qui surgirent alors à l'Ile-à-la-Crosse l'eussent bien vite précipité de son piédestal.

Nous avons déjà eu Poccasion de faire allusion à une vague de mécontentement qui avait un moment agité les néophytes de cette mission. Pour la seconde fois, et toujours à cause de cliangements dans leur clergé, quelques-uns d'entre eux avaient donné des signes de mauvaise humeur qui frisaient l'insubordination, lorsque tout à coup un événement des plus singuliers les transforma en révolte ouverte.

Nous savons que tous les aborigènes américains, mais surtout les crédules Dénés, ajoutent la plus grande foi aux songes, et que par ailleurs leur simplicité même les expose à devenir la dupe du premier halluciné venu. Or un beau matin un jeune homme des environs de l'Ile-à-la-Crosse se leva avec la ferme persuasion qu'il était le Fils de Dieu, et, tout étrange que cela puisse paraître à quiconque ne connaît pas la mentalité de ces Indiens, il trouva une foule de partisans dans sa propre tribu. En peu de temps, tout fut sens dessus dessous parmi les indigènes. A sa voix, ses adeptes brûlèrent tout ce qu 'ils possédaient, tuèrent leurs chiens, détruisirent leurs fourrures et se défirent de leurs plus beaux habits.

Ces innovations eurent leur origine à quelque distance de la mission même. Pour couper court au mal et en prévenir l'extension, le P. Grandin crut de son devoir d'aller en personne réduire à néant les

prétentions du fils de Sas-hhè («Pieds d'Ours»), qui se prétendait le Fils de Dieu. Dès que l'énergumène l'eut aperçu:

— Viens, mon fils, lui cria-t-il, viens et je vais te faire voir des merveilles. Tu vas voir les tables de Moïse. Théos! Théos ''!

Il tenait en main un rouleau d'écorce de bouleau magique qui avait au moins six pieds de long, avec lequel îl se mit à frapper le missionnaire interdit qui dut battre en retraite dans la direction de son canot. Puis, comme un des compagnons de Grandin n'avait pas eu le temps de se rembarquer, le prêtre revint sur ses pas dans le but de montrer aux pauvres dévoyés qu'ils avaient affaire à un imposteur ou à un cerveau déséquilibré, puisque le fils de Piedsd'Ours ne pourrait pas prouver ce dont il se vantait, à savoir qu'il comprenait toutes les langues. Il le questionna en français et en latin; mais l'Indien voulut se tirer d'affaire en déclarant que de tels idiomes n'étaient point faits pour des Montagnais, et qu'il ne lui plaisait pas de montrer devant pareils ignorants à quel point il les possédait.

Mais les facultés intellectuelles de ses compatriotes paraissaient avoir été momentanément obscurcies par l'effet d'une imagination surexcitée. Pourtant, même dans la foule des sauvages qui entouraient le soi-disant Fils de Dieu, Grandin en

18. Mot grec signifiant: Dieu, que l'Indien avait probablement remarqué dans l'office du Vendredi-Saint, où il se trouve plusieurs fois répété.

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trouva au moins un qui avait ses doutes sur la réalité de la haute parenté à laquelle il prétendait.

— On m 'a dit de venir voir le Fils de Dieu, remarqua-t-il au prêtre. Quand je suis venu ici, j'ai de suite reconnu le fils de Pieds-d'Ours dans ce jeune homme. Puis comme il insistait pour me frapper de sa prétendue table des commandements afin de me communiquer son esprit et m 'exhortait à me défaire de tout ce que je possédais, je n'ai pu m 'empêcher de dire à voix basse : Si tu es réellement le Fils de Dieu, retourne donc vite au ciel et laisse-nous tranquilles sur la terre!

L'épidémie psychologique diminua graduellement d'intensité dans la même proportion que ses manifestations perdaient de leur nouveauté, mais le missionnaire fut vivement affecté de la facilité avec laquelle avaient été dupés des gens pour lesquels il avait tant fait et qui avaient jusque-là si unanimement répondu à ses efforts. Nous nous hâtons d'ajouter que, avec le temps, non seulement les parents du pauvre visionnaire, mais même celui-ci, revinrent à récipiscence.

Cela ne devait pourtant point arriver avant que le P. Grandin ne fût devenu l'évêque de Satala par la consécration qu'il reçut à Marseille des mains de M^ de Mazenod, le 30 novembre 1859.

FIN DU volume I

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