‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 26 sur 195 · Voici le commencement de cette belle lettre · texte numérisé non relu

Voici le commencement de cette belle lettre

" Monseigneur — Il ne me reste plus qu'à me jeter aux pieds de Votre Grandeur et de l'importuner du récit de mes malheurs.

"Je m'appelle La Vérendrye. Feu mon père est connu ici et en France par la découverte de la mer de l'Ouest, à laquelle il a sacrifié plus de quinze des dernières années de sa vie. Il a marché, et nous a fait marcher, mes frères et moi, d'une façon à pouvoir toucher le but, quel qu'il soit, s'il eut été plus aidé et s'il n'eut pas été surtout tant traversé par l'envie. L'envie est encore ici plus qu'ailleurs une passion à la mode dont il n'est pas possible de se garantir. "

Après avoir déclaré que "l'envie de ce pays n'est pas une envie à demy", il entre dans le détail de ce que son père a fait, et parle ainsi de lui-même:

" Je n'en suis pas moins ruiné. Mes retours de cette année, recueillis à moitié et à la suite de mille inconvénients, achèvent ma ruine.

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Tout fut inutile.

L'intendant Bigot avait alors la clef des coffres coloniaux de Québec, et l'on ne se gênait point pour remarquer qu'il voulait- à la tête de l'entreprise un homme moins scrupuleux qu'un Lavérendrye. Le commerce et la concussion, non pas de sérieuses mais peu profitables explorations, tel était son but réel.

Legardeur de Saint-Pierre était né à la seigneurie de Eepentigny dans le cours de 1701. On ne saurait nier qu'il n'eût eu quelque expérience de la vie indienne, puisqu'il avait vécu depuis l'âge de quinze ans en contact avec les naturels américains. Quand les circonstances le forcèrent à quitter en 1737 le fort Beauharnois, chez les Sioux, on lui confia une expédition chez les Chickasaws, et depuis lors, il avait maintes fois eu maille à partir avec les Indiens.

Pourtant on ne saurait voir dans ces antécédents la préparation qui convenait à son nouveau poste. Il

Comptes arrêtés tant du fait de mon père que du mien, je me trouve endetté de plus de 20,000 livres; je reste sans fonds, ni patrimoine; je suis simple enseigne en second. . . Voilà le fruit actuel de tout ce que mon père, mes frères et moi avons fait.

" Celui de mes frères qui fut assassiné il y a quelques années par les Scioux n'est pas le plus malheureux. Son sang n'est pour nous d'aucun mérite, les sueurs de mon père et les nôtres nous deviennent inutiles. "

Il déclare alors que " certainement nous n'aurions point été inutiles à M. de Saint-Pierre ", et termine ainsi sa touchante épître :

" Daignez, Monseigneur, juger la cause de trois orphelins. Le mal, tout grand qu'il est, seroit-il sans remèdes? Il est entre les mains de Votre Grandeur. Des ressources de dédommagements et de consolations, j'ose les espérer. Nous trouver ainsi exclus de l'Ouest, ce Beroit nous trouver dépouillés avec la dernière cruauté d'une espèce d'héritage dont nous aurions eu toute l'ouverture et dont les autres auroient toutes les douceurs. "

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fit de sincères efforts pour faire toucher du doigt aux indigènes la nécessité de mettre fin à leurs guerres intestines. Mais ses propres manières n'étaient guère attrayantes. Au lieu d'atteindre son but, il s'aliéna les sympathies des Indiens qui étaient restés loyaux à Lavérendrye, alors même que cet officier avait cru devoir leur donner le même conseil.

Le P. Jean-Baptiste de la Morinie (que de Saint- Pierre appelle de la Morénerie) avait remplacé le P. Coquart au fort la Eeine, où il était arrivé pendant l'été de 1750, en même temps que le nouveau commandant. Mécontents des manières de ce dernier, les Assiniboines, dans le territoire desquels se trouvait son établissement, étaient fort peu disposés à écouter un ministre de la religion qui lui était uni par des liens si étroits. Le prêtre se découragea à la vue du peu de bien qu'il pouvait faire. Peut-être aussi trouva-t-il la vie peu agréable avec un caractère comme celui de Saint-Pierre.

Il s'en retourna donc à Michillimakinac, d'où il était venu, disant adieu au fort la Reine le 22 juin 1751. Il devait être le dernier missionnaire de l'Ouest pendant près de 65 ans ^*.

On croit reconnaître comme un écho de malentendus entre les deux personnages dans ce passage du journal de Saint-Pierre : « Fatigué des misères

19. Le P. de la Morinie naquit à Périgueux, France, le 24 déc. 1705 (ou 1704). Il entra dans la société de Jésus le 6 oct. 1724; arriva au Canada en 1736, et retourna en France au printemps de

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