‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 5 sur 195 · SAUVAGE DES PLAINES CANADIENNES · texte numérisé non relu

SAUVAGE DES PLAINES CANADIENNES

ABOEIGENES ET FOURRURES /

l'attente d'un gibier qui ne paraissait pas toujours au temps voulu.

Les relations incestueuses n'étaient nullement rares cliez les indigènes des grandes prairies. Ceuxci ne se faisaient pas plus faute d'épouser simultanément plusieurs sœurs.

Aux misères dues à sa condition comme épouse, on pourrait ajouter celles qui découlaient des observances propres à certaines périodes de son existence en tant que femme ou en tant que mère, alors qu'elle était considérée comme légalement impure et évitée avec la plus grande sévérité. Elle devait alors vivre en recluse, sous un misérable abri de peaux, et ne pouvait même pas toucher au moindre ustensile du ménage de peur de le rendre impropre à tout usage ultérieur. Si l'on voyageait sur une neige épaisse, on lui refusait le privilège de suivre les traces de la bande, et, malade et littéralement à bout, elle devait frayer son propre sentier, les pieds chaussés d'énormes raquettes aussi nécessaires à la marche en pareille circonstance que fatigantes lorsque la neige n'avait pas la consistance voulue. Tout contact avec celui des hommes attirait, pensait-on, les plus terribles calamités, ou tout au moins avait pour résultat infaillible une malchance qu'aucun des chasseurs qui l'avait suivie ne pouvait évitera

3. Cette coutume barbare était commune à tous les Indiens de l'Amérique. Un des premiers explorateurs anglais des régions arctiques, le capitaine Back, rapporte sans en deviner la cause, l'incident suivant : " Une femme d'âge moyen vint, accompagnée d'une fille de six ans, nous trouver sous l'empire de la plus gi'ande consternation,

Bien que Natous, ou le Soleil, parut être la divinité suprême des Pieds-Noirs, à en juger par les fêtes annuelles célébrées en son honneur, fêtes qui avaient leur équivalent dans la danse de la soif des Cris, Kitchi-Manitou, ou le Grand Esprit *, était généralement regardé, du moins à l'époque de la découverte de leur pays, comme le Maître de la vie, qui créa le monde et tout le bien qu'il renferme, tandis que le mal et les misères auxquelles l'homme est condamné étaient attribués au principe contraire, Matchi-Manitou, le Mauvais Esprit.

On apaisait ce dernier par des incantations dont les ministres officiels étaient des chamans ou sorciers, auxquels on attribuait un pouvoir surnaturel et dont la danse et les insufflations étaient accompagnées de chants frénétiques et de violents battements de tambour. Dans l'opinion des indigènes, maladie et mauvais esprit étaient des termes plus

cherchant près de nous protection contre un chasseur sur le fusil duquel elle avait passé par mégarde pendant la nuit. Voyant ce qui lui était arrivé, accident qui, dans l'opinion de l'Indien, détruit toute la valeur de l'arme et l'empêche de causer la mort, elle fut si alarmée que, bien qu'attachée à son mari, elle préféra fuir plutôt que de s'exposer aux mauvais traitements que sa furie pourrait lui suggérer. Cependant, après avoir laissé passer un laps de temps suffisant pour l'évaporation de sa colère, eUe retourna vers Im, et comme l'Indien avait depuis le désastre eu la bonne fortune de tuer un animal avec ce même fusil, elle en fut quitte pour ime bonne volée accompagnée de l'avertissement d'avoir à être plus cautieuse à l'avenir. Etant donné le code indien, c'était là un traitement excessivement indulgent, vu que la femme coupable de pareil crime en sort rarement avec un châtiment moindre qu'un nez fendu ou une partie des oreilles coupée " (Back, Narrative of the Arctic Land Expédition p. 213-14; Londres, 1836).

4. Plusieurs auteurs anglais traduisent à tort cette expression par: Maître de la vie.

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OU moins corrélatifs. Ils croyaient que le dernier ne cédait qu'aux objurgations d'un parti possédé d'un esprit plus puissant, une espèce de génie protecteur qu'on acquérait ou bien par un noviciat dont les traits saillants étaient le jeûne et le rêve, ou bien par suite d'attaques cataleptiques qui, pour l'esprit indien, n'étaient autre chose qu'une manifestation extérieure de l'absence de l'âme, momentanément partie pour le monde invisible.

Le Grand Esprit était honoré par des fêtes périodiques, au cours desquelles les chefs et les vieillards le remerciaient publiquement des faveurs dont il avait honoré la tribu et imploraient son assistance contre ses ennemis. Après quelques chants sacrés, la cérémonie se terminait par un banquet et l'usage solennel du calumet, dont le tuyau était dirigé vers le sud, le séjour de la Divinité, puis successivement vers la terre, le soleil levant et l'occident.

