‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 4 sur 195 · LES ABORIGÈNES ET LE COMMEECE DES FOUEEUKES · texte numérisé non relu

LES ABORIGÈNES ET LE COMMEECE DES FOUEEUKES

Il y a trois cents ans, la vaste région qui s'étend entre le lac Supérieur et les Montagnes Rocheuses pouvait passer pour un pays solitaire et silencieux. Ni les sombres forêts à l'est de la rivière Rouge, ni les prairies sans fin qui se déroulent à l'ouest de ce cours d'eau ne connaissaient en aucune manière ce qu'il nous plaît d'appeler la civilisation. C'est à peine si ça et là quelques hordes d'Indiens aux mœurs primitives, nombreux en comparaison de ce que sont aujourd'hui leurs descendants, bien que d'importance numérique insignifiante relativement à l'étendue des terres au travers desquelles ils

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erraient, disputaient au bison la libre possession du sol.

Au sud du fleuve Churcliill, d'une part, et de la branche nord de la Saskatchewan, d'autre part, ces peuplades étaient divisées en quatre tribus qui pouvaient se réduire à deux familles ethniques. Du Sault Sainte-Marie au lac des Bois, les Chippeways ou Sauteux, ainsi appelés du nom de leurs quartiers généraux, régnaient au nombre d'au moins 35,000, et peuplaient d'une certaine manière les bords rocailleux des lacs et les sombres retraites des bois.

Au nord et au sud de la présente frontière des Etats-Unis, leurs voisins immédiats à l 'ouest étaient leurs congénères, les Cris ou Christinaux, comme les Français les appelèrent d'abord, appliquant à la tribu entière le nom d'une de ses bandes. C'était une puissante peuplade dont les membres, actifs et énergiques, passaient leur vie nomade dans un point ou dans un autre du territoire sis au sud de la Churchill, à partir du lac des Bois et de la baie d'Hudson à l'est, presque jusqu'aux montagnes Rocheuses à l'ouest, où ils confinaient à leurs ennemis héréditaires, les fameux Pieds-Noirs, tribu d'humeur belliqueuse de la même famille algonquine^ qui était composée d'Indiens aussi esentiellement chasseurs des grandes plaines que les Cris étaient originairement citoyens des bois.

Les premiers eurent d'abord leur habitat le long de la Saskatchewan, où ils pouvaient compter 20,000 âmes. Mais, à l 'époque qui nous occupe, ils venaient

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d'être chassés au sud-ouest et regardaient comme leur patrimoine la région qui s'étend d'un point légèrement au nord de la rivière à l'Arc jusqu'au Missouri supérieur et au-delà. Ce déplacement avait été le résultat d'une alliance des Cris avec une des branches de la famille siouse, désignée d'abord sous le nom d'Assiniboëls, et connus aujourd'hui comme les Assiniboines, c'est-à-dire «ceux qui font cuire au moyen de pierres >>. Brouillés avec leurs frères des grandes plaines américaines, ces aborigènes avaient émigré vers le nord, où les Cris leur avaient donné l'hospitalité, leur assignant d'abord les terres incultes que nous voyons entre les lacs Winnipeg et Manitoba, au nord, et la vallée de la rivière à laquelle les nouveaux venus devaient donner leur nom, mais les laissant ensuite se répandre vers la source de ce cours d'eau et de ses tributaires.

Au moment de leur séparation du corps principal de leur race, les Assiniboines pouvaient être évalués à 15,000 âmes, tandis que les Cris étaient probablement alors quatre fois aussi nombreux \

1. Les Cris sont aujourd'hui près de 15.000. Or un " traiteur " de fourrures (mot employé au Canada dans le sens de " commerçant " en cette espèce de produits), John Macdonell, écrivait en 1797 que, " à cause de leurs guerres avec leurs voisins, la petite vérole de 1780-81 et d'autres calamités publiques, il ne reste pas aujourd'hui le tiers de la nation " (dans Masson, Les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest, vol. II, p. 277). En supposant par impossible que les Cris n'aient pas diminué depuis 1797, ceci nous donne un total de plus de 45,000. On sait en outre qu'une autre visite du même fléau balaya en 1838 au moins la moitié de la population des grandes plaines de l'Ouest canadien. D'où l'on peut aisément conclure que le chiffre de 60,000 n'est pas du tout exagéré en ce qui est du nombre des Cris avant l'arrivée des premiers blancs, avec leurs maladies contagieuses et leur eau de feu non moins fatale à la race peau-rouge.

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Ainsi que les Cris qui les avaient traités si généreusement, les Assiniboines étaient constamment en guerre non seulement avec les Pieds-Noirs, mais même et surtout avec leurs propres parents, les Sioux, qui de temps immémorial avaient en outre à repousser les attaques des Sauteux de l'est.

