Que Eadisson appelle le lac des Hurons
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plaines canadiennes. Ses intrigues eurent pour résultat final la formation d'une association commerciale destinée à avoir sur ce pays une influence qui devait durer des siècles. Nous voulons parler du « Gouverneur et de la Compagnie d'Aventuriers faisant le commerce dans la Baie d'Hudson».
Cette corporation fut à l'origine composée du prince Rupert, du duc d'Albermarle, du général Monck et de quinze autres nobles ou marchands, auxquels Charles II accorda une charte conférant de si vastes pouvoirs que plus tard sa validité fut maintes fois contestée.
Ce document donnait à la compagnie « le commerce absolu de toutes les mers, détroits et baies, lacs, rivières, anses et golfes qui ne sont point déjà dans la possession d'un de nos sujets, ou des sujets d'un autre prince ou état chrétien ».
C 'était indubitablement généreux. Mais il y en a qui, se rappelant l'axiome «personne ne donne ce qu'il n'a point», peuvent trouver cette libéralité facile, puisqu 'aucun monarque anglais n'avait jamais réclamé comme lui appartenant ce que, le 2 mai 1670, le roi Charles II accorda avec tant de bienveillance à son parent et à ses futurs associés dans le commerce des fourrures ^°.
15. Comme cette charte et les droits qu'elle était supposée conférer furent plus tard l'objet de beaucoup d'opposition de la part d'une corporation rivale et de ses associés catholiques, ce n'est que simple justice à ces derniers de donner (d'après le juge L.-A. Prud'homme) les raisons qui les portaient à contester si énergiquement sa Talidité. D'après les adversaires de cette charte:
1. — La Couronne n'avait pas le droit d'aliéner sans l'autorisation
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Mais ceux-ci ne se firent pas faute de profiter de l'occasion, et ils le firent sans tarder. A partir de ce temps-là, des vaisseaux quittèrent périodiquement la Tamise pour les bords glacés de la baie d'Hudson, chargés de mousquets et de munitions, de haches et de hachettes, de couteaux et de chaudières, ainsi que de tabac et de spiritueux, d'habits et d'étoffes de toutes sortes, que les commerçants départissaient, avec d'énormes profits, en faveur des Indiens qui affluèrent bientôt à leurs postes de traite. En retour, ils reçurent de leur clientèle à peau rouge les meilleures pelleteries de ce qui est aujourd'hui le Canada central.
Les traiteurs anglais établirent des forts sur les rivières Albany et de l'Orignal (Moose R.); puis ils
du parlement un territoire plus vaste que la Grande Bretagne ellemême. Le souverain ne peut céder une colonie, parce que celle-ci appartient à la nation.
2. — La charte de la compagnie de la baie d'Hudson contient une clause qui exclut de la région qu'elle était supposée concéder tout paya appartenant déjà à un prince chrétien. Or, le 29 avril 1627, c'est-àdire 43 ans avant l'émission de cette charte, Louis XIII avait donné le même territoire à la compagnie de la Nouvelle-France.
3. — Par le traité de Eyswick, conclu en 1696, c'est-à-dire longtemps avant qu'on eut commencé à faire opposition à la charte de la compagnie de la baie d'Hudson, toute la contrée de la baie d'Hudson fut cédée à la France sans qu'on fit mention d'aucun droit de la compagnie de la baie d'Hudson.
4. — D'après le droit international, la seule prise de possession d'un pays ne suffit point pour avoir des effets durables. Il faut qu'elle soit suivie d'une occupation effective et de la proclamation de droits de propriété indivise. Or les Français découvrirent, puis exploitèrent, le Nord-Ouest sans aucune protestation de la part de l'Angleterre.
5. — Le pays appartint d'abord à la France qui, par le traité de Paris, le rétrocéda, non pas à la compagnie de la baie d'Hudson, mais à l'Angleterre.
6. — Enfin cette compagnie se doutait elle-même que sa charte était pour le moins discutable, puisque, en 1690, elle la fit confirmer pour sept ans par le parlement.
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fondèrent les forts Nelson et Severn, à remboucliure des cours d'eau du même nom, et, dans la suite, ils donnèrent à l'immense contrée tributaire de cette baie le nom de leur premier gouverneur, le prince Rupert. Ces forts, des plus primitifs dans le principe, furent graduellement agrandis, jusqu'à ce que quelques-uns eussent atteint des proportions dignes de leur nom. De fait, l'un d'eux, nommé fort du prince de Galles, à l 'embouchure du fleuve Churchill,^ était de pierre et avait la forme d'un grand rectangle avec bastions munis de nombreux canons.
