BROU
c: Art. V\ — Bâtiments conventuels et clôture
(biens nationaux de 4"" classe).
« L'emplacement total des Bâtiments, clottres, cour, jardin et verger, clos, monte à quarante coupées de 6,250 pieds carrés, estimé, avec tous les diflférents corps de bâtiments, clôture et matériaux quelconques qui les composent, la somme de trentetrois mille livres, cy 33,000 1.
« Art. 2" — Efflise.
« L'emplacement de l'église a cinq coupées, en y comprenant la place au soir d'icelle. C'est un monument rare et curieux, dans le genre gothique, avec de superbes mausolées; mais, quoique trèsprécieux, nous ne pouvons, en fait de vente, l'estimer que quarante mille livres, compris sacristie^ maur solées et tous matériaux quelconques, cy 40,000 1 .
« Total de l'église de Brou avec le couvent 73^000 1.
« Sur quoi diminuer un dixième pour toutes impositions et frais, reste net soixante-cinq mille sept cents livres, cy 68,7001. (i)»
Notre église, comme on le voit, semblait de»-
(1) Archives de l'Ain.
iinée à tomber sous te marteau des démolisseurs. Sa ruine fut heureusement conjurée par un homme doot le nom retentira longtemps avec éloge dans ce département. M. Thomas Riboud, alors procureur général syndic de l'administration départementale, se hâta de réclamer en faveur de Brou auprès de TAssembtée constituante, et parvint, à force de démarches et de sollicitations, à faire rendre et sanctionner par le roi le décret du 13 mars 1794, en vertu duquel Tédifice de Brou fut rangé au nombre des monuments nationaux à conserver par Tétat.
Sous la Convention, cette sauvegarde fut impuissante à garantir le monument de la monomanie de destruction et de nivellement qui/durant cet affreux régime, s'était emparée de la populace; elle se porta un jour à Brou, déterminée à anéantir tous les eo^lèmes féodaux qui pouvaient se trouver dans l'église ; les portes se trouvèrent heureusement fer* mées. Ne pouvant pénétrer à l'intérieur, elle laissa la trace irréparable de sa brutalité sur les statues et les sculptures extérieures de la façade.
Quoique placée sous la protection immédiate de l'État, l'église se vit aussi dépouiller du monument des Gorrevod, qui depuis 1533, servait de sépulture à tous les membres de cette famille et faisait le principal ornement de la chapelle de Notre-Dame-
29 i ÉGLISE DR BROU.
de-Pitié. Trois personnages plus grands que nature, et coulés en bronze, étaient couchés parallèlement sur une table de marbre noir, élevée d'un mètre au-dessus du sol. La figure du milieu représentait Laurent de Gorrevod, revêtu d'une cotte de maille, Tépée au côté, et portant suspendus à son col les insignes de la Toison-d'Or; à droite, Philiberte de la Palud, sa première femme, soutenant sur un de ses bras un enfant emmaillotté ; à gauche, Glaudme de Rivoire, sa deuxième épouse; à chacun des angles de la lable de marbre, une figure ou attribut représentant Tune des vertus cardinales ; sur la muraille était fixé l'écusson de Gorrevod , d'azur au chevron d'or, supporté par deux lions et surmonté d'une licorne d'argent, avec la devise : PourjamoM. Cette devise se voit encore sculptée sur les parois du mur et sur le vitrail de la chapelle. En 1793 , les administrateurs du département de l'Ain, ayant à pourvoir la ville de Bourg de six canons, imaginèrent, pour éviter à leurs administrés la dépense de cette acquisition, de faire servir le bronze du mausolée des Gorrevod à leur confection. Ils crurent être autorisés à faire cet enlèvement, parce que ce monument était indépendant de la fondation de Marguerite d'Autriche, fondation devenue , comme nous l'avons dit, propriété nationale. Ils prirent, en
conséquence, Tarrété suivant, qui fut malheureusement mis à exécution:
a Du 21 mai 1793.