C'était là tout le culte public connu des aborigènes, et ses manifestations n'étaient point fréquentes. Les particuliers préféraient adresser leurs hommages au Mauvais Esprit, parce que lui seul était supposé capable de nuire. Un chien était alors sacrifié, ou bien quelque autre chose, conune une partie de la chasse ou tout objet de valeur, était offert par le suppliant, qui laissait son offrande sur un échafaudage, hors d'atteinte de la dent des bêtes féroces.

Pareil assemblage de pieux et de perches tenait généralement lieu de tombe parmi les aborigènes

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des grandes plaines occidentales. Les morts y étaient déposés, enveloppés dans de nombreuses peaux tannées et accompagnées de ce qui leur avait été le plus cher dans ce monde et pouvait leur servir davantage dans l'autre, comme leur pipe, leurs armes, les chevelures dues à leurs prouesses ou, dans le cas des femmes, les ustensiles dont elles avaient fait usage et les ornements dont elles s 'étaient parées.

Cette population primitive coulait ainsi ses jours dans une succession de paix et de guerre, sans soupçonner le moins du monde l'existence d'autres sociétés de l'autre côté du «grand lac», pas plus qu'elle n'avait conscience des bénédictions que le Eédempteur avait apportées à la terre, quand l'idée se fit graduellement jour dans son esprit que, bien loin dans le sud, des gens au visage pâle et barbu, qui avaient à leur disposition de merveilleux produits et de terribles engins, avaient fait leur apparition au milieu des Indiens.

Quelques-uns de ces étrangers devaient bientôt traverser le propre pays des Cris dans la personne de deux aventuriers français, Pierre-Esprit Eadisson et Médard Chouart sieur Desgroseillers. Le premier venait de Paris, où il était né en 1636 ^, tandis que le second était natif de la Touraine, où il avait vu le jour vers 1621. Desgroseillers s 'étant marié à la sœur de Radisson, les deux Français

5. Il vécut longtemps à Saint-Malo, d'où probablement le lapsus calami de Mlle A.-C. Laut {Pathpiders of the West, p. 6^ Toronto, 1904), d'après lequel il serait né à cette place.

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S 'étaient par là trouvés unis par des liens de famille qui, ajoutés à une similitude d'inclinations remarquable, les avaient préparés pour la carrière merveilleuse qu'ils devaient suivre.

Tous les deux ont été représentés comme protestants par le Dr Georges Bryce ^ et d 'autres écrivains, et, tout en répudiant pareille religion en ce qui concerne Desgroseillers, même l'abbé Geo. Dugas déclare '' qu'il n'y a aucun doute que Eadisson n'eut été huguenot. Pourtant chacun des deux aventuriers était catholique.

Desgroseillers passa sa première jeunesse chez les Ursulines de Québec, et la Vén. Mère de l'Incarnation en parle dans les termes les plus flatteurs. Plus tard, il devint une espèce de frère convers, donnant son temps et son argent aux missions des Jésuites. De plus, on raconte que, au cours de ses pérégrinations, il exposa un jour aux yeux ébahis des Indiens une image religieuse qu'il n'est guère vraisemblable de voir conservée et portée si loin par un protestant. Mais une preuve irrécusable de sa foi catholique consiste en ce que son nom se trouve sur les registres des Trois-Rivières à côté de ceux de plusieurs enfants dont il était le parrain.

Quant à Eadisson, il commence son journal par la célèbre formule « Pour la plus grande gloire de

6. The Eemarlca'ble History of thc Hudson's Bay Company, p. 3; Toronto, 1900.

7. L'Ouest Canadien, p. 22; Montréal, 1896. Telle est aussi l'opinion du P. Lewis Drummond, S. J. {The trench Elément in the Canadian Northwest, p. 2; Winnipeg, 1887).

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Dieu ». Cette circonstance trahit une familiarité remarquable avec l'ordre des Jésuites, qui l'avaient aidé de leur argent non moins que de leurs conseils. Voici ce qu'il écrit dans ses mémoires au sujet de ces missionnaires si souvent en butte à la calomnie : «Leur seul désir est l'agrandissement du roj'aume de Dieu. Ils font preuve d'une charité vraiment admirable envers tous ceux qui travaillent et qui, par leur conduite honnête, se montrent dignes d'être aidés. Ceci est la pure vérité. C'est la réponse que je fais à tous ceux qui voudraient jamais prétendre le contraire. Je parle ici avec connaissance de cause *. »

Si nous considérons que ce témoignage se trouve dans un document de caractère privé, qui n'était nullement destiné à être publié du vivant de celui qui le rendait et par suite duquel il ne pouvait par conséquent attendre aucun avantage matériel, il ne sera pas difficile de décider si Radisson était catholique ou protestant.

De plus, comme A. C. Laut le fait remarquer ^ il admet avoir été à confesse au P. Pons, S. J. Cette circonstance devrait à elle seule trancher la question. Enfin, dans une lettre qu'il écrivait en 1683 à un correspondant de Paris, Radisson, qui s 'était uni à une protestante d'Angleterre, dit expressément que son beau-père avait presque abandonné sa fille

8. Cité d'après L.-A. Prud'homme, Notes historiques sur la Vie de T.E. Eadisson, pp. 27-28,

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