‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 23 sur 195 · The Gazette, 13 déc · texte numérisé non relu

The Gazette, 13 déc

11. Par les registres de Michillimakinac qui nous ont été conservés jusqu'à ce jour, nous apprenons qu'il fit un baptême dans cette mission le 20 juillet 1742, im autre le 10 septembre de la même année, et un troisième le 19 jauvier 1743 ; en sorte qu'il ne se trouvait certainement pas dans l'Ouest pendant l'hiver 1742-43. Il est vrai qu'il fit une courte apparition à Kaministiquia en septembre-octobre, mais dès le 9 de ce dernier mois il était de retour à son poste, ainsi qu'on le voit par ime lettre qu'il y écrivit au gouverneur (De Beauhamois au ministre, 12 oct. 1742).

PROGKÈS ET DÉCADENCE 49

durée, car le 21 juillet 1744 nous le retrouvons à Michillimakinac, où il suppléa les cérémonies du baptême sur l'enfant de Jacques et Marie Dumée. Tout nous porte à croire qu'il se rendit au fort la Eeine dans l'été de 1743, probablement au mois d'août ^^ Il n'a pu y rester plus de huit ou neuf mois.

Signature du P. Coquart

Le P. Coquart avait alors 37 ans. Il était natif de Calais, d'autres disent Melun, et avait vu le jour le 31 janvier (ou le 2 février) 1706. Il était entré dans la Compagnie de Jésus le 14 mai 1726, et était parti pour le Canada douze ans plus tard. Inutile de remarquer que, pendant le court espace de temps qu'il passa au fort la Reine, il dut limiter son ministère à la petite troupe de Lavérendrye.

Celui-ci avait lui-même grand besoin d'un cœur capable de le comprendre, et, dans sa détresse, il dut singulièrement apprécier les consolations de la religion. De faux rapports, émanant de rivaux jaloux, avaient aigri contre lui le ministre de Manre-

12. Cette opinion se trouve en quelque sorte corroborée par le fait que, d'après un document daté du 13 juin 1743, " à la demande du P. Saint-Pé, supérieur des Jésuites au Canada, la somme de 1,000 livres qui avoit été allouée aux deux missionnaires des Seioux et qui avoit été retirée, est remise aux missionnaires aux postes de M. de la Vérendrye " (Le président du conseil de la Marir.e à M. Hocquart).

50 l'église daï^s l'ouest canadien

pas, au point que le gouverneur du Canada avait cru de son devoir de le défendre de l'accusation de péculat au moment même où le pauvre officier devait 40,000 livres, et après que ses créditeurs lui avaient intenté des poursuites judiciaires pour recouvrer les fonds qu'ils lui avaient prêtés. «Des procès pour moy qui les ai en horreur, n'en ayant jamais eu de ma vie,» s'écrie l'infortuné gentilhomme dans ses mémoires.

A MichillimaMnac on saisit même de son stock des marchandises pour la valeur de 4,000 livres, rendant par là problématiques ses chances de succès dans l'Ouest, succès qui dépendaient tant des présents qu'il pouvait faire aux Indiens et de la régularité qu'il mettait à payer ses employés.

Enfin ses épreuves en vinrent au point qu'en avril 1742 on suggéra de lui donner comme lieutenant un officier capable de l'aider dans ses opérations. Un sieur de Muy fut même proposé pour cette position. Les dettes de Lavérendrye s'élevaient alors à 50,000 livres, et ses revenus étaient presque insignifiants.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si, à la vue des querelles sans cesse renouvelées de ses créanciers et des intrigues de commerçants rivaux, il ait demandé à être relevé de la responsabilité qui n'avait accumulé sur sa tête que trouble, anxiété et insultes.

C'était à l'automne de 1744. Il avait consacré les treize dernières années de sa vie à cette œuvre de découverte et de colonisation.

Quand il se retira de cette lutte inégale, six éta-

PEOGKÈS ET DÉCADENCE 51

blissements étaient là pour attester son génie d'organisateur. C'étaient les forts Saint-Pierre, fondé en 1731 sur le lac la Pluie ; Saint-Charles, sur le lac des Bois (1732); Maurepas, à l'embouchure de la rivière Winnipeg (1734) ; Eouge, au confluent de l'Assiniboine avec la rivière Eouge ; la Reine, au Portage-la-Prairie (1738), et Dauphin, établi en 1741 au coin nord-ouest du lac du même nom. Le fort Rouge avait été érigé en octobre 1738 ; mais, vu sa proximité des forts Maurepas et la Reine, il ne fut pas longtemps occupé.

Par lui-même ou par ses enfants, Lavérendrye avait en outre non seulement exploré, mais décrit sur plusieurs cartes, la région situéee entre le lac Supérieur et les montagnes Rocheuses et depuis le Missouri, dans le sud, jusqu'à la Saskatchewan, au nord.

Et pourtant on ne fit à Paris aucun effort pour le tirer d'embarras, après qu'il eut défrayé de ses propres deniers les dépenses de tant de fondations et d'explorations. C'était un soldat : une commission dans l'armée l'eut considérablement aidé à équilibrer son budget. Le gouverneur de Beauharnois avait donc bien raison d'écrire au ministre des Colonies, en date du 27 octobre 1744, après avoir courageusement défendu la conduite de l'explorateur :

« C'est dans l'espérance où je suis que vous voudrez bien lui accorder [vos bontés] que je vous supplie, Monseigneur, de lui en donner des marques sensibles en lui procurant son avancement à la pre-

52 l'église dans l'ouest CA^'ADIEN

mière occasion, ainsi que [le permet] son ancienneté sur ceux qui ont été pourvus de compagnies vacantes cette année. Je ne connois aucun endroit par lequel il ait pu mériter la mortification qu'il a eue de n'être point avancé, et j'oserois même ne l'attribuer qu'à l'oubli que vous avez fait. Monseigneur, de la proposition que j'ai eu l'honneur de vous faire du sieur de La Vérendrye comme le plus ancien des lieutenans et le sujet qui me paroissoit le plus digne des grâces du Roy.

« En effet, Monseigneur, six années de service en France, trente-deux en cette colonie, sans reproches, du moins je n'en sache aucun à lui faire, et neuf blessures sur le corps, étoient des motifs qui ne m'ont point fait balancer à vous le proposer pour remplir une des compagnies vacantes, et si j'ai eu lieu de me flatter. Monseigneur, que vous êtes persuadé que je n'admettois sur mes listes que des officiers capables de servir et qui méritoient vos bontés, c'étoit particulièrement dans l'attention que vous auriez bien voulu faire en faveur du sieur de La Vérendrve ^^ »

Le capitaine Charles-Joseph Fleurimont de Noyelle lui succéda dans la direction des explorations occidentales. Né de parents français en 1694 ou 1695, il avait servi dans une expédition contre les Indiens Eenards. Il fit son possible pour éloigner les indigènes du sentier de la guerre ; mais il ne

Page 1