« Les administrateurs composant le conseil général de Fadministration du département, considérant qu'il devient de jour en jour plus nécessaire d'avoir des armes propres à contenir les manœuvres et les trames des malveillants, peut^^tre même des rebelles, à prévenir tous mouvements, toutes incursions de leur part;
'c Considérant que Tachât de six pièces de canon montés sur leurs affûts et pourvus de leurs caissons, gargousses, etc. , monterait à un prix excessif pour les administrés, s'il fallait acheter la matière;
« Considérant qu'il existe dans l'église de Brou, dans celle de Coligny et dans Téglise des ci-devant Augustins de Montrevel, des mausolées en bronze, de trop mauvais goût pour devoir être conservés comme monuments dès arts; qu'il existe aussi trois cloches dans le clocher du ci-devant monastère de Brou ; qu'il y a aussi, au district de Bourg, une certaine quantité de cuivre tant jaune que rouge, provenant des églises et maison supprimées;
« Arrêtent que toutes ces matières seront em« pbyées à fabriquer des canons pourvus de leurs
affûts, caissons, gargousses, etc. ; autorisent le citoyen ***, l'un des administrateurs, à fsdre faire Ten* voi de toutes les dites matières de bronze et métal de cloche, de cuivre jaune et rouge à Lyon(l).... »
Le clocher de Brou, deux fois restauré par les Augustins déchaussés, était en état parfait de conservation, lorsqu'en vertu d un arrêté du représentant du peuple Albitte (7 pluviôse An ii) , il fut, comme tous ceux du département, voué à une destruction immédiate. Nous trouvons dans les papiers de cette sinistre époque quelques détails qui se rattachent à cet acte odieux de vandalisme. L'arrêt prononcé par le représentant du peuple s'étendait aux châteaux, tours, en un mot, suivant le langage de l'époque, à tous les bâtiments élevés d la féodalité et à la superstition. Sur divers point du département^ on organisa des ateliers dits de charité, où, moyennant un salaire fixe, tout individu était appelé à concourir à cette œuvre de destruction. Voici le compte-rendu des opérations de l'atelier de Brou :
c< Décade du iO au 20 ventôse^ An ii.
« On a défait les plombs et les fers-blancs de la flèche ; les fers-blancs ont été déposés dans une cham-
(1) Archives de l'Ain.
bre de Brou et mis sous clé. Le plomb, pesant deux milliers , a été amené au département. On a aussi défait les armoiries qui étaient suspendues au temple de Brou. — Visé et paraphé au désir de la délibération du conseil général de ce jour. — Epidor, ci-devant Bourg, ce 15 germinal de TAn u de la République une, indivisible et démocratique. — Signé Désisle, agent national.
«c Décade du \0 au 20 germinal.
« Le clocher de Brou, dans la partie prédominante, c'est-à-dire le dôme et la flèche, est entièrement démoli. U ne reste à démolir que les quatre murs et le befifroi (1). »
En dépit de la bonne volonté du représentant du peuple, les quatre murs, le beffroi et la plateforme sont encore debout. L'argent était rare alors, la démolition coûteuse ; tant qu'il y eut du métal à enlever, la spéculation fiit bonne; mais la pierre n'avait ni emploi , ni valeur. Qui eût songé à construire, alors que la destruction était à l'ordre du jour !
Les bâtiments de Brou , sous le régime conventionnel, servaient de prison à des prêtres fanatiques; ainsi étaient alors qualifiés les ministres de la religion
(1) Archives de l'Ain.
catholique, restés fidèles à leur conscience. Une compagnie de vétérans ou invalides, qui avait été casernée dans le monastère, était préposée à leur surveillance. Les administrateurs du district firent aussi placer dans l'intérieur deâ cloîtres 219 porcs qui firent un épouvantable dégât et répandirent Tinfection dans tous les bâtiments. Les invalides se plaignirent, et Tadministration du district, faisant droit à leur requête, rendit un arrêté dont nous nous bornons à rapporter le préambule, comme pièce justificative du fait que nous avançons :
« (1 1 fructidor An u). Considérant qu'il résulte du rapport des commissaires de la municipalité de Bourg que les 219 porcs, que le district a placés dans les bâtiments nationaux de Brou, y font des dégradations considérables et nuisibles aux intérêts de la République, et que Tinfection qu'ils répandent dans les appartements occupés par les vétérans et les détenus, pourrait occasionner des maladies dangereuses, arrête, etc. , etc. (1) »
Ne trouvant pas dans la ville de Bourg un local assez vaste pour servir d'entrepôt aux approvisionnements de foin et de paille que l'on faisait alors pour l'armée des Alpes, Tadministration départementale affecta l'église de Brou à cet usage. Cette
(1) Arcliivos do l'Ain.
circonstance qui, au premier abord, semblait devoir être fatale au monument, fut précisément ce qui en assura la conservation. Ensevelis sous un amas impénétrable de fourrages qui encombraient tout le sanctuaire et une grande partie de la nef, depuis le sol jusqu^à la voûte , les sculptures, les tombeaux , les boiseries , les verrières furent ainsi mis à Tabri du vandalisme de l'époque.
