Les Gros- Ventres étaient les Hidatsas, tribu siouse
copal. Quand il fut assailli par les sauvages américains, Belcourt vivait sous un abri de peau et d'écorce. Il le quitta précipitamment pour se réfugier dans la maison en troncs d'arbre, où il rassembla les quelques Sauteux qui restaient.
Surprises et massacres étaient alors à l'ordre du jour. Les sauvages du sud, surtout les Sioux, prenaient plaisir à faire des sorties contre les Indiens du Canada, n'épargnant même pas les Canadiens et les métis chaque fois qu'ils les prenaient au dépourvu.
Dans le cas présent, il semblerait que les étrangers étaient de simples maraudeurs ou des espions au service d'un parti plus important. C'était en septembre 1833, et tous les hommes étaient à la chasse du bison, à l'exception de deux païens, qui n'avaient même pas de flèches avec eux, et autant de chrétiens qui aidaient le missionnaire à scier des planches pour sa chapelle. De leur étroite retraite les deux chrétiens tirèrent coup sur coup, pendant que les autres faisaient un tapage tel que les braves guerriers du sud crurent prudent de se retirer. Pourtant, plusieurs jours durant ils tracassèrent les gens de M . Belcourt, se tenant cachés et essayant de fondre sur eux à l'improviste, avec l'intention probable de se procurer des scalpes avant de retourner chez eux ^*.
Cette circonstance provoqua un changement de site pour la mission naissante. L'emplacement
14. Lettre de M. Belcourt; Mission Saint-Paul, 11 juillet 1834.
PEEMIÈRES MISSIONS INDIENNES 195
choisi alors était originairement appelé la prairie à Fournier, et se trouvait sur la rive gauche de l'Assiniboine. Il est connu aujourd'hui sous le nom de Saint-Eustache ; mais M. Belcourt Pavait mis sous le patronage de l'Apôtre des nations et sa mission se nommait Saint-Paul.
En juin 1835, le missionnaire annonçait qu'une trentaine de familles indiennes avaient semé, et se réjouissait à la pensée que M^' Provencher lui avait envoyé des bœufs. M. Belcourt était par nature optimiste ; dans le cas présent, il comptait beaucoup de familles pour lesquelles son serviteur avait fait toute la besogne. Des pommes de terre, du maïs et de l'orge, tels étaient les objets de ces travaux.
Peu auparavant, une nouvelle recrue était venue au secours des missionnaires de la Rivière-Rouge. C'était l'abbé Charles-Edouard Poiré, qui fut ordonné à Saint-Boniface en 1833 et chargé de la desserte de la prairie du Cheval-Blanc. Au bout de quatre ans il demanda à retourner dans l'Est, sous prétexte qu'il n'était venu qu'à la condition de ne pas rester plus longtemps ^\ M^' Provencher dut le laisser partir en 1838.
M. Belcourt avait plus de persévérance.
De fait, il est à remarquer que, malgré les angoisses que lui avait coûté son départ du Canada, il sentit bientôt, et conserva toujours, un véritable attrait pour l'Ouest. En était-il momentanément éloigné, il languissait jusqu'à ce qu'on lui eut rendu ses plaines lointaines.