Les premiers officiers de la compagnie de la baie d'Hudson n'étaient rien moins qu'explorateurs. Pendant très longtemps ils restèrent comme acccolés aux rivages glacés de la baie qui leur avait donné son nom, et, bien que conscients de l 'activité de leurs rivaux, les traiteurs français, qu'ils regardaient comme d'intolérables intrus dans leurs propres domaines, ils ne tentèrent jamais de les prévenir «n pénétrant dans l'intérieur tant que le Canada appartint à la France.
Une seule exception, celle d'Henry Kelsey, pourrait être citée. Mais même les découvertes de ce <iernier, si l'on peut gratifier de ce nom de simples courses sans but déterminé, furent autant le résultat -de l'accident que d'ordres explicites de la compagnie. Ayant été, dans sa jeunesse, maltraité par le gouverneur de la factorerie de York, Kelsey s 'enfuit en 1691 dans l'intérieur des terres, où pendant quelque temps il mena la vie aventureuse des Indiens.
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Un projet de loi qui devait confirmer la cliarte de la compagnie était justement à l'étude aux Communes d'Angleterre. Pour se rendre les législateurs favorables en se montrant dévoués aux intérêts de la science et du commerce en général, les autorités supérieures de cette corporation donnèrent ordre au « facteur » de York d 'encourager la cause des découvertes géographiques.
Cet officier envoya donc des provisions au vagabond Kelsey et des présents pour les indigènes qu'il pourrait rencontrer, l'assurant de son pardon pour le passé s'il se rendait au pays des Indiens du sudouest.
Mais il est difficile de déterminer la nationalité de ceux avec lesquels il vint en contact. Il prétend avoir fait 514 milles en cinquante-neuf jours, au cours d'un voyage qui, dit-il, lui fit traverser une région boisée, après laquelle il trouva de vastes prairies sur lesquelles erraient d'innombrables bisons. Il admet n'avoir vu pendant tout son voyage qu'une seule rivière, large d'environ cent mètres, qui était peutêtre la Saskatchewan. Il était de retour à la baie en juin 1692 '\
L'exposé qu'il fit de la richesse en animaux à fourrure du pays qu'il venait de parcourir aurait dû faire naître chez les traiteurs anglais des diverses
16. Joseph Eobson, An Account of Six Years Eesidence in Sudson' s Bay, p. 23 et passim; Londres, 1752. Kelsey n'avait avec lui ni boussole, ni aucun instrument qui lui permit de computer exactement les distances. En outre, comme il n'était alors qu'un petit jeune homme, on ne peut raisonnablement supposer qu'il amoindrit l'étendue de ses explorations.
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factoreries — comme ils appelaient leurs forts — l'envie de pénétrer dans l'intérieur des terres, d'autant plus que leur charte leur conférait le monopole du commerce sur toutes les contrées dont les eaux étaient tributaires de la baie d'Hudson^^
Mais les Français, qui prétendaient avoir sur ce pays un droit de propriété découlant d'une priorité de découverte, ne pouvaient eux-mêmes s'empêcher de voir des intrus dans les établissements anglais. Ils capturèrent plusieurs fois quelques-uns d'entre eux, après des exploits comme ceux du chevalier de Troyes, d'Iberville et de la Pérouse, auxquels on ne peut refuser le tribut de son admiration. Ceux-ci durent pourtant être rendus à leurs premiers possesseurs, qui en reprirent aussi par la force des armes. Les complications politiques en Europe finirent par confirmer les Anglais dans la possession de ces postes.
En conséquence, le but principal des Français fut dès lors de détourner des chenaux anglais les chasseurs chargés des dépouilles des bois et des prairies.
Une autre raison de leur redoublement d'activité dans l'ouest consistait en ce que, après maints efforts infructueux pour découvrir un passage en Asie par la baie d'Hudson et quelque voie d'eau
17. Nous apprenons du même auteur, J. Robson, à qui nous devons la mention du voyage de Kelsey que les naturels de cette région " se conduisent bien vis-à-vis des Anglais, mais encore mieux à l'égard des Français, parce que ceux-ci se donnent plus de peine pour civiliser leurs coutumes", (op. cit., pp. 53-54), témoignage en faveur de l'influence civilisatrice d'une nation catholique qui, venant d'un Anglais protestant, n'est pas à dédaigner.
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qu'on crut longtemps découper de l'est à l'ouest le continent américain, les esprits dirigeants de l'époque avaient acquis la certitude que ce passage devait se chercher par terre, reléguant ainsi dans le domaine de l'imaginaire la voie par la mer dont quelques-uns affirmaient encore l'existence, mais que personne ne pouvait trouver.