Après la chute de Robespierre, Tefifervescence révolutionnaire et la monomanie de destruction dont les masses avaient été possédées firent place à des idées plus calmes; on put, sans inconvénient, évacuer les fourrages dont l'église avaient été remplie sous le régime de la Terreur. L'ordre public et la sécurité qui reparurent ne laissaient plus appréhender aucun danger pour le monument, quand un député de la Convention, en mission à Bourg, à qui Ton avait fait admirer un groupe composé de deux génies soutenant une tablette de marbre, destinée à recevoir l'épitaphe de Marguerite de Bourbon , conçut la fatale pensée de faire placer ce groupe dans la salle de la Convention, et de faire graver sur la tablette la constitution, qu'on venait tout récemment d'improviser. Une remarque bien douloureuse à faire, c'est que, si les mausolées et les sculptures de Brou peuvent soutenir le parallèle avec les pro-
duits les plus remarquables du ciseau antique , le groupe dont nous parions était considéré , pour la grâce, la délicatesse et le fini de son exécution, comme le morceau capital de Téglise. Or, il parait que personne n'eut alors assez d'autorité ou d'influence pour s'opposer à l'enlèvement de ce chefd'œuvre, qui fut ^nballé sans aucune des précautions requises pour le transport des objets de cette nature. Aussi, quand la caisse qui le contenait fut ouverte dans la capitale, on n'y trouva que desdébris. Jusqu'au 1" vendémiaire An n, époque à laquelle les prêtres détenus furent rendus à la liberté, les bâtiments de Brou servirent de maison de réclusion. Dès le commencement du mois de prairial de cette même année, M. Ozun, premier préfet du département de l'Ain, fit déblayer l'église. L'ingénieur en chef fut chargé de la visiter ainsi que le couvent, et d'indiquer les réparations qu'il était urgent d'y faire. Ce fut alors qu'on imagina, pour l'utilité de la République, de convertir les bâtiments du monastère en caserne de cavalerie. Le devis et le détail estimatif des travaux à faire, tant pour les réparations que pour l'appropriation des bâtiments à cet usage, montaient à 15,089 fr. 72 cent. Deux entrepreneurs de Bourg obtinrent l'adjudication, et le 13 floréal An x, l'ingénieur en chef procédait à
la réception des travaux. On avait recouvert à tran* chée ouverte Téglise et le couvent, élevé 400 mètres de maçonnerie neuve, réparé les dalles et le carrelage de l'église, replacé 85 mètres 47 centimètres de verre qui manquaient aux fenêtres, refait à neuf et en pierre dure tous les soubassements de l'église, comblé en maçonnerie de moellon, de 40 centimètres d'épaisseur, toutes les arcades des deux premiers cloîtres, depuis le rez-de-chaussée jusqu'aux clés, observant de faire partout des arrachements pour lier la nouvelle maçonnerie avec Pancienne^ etc., etc. (1). Lorsque les travaux furent terminés, un détachement d'artillerie vint s'installer dans la nouvelle caserne. Alors seulement on reconnut que le projet avait été mal conçu ; les écuries n*avaient pas la dimension suffisante; le détachement fut contraint à évacuer presque aussitôt le local. Quel regret ne dut-on pas éprouver d'avoif défiguré ces beaux portiques, coupé plusieurs piliers et honteusement déshonoré le cloître !
Le conseil général de l'Ain, réuni pour la deuxième fois en l'An ix de l'ère républicaine, voulant encourager les plantations d'arbres dans l'étendue du département, obtint du ministre de l'intérieur
(i) Devis dressé, le 5 messidor An ix, par M. Gagneur, ingénieur en chef du département de l'Ain.
rautorisation de créer , dans l'enclos attenant au couvent de Brou, une pépinière départementale. Déjà, avant 89, l'initiative de cette utile mesure avait été prise par un homme qui réunissait dans sa personne tous les gem'es de distinction et de savoir. M. Varenne de Feuille, après de nombreux essais et à force de sacrifices et de patience, était parvenu à démontrer que le sol et le climat de la Bresse se prêtent admirablement à la culture de la plupart des arbres exotiques. Cet illustre ami de la science forestière ayant disparu dans la tourmente révolutionnaire, le conseil général reprit son œuvre interrompue : la pépinière fut créée à Brou j elle prospéra et rendit d'importants services au département. Nous renvoyons à une note l'extrait de la délibération du conseil général (1).
