PROGRÈS ET DÉCADENCE
dont je n'a vois pas pu le mettre à l'abry, il [de la Morinie] prit le parti de retourner à Missilimakinac. . . Son départ m'auroit été sensible s'il m'avoit été possible, ou, à mieux dire, si j 'eusse pu me flatter de luy procurer une vie moins dure. Je pense qu'il n'oubliera point cette caravane, et qu'il ne m'agréera pour son compagnon de voyage qu'à une meilleure enseigne.
« Je ne puis parler de ses travaux. Il ne prit point hauteur, ny ne fit aucune remarque -*'. Il est vrai qu'il étoit parti sans le moindre instriunent de mathématiques, ce à quoy je ne m'attendois pas. Il fut aussi hors d'état de faire aucuns progrès au sujet de la Religion, parce qu'il ne savoit parler aucune langue sauvage, et que, d'ailleurs, son éloquence e^ sa piété n'auroient point été capables d'éclairer des barbares endurcis dans leur aveuglement -\ »
Possédant une excellente opinion de lui-même, de Saint-Pierre ne bornait pas ses critiques à son cha-
20. C'est-à-dire ne fit point d'observations astronomiques, ne prit point de latitude. Cette remarque semble donner à entendre que les autres Jésuites, du moins ceux avec lesquels de Saint-Pierre avait été en rapport, s'occupaient de pareilles observations.
21. Margry, vol. VI, p. 641. Devant les assertions si explicites du seul homme qui pouvait parler en connaissance de cause et qui le fit du vivant même du P. de la Morinie, on ne voit pas trop sur quelle aiitorité pouvait se baser le juge L.-A. Prud'homme quand il écrivait il V a quelques années: "Les sauvages ont toujours prétendu que ces deux missionnaires les visitèrent et leur donnèrent les premières notions de l'Evangile. Ils surent profiter des enseignements qu'ils reçurent; car, plus d'un demi-siècle après le départ de ces religieux, les traiteurs qui traversèrent cette vallée constatèrent à leur grande surprise que ces pauvres sauvages, malgré un abandon si prolongé, se rappelaieJit encore leurs prières" (Bévue Canadienne, année 1908; vol. II, p. 460). Nous avons déjà vu que le P. Coquart n'avait pu, lui aussi, évangéliser les Indiens.
60 l'église dans l ouest canadien
pelain. Lui seul, paraît-il, connaissait le secret de la route qu'on devait suivre pour arriver à la mer de rOuest. C'était, nous assure-t-il, par la source du Iviissouri ; ce qui le forçait à déclarer que « les projets de M. de la Vérendrye n'étoient pas bien solides, n'étant pas possible de réussir par d'autre voye -- ».
Quel dommage que l'excellent homme soit mort avant d'apprendre la découverte par Mackenzie de cette mer si désirée par une voie encore plus septentrionale que celle tentée par Lavérendrye -^ !
De Saint-Pierre avait pour lieutenant le chevalier Boucher de Niverville. Il lui donna ordre de se rendre à la Saskatchewan pour y^ établir un poste trois cents lieues plus haut que le fort Poskoyac. En conséquence, ce gentilhomme partit du fort la Keine vers la fin de 1750 ; mais, arrivé à la fourche de la Saskatchewan, il tomba sérieusement malade ; ce qui ne l'empêcha pas de faire remonter ce fleuve par dix de ses hommes, qui construisirent un fort spacieux sur la rivière de l'Arc, là précisément où s'élève aujourd'hui la ville de Calgary (29 mai 1751). Ce poste fut connu sous le nom de fort La Jonquière, mais ne servit jamais malgré l'approvisionnement complet qu'on y laissa.
De Saint-Pierre entreprit alors d'aller rejoindre