Au nord de ces importantes tribus, se mouvaient les bandes innombrables de la grande race dénée, dont ample mention sera faite en temps et lieu.

Toutes ces peuplades avaient des coutumes et une religion à peu près semblables. Vêtus au complet — ce qui arrivait rarement aux hommes en été — ils portaient en guise de manteau la peau d'un buffle, dont la chair leur servait aussi de nourriture, avec des mitasses ou guêtres et des mocassins, chaussure en cuir mou, de la même matière ou de quelque autre espèce de peau tannée. La pièce principale de leur vêtement consistait en une sorte de chemise en peau garnie de son poil. Pendant la saison chaude, les hommes se contentaient souvent d'un pagne et de mocassins, tandis que les femmes portaient une courte jupe, toujours de cuir, retenue à la taille par une ceinture ornée de diverses bagatelles comme des dents de castor, des griffes d'ours, etc.

Ces Indiens vivaient dans des tipis, espèces de loges coniques en peau, montées sur des perches

On les divise communément en Cris proprement dits — qui sont eux-mêmes subdivisés en Cris des prairies et Cris des bois — Muskégons et Monsonis.

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assez légères pour être facilement transportées là où le demandaient leurs instincts nomades. En plus de la viande du buffle ou bison, qu'on trouvait alors en immenses troupeaux, le poisson, une variété de riz sauvage et plusieurs espèces de fruits servaient à leur subsistance.

Ils se procuraient le buffle soit par la chasse à courre, soit, le plus souvent, au moyen de fourrières, immenses enclos de branchages dans lesquels on pourchassait le gibier, qu'on expédiait alors avec des flèches à tête de silex ou autre pierre ou des casse-têtes de même matière.

Des armes de modèle identique servaient au guerrier. Les guerres indiennes consistaient plus en embuscades et en surprises, dont le résultat était le massacre du faible par le plus fort, qu'en rencontres à découvert entre partis jouissant des mêmes avantages. Et pourtant on portait aux nues la prétendue prouesse des guerriers vainqueurs, dont le meilleur titre à la considération publique n'était autre que la chevelure des vaincus, qu'on scalpait avec délices sans se préoccuper si ceux-ci étaient morts ou simplement blessés. Le nombre de ces trophées dans la loge d'un individu était considéré comme un sûr critérium de son courage et déterminait la considération à laquelle il avait droit dans sa tribu. Des danses spéciales, au cours desquelles les jeunes gens enduraient sans sourciller les tortures les plus horribles, préparaient au rang de guerrier, et des fêtes semblables, pendant lesquelles les che-

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velures arrachées à l'ennemi étaient étalées avec complaisance, se célébraient après ce qu'on était convenu d'appeler une victoire.

Aucune tribu n'était remarquable par la pureté de ses mœurs ou l'honorabilité de son code. La polygamie était générale, et un échange temporaire des femmes était réputé la plus grande preuve d'amitié possible. Il s 'ensuit que le sort de ces dernières était loin d'être heureux, d'autant plus que le divorce était chose commune.

La jeune fille n'avait presque jamais rien à dire quand il était question de mariage. N'ayant en vue que leurs propres intérêts, ses parents la donnaient généralement au plus offrant, sans se préoccuper de ses propres préférences. Une fois mariée, elle devenait l'esclave de son seigneur et maître. En voyage, elle devait, avant l'introduction des chevaux, porter à dos le bagage de la famille ^ et, le soir arrivé, c'est à elle qu'incombait le soin de planter la tente et de préparer le souper, pendant que son mari se reposait sur l'herbe d'avoir passé la journée à se pavaner, l'arc en mains et le carquois au côté, dans

2. Ce qu'un auteur anglais dit des Pieds-Noirs s'applique à tous les Indiens des Plaines — de fait à tous les Peaux-Rouges d'Amérique. " Un Pied-Noir ", écrit cet auteur, " ne fera jamais aucune espèce d'ouvrage dont six femme peut s'acquitter; et je crois que l'idée qui domine dans l'esprit d'un jeune homme qui se risque à prendre la " pucelle de son choix", est non pas la jouissance, mais le travail qu'il peut en retirer. Les femmes sont ses esclaves, des créatures prédestinées à le servir et à faire tout le travail manuel du ménage. Un guerrier pied-noir va à cheval, pendant que sa fidèle épouse chemine péniblement à pied sans murmurer, bien qu'elle soit chargée de nombreux fardeaux " (Cumberland, The Queen's Highway, p. 199; Londres, 1887).

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