Inutile d'ajouter que la géographie ne connaissait encore que peu de choses relativement à la côte du Pacifique. On savait qu'il y avait, par delà le continent américain, une mer qui s'étendait au nord jusqu'au 43^ degré de latitude et ce qu'on appelait alors le détroit d'Avian. A cette étendue d'eau on s'imaginait qu'un soi-disant «golfe d'Amour» succédait, suivi lui-même d 'un isthme qui reliait la terre appelée Bourbonnie, dans le sud-est, aux steppes de la Tartarie, dans le nord-ouest. En avril 1718, un prêtre de la Mission ^* du nom de Bobé écrivit une savante dissertation, qui représentait tout ce qu'on savait ou conjecturait alors touchant la géographie et l'ethnologie de cette partie du monde, sans oublier de mentionner que c'était par cet isthme que les Tartares et quelques Israélites avaient pénétré en Amérique.
Ce document se terminait en déclarant que la découverte de la «mer de l'Ouest», ainsi qu'on appelait originairement le Pacifique, serait un sujet
18. Ou Lazariste, non pas " l'un des missionnaires jésuites de la Nouvelle-France ", comme le dit Lawrenee-J. Burpee, p. 195 de sa Search for the Western Sea (Toronto, 1908).
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de gloire pour le roi, utile à la France et méritoire aux veux de Dieu ^^.
Comme résultat pratique de ce mémoire et des discussions qui l'avaient précédé, il fut décidé de commencer par la fondation de trois postes, dont l'un serait établi sur le lac Supérieur, l'autre sur le lac des Christinaux ou des Bois, et le troisième sur celui des Assiniboëls (lac Winnipeg).
En conformité avec ce plan, Zacharie Robutel de la Noue, Canadien-français qui s'était en 1680 battu avec les Anglais de la baie d'Hudson, quitta Montréal en juillet 1717 et bâtit à Kaministiquia, sur le lac Supérieur, une maison qui devait être l'embryon du fameux fort William des années subséquentes. Il essaya même de pousser jusqu'au lac la Pluie; mais l'hostilité des Sioux l'obligea d'ajourner l'exécution de son projet. En sorte que, comme il restait cantonné à Kaministiquia ^°, il fut remplacé, en 1721, par un certain capitaine Deschaillons de Saint-Ours, qui ne s'aventura pas plus à l'ouest et dut lui-même quitter ce poste quatre ans plus tard.
Entre temps, d'autres conseils avaient prévalu. La découverte de la mer de l'Ouest, qui préoccupait tant les esprits dans les sphères gouvernementales
19. Mémoire ponr la Découverte de la Mer de l'Ouest, eu manuscrit dans les Archives du Canada, à Ottawa.
20. On pourrait remarquer ici qu'un M. de Noyon paraît avoir atteint le lac des Bois dès 1688. C'est du moins ce qui appert d'un mémoire de Michel Bégon daté du 17 nov. 1716 : " Les sauvages Assiniboiles ont voulu mener à la Mer de l'Ouest de Noyon, voyageur, il y a environ vingt-huit ans. Il avoit alors hiverné à l'entrée du lac ies Cristinaux sur la rivière Ouohiehiq, qui conduit au lac des Assi- Diboiles et de là à la mer ue l'Ouest. "
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de Paris et de Québec, devait maintenant se tenter par la voie du territoire des Sioux. Dans ce but, le célèbre P. de Charlevoix fut envoyé faire une reconnaissance dans le sud, et, comme résultat de son rapport, bien qu'en dépit de son propre avis, on établit une mission chez les naturels du lac Pépin (1727). Ces terribles maîtres des plaines américaines venaient de massacrer des Français qui se rendaient en Louisiane, et l'on sentait qu'il était urgent de les pacifier et de les civiliser autant que possible avant que des partis d'explorateurs pussent traverser leurs terres avec quelque degré de sécurité.
Et comme ni l'amour des découvertes géographiques, ni même les intérêts de la religion ne pouvaient alors faire oublier les avantages d'ordre matériel à retirer des chasseurs indiens, une société fut fondée dont les opérations devaient se poursuivre simultanément avec celles des missionnaires.
Ainsi fut établi le fort Beauharnois, sur le lac Pépin, expansion du Mississipi entre ce qui est aujourd'hui le Wisconsin et le Minnesota. Ce poste vit bientôt quelque quatre-vingt-quinze loges de Sioux se dresser à l'ombre de ses murs. Et pourtant tous ces arrangements devaient n'aboutir à rien, pour des raisons que nous exposerons plus tard.