(i) « Le chef-lieu du département avait, il y a quelques années, une pépinière vaste et bien placée, élevée par les soins du citoyen Varenne de Fenille. C'est à lui que le département doit les premiers essais des arbres exotiques et la preuve expérimentée que le sol varié et le climat de notre département se prêtent à l'éducation de tous les arbres utiles, fruitiers, forestiers et d'agrément, qui sont susceptibles de supporter la gelée en pleine terre. La faux révolutionnaire a tranché les jours de notre estimable et laborieux compatriote ; la destruction de la pépinière a été la suite de sa mort. Le conseil général, pénétré de la nécessité d'apporter le plus grand ordre et la plus grande économie dans l'établissement des pépinières, se borne à demander que le gouvernement veuille bien faire au département la concession du jardin attenant à la maison nationale des ci-devant moines Augustins de cette ville.... » — (2« session du
Par décret impérial du 3 septembre 1808, Téglise et le couvent de Brou furent cédés et mis à la charge du département de l'Ain. Depuis lors, tous les frais de réparation et d'entretien de ce monument devant être pris à l'avenir sur le fonds commun, il était juste que les bâtiments du monastère reçussent une destination dont l'utilité s'étendit au département tout entier. Alors, conmie aujourd'hui, on cherchait les moyens d'arriver à la suppression de la mendicité. On crut y parvenir en créant un dépôt destiné à recevoir les mendiants invalides. De plus, le département n'était pas encore doté d'un hospice spécial pour les aliénés. Dans sa séance du 22 novembre 1810, le Conseil général arrêta que les bâtiments conventuels de Brou serviraient à cette double destination, et vota des fonds pour les dépenses de restauration et d'appropriation que ces deux projets rendaient nécessaires.
A diverses époques, les autorités départementales, comprenant que la conservation du monument dépendait des conditions d'utilité qu'il pouvait présenter, avaient cherché les moyens de fonder à Brou un établissement qui offrit quelque analogie avec sa destination primitive. C'est ainsi qu'en 1791, au
ConseU général, ouverte le 15 germinal Anix, en exécution de Turété du gouvernement du 4 ventôse An ix. (Archives de l'Ain).
304 ÉGU8B DE BBOD.
moment même de raliéoation des biens d^ndants du monastère, les membres du directoire du district de Bourg exposaient, dans une délibération dont nous reproduisons Textraittextuel dans une note(i)y que les bâtiments de Brou ne pouvaient être conservés qu'autant qu'ils serviraient à l'avenir, soit d'asile aux prêtres vieux et infirmes du départemait, soit de grand séminaire et de palais épiscopal. La nature des événements qui suivirent cette époque fit évanouir cette proposition qui fut reprise par le conseil
(1) «Du vingt-trois mars 1791, après-midi.
« Dans rassemblée du directoire du distriet de Bourg, où se sont trouvés MM. Vuy, vice-président, Perrin, Pemé, Huchet, O'Brien, administrateurs, et Buget, procureur syndic, il a été fait leeture !• de Tarrété du directoire du département de rAin, du riogt décembre dernier, portant qu'il présentait à l'Assemblée nationale une adresse particulière tendante à la conservation de Téglise de Brou près Bourg.
« Le directoire du district observe que, pour éviter le dépérissement de l'église et du couvent de Brou, il ne se présente que deux moyens : le premier et le plus convenable serait de solliciter auprès de l'Assemblée nationale que le siège de l'évéché et le séminaire du département établis à Bclley, soient transférés à Brou. La magnificence de l'église, la grandeur du couvent et leur situation présentent, pour la résidence do l'évéque et l'établissement d'un séminaire , toutes les commodités que l'on peut espérer, outre que par cet arrangement révéque serait plus & portée de ses diocésains.
