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Provencher à Mgr de Sidyme, 30 avril

Il était homme de plans, toujours pour le plus grand bien de son troupeau — et quelquefois du troupeau des autres — mais pas aussi souvent d'accord avec les inspirations d'un jugement plus mûr. Nous ne pouvons cacher le fait qu'il semble avoir généralement considéré comme essentiel au succès de sa mission ce qui n'aurait dû être regardé que comme un accessoire ^®. La grâce peut transformer un païen dépravé en un chrétien modèle, mais elle n'a rien à faire avec les caractéristiques raciales. Peu importe pour aller au ciel que vous soyez fermier, pêcheur ou chasseur. Demander à un nomade invétéré qu'il s'attache à la glèbe avant de devenir chrétien, c'est aller trop loin et renverser l'ordre normal des choses.

Avec son expérience plus grande et son jugement

16. C'était là un renversement de l'ordre normal des choses qui est commun à la plupart des protestants, ministres comme laïques, Dana une de ses lettres (19 juillet 1843), M. Belcourt rapporte une visite que le gouverneur-en-chef de la compagnie en Amérique voulut bien faire à son second établissement, Wabassimong. " Chemin faisant ", dit-il, " je lui communiquai mon projet d'envoyer hiverner au poste une famille à qui je donnerais des bœufs de charrue, des vaches et des moutons, afin d'y établir une ferme afin d'encourager les sauvages à cultiver la terre. Ce projet parut lui faire plaisir, et il m'encouragea beaucoup à l'exécuter, me disant : " Je suis constamment d'avis qu'il n'y a rien à faire avec les sauvages si on ne leur fait goûter les avantages de l'agriculture " (Eopport snr les Missions du diocèse de Québec, juillet 1845, p. 87).

Or l'expérience acquise par les meilleurs missionnaires de la Colombie Britannique — le pays de l'Amérique du Nord où l'influence de la religion et de la civilisation s'est fait le plus sentir parmi les Indiens — prouve le contraire. Il faut d'abord instruire les sauvages des vérités de la foi et leur inspirer le goût des choses de Dieu: les améliorations d'ordre matériel viendront alors comme d'ellesmêmes. L'Indien bien ancré dans sa religion cherchera à la pratiquer le plus facilement possible. Dans ce but, il s'établira insensiblement près de l'église, où il sera comme obligé d'écouter les conseils du civilisateur.

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plus sûr, M^' Provencher aurait préféré plus de catéchisme et moins de labourage chez son représentant sur le bords de l'Assiniboine. Mais celui-ci était susceptible ; il était porté à voir dans les remarques qu'on lui faisait un oubli de ses bonnes intentions, et parfois la pensée d'un prompt départ essayait de s'emparer de son esprit.

Au moment même où il annonçait à l'évêque de Québec une si grande activité et de tels travaux agricoles autour de sa maison, Belcourt écrivait à propos de M^' Provencher : « Monseigneur s 'est rendu à mes désirs pour l'avancement de ma mission beaucoup plus qu'à l'ordinaire''. J'ai cependant reçu de lui de temps en temps des lettres qui m'ont fait vivement désirer de m'en retourner au Canada... Je ne puis me persuader que Monseigneur n'ait pas d'antipathie contre moi. . . Si je ne verse pas mon sang pour le salut des infidèles, j'aurai bien versé des larmes. S'il plaisait à Votre Grandeur de les essuyer en me rappelant vers Elle, je lui baiserais la main avec action de grâces '^ »

L'année suivante, pendant qu'il était à la mission de Saint-Paul, M. Belcourt signalait peu de progrès et de bien minces consolations, quoiqu'il parut prévoir des temps meilleurs pour un avenir prochain. Des Sauteux dont l'habitat était près des montagnes Rocheuses étaient venus s'enquérir de la

17. A la flate du 30 avril 1837, Mgr Provencher remarque dans une lettre à l'évêque de Québec que plus de 600 livres sterling avaient jusqu'alors été dépensées pour cette seule mission.

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