« Si cependant ce plan ne pouvait être adopté, le directoire du district croit qu'il serait convenable d'établir, dans le couvent de Brou, une retraite pour les prêtres ou religieux vieux et inirmes de ce département, à qui l'humanité exige que l'on assure une résidence
commode et bien située » — (Ez^it du registre des délibm-
tions du directoire du district de Bourg.)
général, en 1814 (1), lors du passage à Bourg de M. le comte d'Artois. Ce ne fut qii*ént4823 et le 22 octobre que, en vertu d'une délibératioiÊt du con* seil général, datée du 6 juin (2), l'église de Brou fut définitivement rendue au culte. Les bâtiments, qui depuis 1810 servaient de dépôt de mendicité et d'hospice des aliénés, subirent une nouvelle trans* formation, en devenant le siège du grand séminaire diocésain. Depuis lors, Mgr Raymond Dévie s'est constamment appliqué à rendre à l'église de Brou son lustre et sa splendeur. Le zèle du prélat a été puissamment secondé par le concours des habitants
(1) « Les avantages que le département trouverait à aiyoir un évéché, font désirer au conseil qu'il puisse entrer dans les vues bienfaisantes de Sa Majesté de lui en accorder un. On aurait dans Véglise de Brou et les bâtiments qui Fenvironncnt, un établissement très-convenable pour Tévéque et le séminaire. En ce cas, le dépôt de mendicité serait transporté dans un autre local, tel que la maison de Bieétre. » — {Sesiion du conseil général, 26 octobre 1814).
(2) Sécmce du 6 juin. — a Le conseil général, après avoir pris connaissance des propositions faites au nom de Mgr l'évéque , tendantes à placer le grand séminaire dans les bâtiments actuellement occupés par le dépôt de mendicité, arrête que ces bâtiments seront mis, a cet effet, à sa disposition. M. Durand, maire de Bourg, a fait lecture à l'assemblée d'une délibération du conseil municipal de cette ville, en date de ce jour 6 juin, de laquelle il résulte que le conseil municipal est unanimement d'avis de mettre à la disposition de Mgr l'évéque Téglise et les bâtiments de Brou, tels qu'ils sont actuellement occupé par le dépôt de mendicité , pour être affectés à l'établissement du grand séminaire à Bourg. » — (Extrait des délibérations, du conseil général, année 1823. — Archives de TAin).
de la ville et du département, par celui des diverses autorités administratives qui se sont succédées jusqu'à ce jour, et par les subventions du gouvernement.
Au moment où nous écrivons ces lignes (1), on dispose les échafaudages nécessaires pour faire au clocher des travaux de consolidation dont Turgence est démontrée. De ce concert de volontés, de cette unité de vues et d'intentions entre les administrateurs et les administrés, on doit augurer que le monument légué à la Bresse par la munificence et la piété de Marguerite d'Autriche sera désormais à l'abri des ravages du temps et des hommes.
Malgré ses nombreuses vicissitudes, l'église de Brou s'est conservée intacte sur notre sol hospitalier. Là, sous son dais de marbre, Marguerite repose encore auprès de son époux, pendant que la Belgique, qui se souvient toujours de la haute capacité de sa régente et qui la place au premier rang 'c des têtes puissantes, dans un siècle où tout fut grand, les hommes et les choses, les chefs et les peuples, » n'a presque rien à présenter qui rappelle son souvenir. Où sont, en effet, les vitraux de l'église de St-Rombaud, à Malines, où Bernard Van Orley avait peint, comme à Brou, Marguerite et Philibert
(i) Ecrit en 1844.
agenouillés sur la pourpre , dans la fleur de leur jeunesse et de leur beauté? Où trouver aujourd'hui le magnifique cénotaphe d'albâtre , décoré de sta* tuettes d'or, que CharleMiuint avait fait élever aux portes de Bruges, en l'honneur de sa tante ? Tout cela a disparu; il n'en reste ni débris, ni vestiges: Etiam periere ruinœ ! La Bresse , au contraire, montre avec un juste orgueil cœnbien le legs de Marguerite lui a été cher et sacré! Elle a tout con* serve avec affection: sa magnifique église, les fra* giles vitraux où resplendit son effigie, et cette belle statue de Conrard Meyt, qui nous la rend vivante et que la ^Igique sera obUgée de venir étudier «91 Bresse, si, comme elle l'a résolu, elle érige, sur la place pubUque de Malines, une statue à cette irégeple qui a jeté jadis tant d'animation, tant d'éclat et de prospérité sur les Pays-Bas (1). Tout ce qu'elle a reçu, la Bresse peut l'offrir encore aux arts, à la poésie, à l'histoire.
Le dessin a payé son tribut au monument de Brou par les crayons de MM. Ley marie et de Saint- Didier, par le burin des artistes qu'a envoyés de Turin la munificence si éclairée de S. M. Gharles-
(i) Sur la proposition de M. le baron de Stassart, à qui toutes les nobles inspirations sont familières, le conseil de la province et la ville de Bialines viennent de voter Térection d'une statue en marbre de Marguerite d'Autriche sur la place publique de cette ville.